Wes Anderson, cinéaste pré-moderne

Les films de Wes Anderson – sept à ce jour : Bottlerocket, Rushmore, The Royal Tenenbaums, The Life Aquatic with Steve Zissou, The Darjeeling Limited, Fantastic Mr Fox, et Moonrise Kingdom– ont atteint le statut de cult-movies.  Ils semblent avoir tout pour plaire à notre époque : histoires de famille à l’eau de rose d’enfants ou d’enfants attardés destinées à des individus dotés du même âge mental, maniérisme du style vintage  nostalgique, univers fétichiste issu des BD et des livres pour enfants, clins d’œil  glamour rétro à la musique pop des sixties et aux films français nouvelle vague, acteurs recyclés ou décalés … Lire plus

Back in the USSR

Tout a commencé par la recherche d’une vieille et célèbre chanson russe, Katiousha – soviétique, en fait, puisqu’elle a été écrite en 1938. YouTube la propose en toutes sortes de versions : sur scène, pour voix masculines, pour voix féminines, parfois en chœur, ou alors en bande-son sur des images d’archives, en noir et blanc, en couleur, le plus souvent sur des films concernant la Grande Guerre Patriotique, selon le nom qui est donné à la Seconde guerre mondiale en Russie. Katiousha figure au milieu de milliers de clips consacrés à la chanson patriotique russe, domaine qui est un véritable continent d’images (YouTube … Lire plus

Emmanuel Todd et le complexe de Sénécal

Il est toujours pénible d’avoir à écrire un billet ad hominem. C’est déplaisant, peu convenable, et oblige à s’occuper d’une  personne, avec ses particularités et ses petits et grands démons, qui n’ont à l’échelle des choses que peu d’importance. Les propos d’Emmanuel Todd sur l’Allemagne, le 10 mai lors d’une émission télévisée où il semble avoir table ouverte, sont si indignes qu’ils obligent pourtant à le désigner au mépris public – pour reprendre une vieille expression, désuète mais pertinente. C’est une infamie et une lâcheté de dire, dans un débat à la télévision française, à une politologue berlinoise et à l’ancien conseiller politique de Helmut Kohl (au demeurant, … Lire plus

Gouverner, c’est (mal) nommer

Le pouvoir entend procéder, après le “choc de simplification” annoncé pour les formalités administratives, à un “choc de moralisation” rapide afin de cautériser la  plaie que représente l’affaire Cahuzac. Qui n’approuverait ? Encore faut-il que le “choc” débouche sur des textes précis, judicieux, applicables rapidement, sans succession de décrets d’application ou embarras pratiques qui en réduiraient la portée.  Ce sera difficile, mais sait-on jamais ! Il reste que la pratique du pouvoir socialiste depuis onze mois a péché sur un autre plan qui pourrait appeler un “choc de moralisation”, celui des nominations, prérogative dont l’exercice importe autant que de surveiller le patrimoine … Lire plus

Sciences-Po : test de reproduction

On aurait tort de voir dans les péripéties qui marquent la désignation du prochain directeur de Sciences-Po une petite affaire à la française, typique d’un monde un peu archaïque, assez déplaisant, mais somme toute sans grande importance.  Sciences-Po est la matrice de tout un pan de la classe dirigeante française, notamment parce qu’il s’agit de la voie classique d’accès à l’ENA. Au delà du poste de prestige et d’influence pour celui qui l’occupe, la direction de l’Institut donne un pouvoir d’orientation sur ce que sera au moins une fraction de cette classe dirigeante. Par 15 voix contre 14, la désignation d’un … Lire plus

Barrio Latino : Barack Obama et le Colorado

La réélection de Bill Clinton à la Présidence des États-Unis, en 1996, a été un précédent historique. Selon le Pew Research Center, il a recueilli 72% des votes de la population hispanique. Aucun candidat à la présidentielle dans l’histoire du pays n’avait recueilli un pourcentage aussi élevé des votes de la population hispanique, et aucun candidat n’a avoisiné ce score jusqu’en 2012 lorsqu’un nouveau candidat de gauche, le Président Barack Obama, a obtenu 71% de ces voix lors de sa réélection. Certains sondages, tels que le sondage de veille d’élection impreMedia/Latino Decisions, suggèrent qu’il aurait recueilli en réalité 75% des votes. … Lire plus

Du vieil or au scintillant : la banque et le monde de l’art

En 2007, en cette période de marchés financiers partout en surchauffe, l’artiste Damien Hirst coulait un vrai crâne humain dans le platine, et sertissait ce moulage de 8.601 diamants provenant, on l’espère, de zones « propres », loin de tout conflit armé. Il baptisait ce dispositif For the Love of God.  Les images de cet objet macabre ont circulé à la vitesse de la lumière, et il en vint un vif débat pour savoir si l’avènement de cette œuvre s’inscrivait dans le champ de l’esthétique ou dans celui du marché, si primait la dimension artistique, ou seulement ce fait conforme aux intentions … Lire plus

Marina Tsvetaeva, Russie 1892 – URSS 1941

La parution de ses oeuvres complètes en prose, au Seuil, à la fin de l’année dernière est l’occasion de revenir sur un personnage hors du commun du premier vingtième siècle, femme hors du commun par l’extraordinaire talent littéraire qui a été le sien et hors du commun par la période de l’histoire européenne qu’elle a connue.  La vie de Marina Tsvetaeva s’est déroulée dans le monde intellectuel russe du début du XXe siècle, puis en exil en Europe pour une longue période  après la Révolution russe. Il s’agit d’un grand poète russe classique, contemporain de Mandelstam, Pasternak, Akhmatova et Maïakovski. … Lire plus

Churchill ou Renan

C’est un cliché du discours politique depuis les débuts de la crise, dans les années 70. L’honorable Jacques Julliard, l’historien des gauches, vient de l’employer tout récemment encore : les hommes politiques, le gouvernement devraient, dit-on, tenir au peuple un discours churchillien, représenter à tous la gravité de la situation, et promettre, devant l’adversité, de la “sueur et des larmes”. En d’autres termes, il leur faudrait exhorter au courage, à la ténacité, et ne pas chercher à plaire. Devant le danger hitlérien, en mai 1940, Churchill avait toutes les raisons de parler ainsi. Dans le contexte français, ceci est artificiel … Lire plus

A propos du Lincoln de Spielberg

Nous sommes en 1865.  Abraham Lincoln commence son deuxième et dernier mandat comme Président des Etats-Unis, pendant qu’une guerre sanglante sépare le nord du pays d’un sud qui tient à sauvegarder son économie de plantations fondée sur l’esclavage. Lincoln, qui avait prononcé  en 1863 une « Proclamation de l’Emancipation »–acte de guerre, mesure d’urgence—consacre toutes ses forces à intégrer l’abolition de l’esclavage dans les principes de la Constitution.  Il veut faire passer un treizième amendement, dit « the Great Amendment. » Entre radicaux, de fervents idéologues abolitionnistes, républicains pour la plupart, et démocrates du nord, pacifistes, anti-égalitaires, et hostiles à l’idée même d’un  quelconque … Lire plus