Les deux libertés – Sur La Liberté d’expression contre la liberté de la presse ?

Couverture de La Liberté d’expression contre la liberté de la presse ?, Thibaut Bruttin, Seuil, 2026

Il s’est publié ces deux dernières années de nombreux petits livres d’intervention, le plus souvent sous la plume de juristes ou de sociologues, au sujet de la liberté d’expression. Celui de Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières, La Liberté d’expression contre la liberté de la presse ? aux éditions du Seuil n’est pas le plus analytique, mais c’est de loin le plus intéressant.
Le livre met l’accent sur l’une des dimensions de la crise de la presse, l’offensive menée contre notre conception de la liberté d’expression au nom du free speech par le président Trump et la mouvance MAGA, qui dénigrent les médias d’information et réclament la dérégulation de l’espace numérique, assimilant à une censure toute mesure de contrôle et de modération. Lire plus

Jusqu’où réguler la bienfaisance ? Sur « Financer les médias autrement »

Mécenat

L’ouvrage collectif « Financer les médias autrement », paru aux Presses universitaires de France dans la collection La Vie des idées, ne surprendra pas. Comme tous les ouvrages collectifs, il est inégal, ce qu’on ne peut lui reprocher. Comme souvent les ouvrages venant de la sociologie universitaire, il est prévisible dans ses présupposés et peu disert sur les solutions qui permettraient aux médias de dépasser la crise terrible qui les frappe, soit depuis le début des années 2000 : culture de la gratuité, préemption de la publicité par les plateformes américaines, contournement des rédactions par les réseaux sociaux… Lire plus

Vie et mort de Jan Patočka

En janvier 1977, quelques centaines de signataires rendaient publique la Charte 77, texte bref qui demandait simplement à l’État tchécoslovaque de respecter les engagements qu’il venait de souscrire en ratifiant les pactes internationaux sur les droits de l’homme. Ni parti, ni programme, la Charte fit scandale dans un pays où après le Printemps de Prague, la société civile, les protestations avaient été réduites au silence. Aux côtés de Václav Havel et de Jiří Hájek, l’un des trois premiers porte-parole de la Charte était un philosophe de soixante-neuf ans, presque inconnu du grand public : Jan Patočka.

Élève de Husserl et de Heidegger, exclu de l’université, Patočka avait poursuivi son œuvre dans des séminaires privés, quasi-secrets, diffusant des samizdats. Il est néanmoins l’un des noms les plus marquants de la philosophie européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Convoqué à des interrogatoires répétés par la police d’État, épuisé par des séances qui duraient des heures, Patočka meurt le 13 mars 1977. Peu avant, il avait écrit que certaines choses valent qu’on souffre pour elles, et que la soumission n’a jamais rien apporté d’autre que davantage de soumission. Lire plus

Marc Bloch et les égarés

On retrouve la figure de Marc Bloch dans trois faits séparés qu’il n’est pas interdit de rapprocher, et qui donnent un aperçu troublant de l’état du monde intellectuel en France, dans ce segment qu’on rangerait sous la bannière de la gauche radicale. Dans la période où l’historien est mis au Panthéon, un éditeur prestigieux fait préfacer son plus célèbre livre par un historien marqué par sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon ; un médiéviste, qui préface un livre consacré à Marc Bloch, se compromet dans un antisémitisme presque invraisemblable ; interrogé sur Marc Bloch et l’antisémitisme contemporain, un professeur au Collège … Lire plus

La coalition pour en finir avec l’obsession présidentielle ? Quand Jean-Jacques Urvoas veut encore y croire

Logo de la Fondation Jean Jaurès

La note de l’ancien ministre et député socialiste Jean-Jacques Urvoas, publiée par la Fondation Jean-Jaurès, fait beaucoup parler. Elle est brillante, bien conduite, et avance une thèse qui a défaut d’être originale mérite d’être défendue. La coalition parlementaire, aujourd’hui que la gauche de gouvernement est affaiblie comme jamais, paraît être une solution intéressante. Cette thèse a cependant un malheur : elle est très optimiste. Lire plus

« Rivage de l’utopie », Tom Stoppard et la Russie

Tom Stoppard, célèbre écrivain britannique, dramaturge renommé, vient de mourir à l’âge de 88 ans. L’auteur, né en Tchécoslovaquie, avait défendu le pays de ses origines au moment de l’intervention soviétique de 1968, était allé en URSS avec Amnesty International dans les années 1970, et avait soutenu les dissidents soviétiques de l’époque. Il avait aussi lu avec grand intérêt les livres du philosophe anglais Isaiah Berlin sur les grands écrivains et penseurs russes du 19ème siècle1Notamment Isaiah Berlin, Les Penseurs russes, Albin Michel, 1984.. C’est ainsi qu’est née sa trilogie Le rivage de l’Utopie, qui a connu un immense succès … Lire plus

Politique : triste, triste France

La situation politique en France est désespérante. Par ressentiment et xénophobie, une bonne partie des classes populaires1Paysannerie, salariés d’exécution, classes moyennes à petits revenus du secteur privé, mais aussi aujourd’hui aussi du secteur public. souhaite élire un parti d’extrême-droite qui les trompe avec un double discours au sujet de son programme économique : proto-communiste avec les ouvriers du Nord, ultra-libéral devant les milieux patronaux. Elles seront amères quand sous l’impulsion des milieux réactionnaires qui ont vocation à occuper les ministères économiques, une politique de réduction de l’État social sera mise en place, quand on s’apercevra que la fraude n’est pas … Lire plus

Le passé comme projet

Le théoricien de l’extrême-droite Charles Maurras, défenseur du Félibrige et de la culture provençale, avait en son temps, au nom d’un « Nationalisme ethnique » créé la notion de «pays réel», de « pays vrai » qui s’opposait au «pays légal» celui des gouvernants. Quelques décennies plus tard, le gouvernement du Maréchal Pétain, suite à « l’étrange défaite » de juin 40, pour reprendre la formule de Marc Bloch, proposait en écho un retour aux sources, une reconquête depuis la base. Lire plus

RN, Bolloré, Stérin…. Le retour du refoulé

Le trumpisme et l’extrême-droite française, qui se sont rapprochés ces derniers mois, ont beaucoup en commun, à commencer par l’idée de se venger de nos sociétés trop libérales, trop libres. Ils apportent le même genre de solutions aux problèmes de l’heure, et font remonter en surface un passé, des valeurs qui avaient perdu leur crédit. Cette exhumation est plus visible aux Etats-Unis qu’en France, mais seulement parce qu’elle a commencé plus tôt outre-Atlantique. La revanche de la Guerre de Sécession Aux Etats-Unis, le trumpisme est souvent décrit comme la revanche de la Guerre de Sécession. A la nation libérale, démocratique, … Lire plus