Posts Tagged ‘ philosophie ’

La philosophie française en revue

La philosophie française en revue

Je n’étais pas allé au défilé du 14 juillet depuis des années. Cette fois il était exceptionnel, car il réunissait, derrière la légion étrangère et les chasseurs alpins, toute l’armée de la philosophie française. Sur « La Plus Belle Avenue du Monde » ils étaient tous là. Menant le cortège, sur son cheval, tenant d’une main sa rapière et de l’autre saluant les dames d’un sourire gascon enjoleur, Michel avait fière allure. Il n’avait pas fait grand-chose de sa vie, et s’était même enfui de la ville dont il était maire quand y parut la peste. Mais il avait passé son temps à lire agréablement dans sa librairie, qu’il avait ornée de maximes latines, pour conclure qu’il ne savait rien et qu’on vivait dans une branloire pérenne. Derrière lui un autre cavalier parti d’un bon pas, René, avait l’air encore plus fier de lui que Michel. Car lui pouvait prétendre savoir. Il avait brodé sur son pourpoint un petit blason, sable et or, sur lequel était écrit Cogito. Ainsi il pouvait, à tout moment où il contemplait...

Lire la suite »

«J’ai vécu sous la Terreur» Vingt ans de French Theory dans les universités anglaises

Jeremy Stubbs, historien des idées britannique enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris, a des idéees fort nettes sur l’atmosphère culturelles des années 1980 à 2000 en Angleterre, trop nettes ont pensé certains membres de notre comité de rédaction.  Il est permis de ne pas les partager, et de voir dans ce qu’il conteste une réaction bienvenue à des années de bonne conscience. Les conceptions nouvelles, celles qu’il brocarde, ne naissent pas toujours dans la prudence et la pondération. Bien souvent, elles sont accompagnées d’emphase et d’exagérations !  Et puis les coteries, l’adulation ne sont pas propres à une tendance intellectuelle plutôt qu’à une autre !   Ndlr. J’espère que le lecteur pardonnera l’hyperbole de ce titre. Il est évident qu’aucun universitaire anglais n’a jamais été guillotiné, amené devant quelque tribunal révolutionnaire de salut public ou contraint de fuir déguisé en paysan à la nuit. En revanche, entre la fin des années 70 et le début des années 2000, surtout dans les facultés de lettres, mais aussi un peu plus largement dans celles des sciences humaines (histoire, philosophie, management…), on avait souvent l’impression...

Lire la suite »

La fascination de l’ordinaire (φ)

La fascination de l’ordinaire (φ)

Quand j’étais enfant, je ne connaissais pas les eaux minérales gazeuses. Mais on buvait néanmoins à la maison de l’eau gazeuse, qu’on obtenait en ajoutant à l’eau du robinet une poudre blanche, nommée « O’ Bulle », dans des bouteilles à bouchon mécanique à joint en caoutchouc. Ce n’était pas très bon, mais c’était meilleur que l’eau ordinaire du robinet, que l’on appelait « l’eau dinaire ». C’est ainsi que je fus mis en contact aquatique avec le concept d’ordinarité. Pendant longtemps, je crus les choses ordinaires plus méprisables que les extraordinaires.  Je n’aurais jamais lu Poe s’il avait écrit des Histoires ordinaires, Jules Verne si ses livres s’étaient appelés Voyages ordinaires, Stevenson s’il avait écrit Le cas banal du Dr Jekyll et de Mr Hyde,  le livre de Selma Lagerlof s’il s’était appelé  Le voyage ordinaire de Nils Holgersson, Toppfer s’il avait écrit Voyages en ligne droite.  Antoine Doinel -Jean-Pierre-Léaud- dans Baisers volés aurait-il  pu répéter, parlant du personnage joué par  Delphine Seyrig « Fabienne Tabard  est une femme ordinaire » ?  On n’aurait  pas admiré dans l’Antiquité les Sept merveilles du monde...

Lire la suite »

Julien Benda : un clerc pour toutes saisons

Parmi les écrivains français de la première moitié du XXème siècle, il en est peu sur qui la lourde chape de l’oubli se soit abattue aussi pesamment que sur Julien Benda (1867-1956). Il se définissait lui-même parmi ses contemporains – il est de la même génération que Maurras, Barrès, Péguy, Proust, Valéry et Gide – comme le plus illustre des auteurs obscurs. L’ombre a fini par le gagner entièrement. S’il figure encore dans l’histoire littéraire, c’est pour incarner ce personnage ridicule, « l’intellectuel républicain » qui signe des manifestes au nom de la Vérité et de la Justice, et pour être l’auteur d’un livre, La trahison des clercs, dont tout le monde connaît le titre mais que personne n’a lu. Il semble qu’il ait été surtout célèbre pour la haine qu’il a suscitée, peut être égale à celle qu’il avait lui-même de ses contemporains.

Lire la suite »