L’été 14 vu par les écrivains

  Marc Bloch, l’été 14, «Souvenirs de guerre » Irène Némirovsky, l’été 14, « Les feux de l’automne » Sebastian Haffner, l’été 14, « Histoire d’un Allemand,Souvenirs (1914-1933) » Roger Martin du Gard, l’été 14, « Les Thibault, III » Jean Paulhan, l’été 14, « Le Guerrier appliqué » Colette, l’été 14, « Les heures longues » Gabriel Chevallier, l’été 14, « La Peur » Stefan Zweig, l’été 14, « Le Monde d’hier, Souvenirs d’un européen » Jules Romains, l’été 14, « La victoire en chantant » 1914, suite et fin : Albert Camus, « Le premier homme »

Irène Némirovsky, l’été 14, « Les feux de l’automne »

Un enfant de dix-sept ans – Bernard Jacquelain – vêtu d’habits courts et étriqués, car il avait grandi trop vite, sans chapeau, les cheveux rejetés en arrière, serrant les dents, serrant les poings pour retenir les sanglots qui montaient à sa gorge, suivait dans la rue un régiment en marche. C’était le 31 juillet 1914, à Paris. Par moments, Bernard jetait autour de lui des regards curieux, avides et effrayés, comme un petit garçon que l’on conduit pour la première fois au théâtre. Quel spectacle, cette veille de guerre, car il n’y avait que des ramollis, des ganaches comme Adolphe … Lire plus

Sebastian Haffner, l’été 14, «Histoire d’un Allemand, Souvenirs (1914-1933)»

Jamais je n’oublierai ce 1er août 1914, et le souvenir de cette journée s’accompagne toujours d’un profond sentiment d’apaisement, de détente, de « tout va bien maintenant ». Voilà de quelle façon étrange on peut « vivre l’histoire en direct ».(…)Les jours suivants, j’appris un nombre incroyable de choses en un temps incroyablement bref. Moi, un garçon de sept ans, qui naguère savait à peine ce qu’est une guerre, sans même parler d’un « ultimatum », d’une « mobilisation », d’une « réserve de cavalerie », voilà que je savais, comme si je l’avais toujours su, absolument tout sur la guerre : non seulement quoi, comment et où, mais même pourquoi. … Lire plus

Roger Martin du Gard, l’été 14, « Les Thibault, III »

Enfin, les deux jeunes gens purent approcher à leur tour. Sur la petite feuille rectangulaire, fixée au carreau par quatre pains à cacheter rosâtres, une écriture impersonnelle, appliquée, une écriture de femme, avait tracé ces trois lignes, sagement soulignées à la règle : mobilisation générale le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 aout Jenny serrait contre son buste la main que Jacques avait glissée sous son bras. Lui, il restait immobile. Comme les autres, il pensait : « Ca y est. » Dans son cerveau, les pensées se succédaient, très vite.  (…) Ainsi, pendant des semaines, il avait vécu, sans douter … Lire plus

Jean Paulhan, l’été 14, « Le Guerrier appliqué »

Je parais plus grand que mon âge — je m’appelle Jacques Maast, et j’ai dix-huit ans. Quand c’a été la troisième semaine de guerre, tout le monde et les filles du village où je passe mes vacances d’étudiant, me demandent : « Tu ne t’en vas pas ? ». Ces paysans me connaissaient depuis mes grands-parents : ils avaient de moi une opinion ancienne, et que je respectais. Ensuite je les sentais supérieurs à moi par leurs habitudes et jusqu’à l’ordre de leurs plaisanteries. La conviction que j’étais bien plus instruit restait ici pure et faible : elle ne me … Lire plus

Jules Romains, l’été 14, « La victoire en chantant »

« Jamais tant d’hommes à la fois n’avaient dit adieu à leur famille et à leur maison pour commencer une guerre les uns contre les autres. Jamais non plus des soldats n’étaient partis pour les champs de bataille mieux persuadés que l’affaire les concernait  personnellement. Tous ne jubilaient pas. Tous ne fleurissaient pas les wagons, ou ne les couvraient pas d’inscriptions gaillardes. Beaucoup ne regardaient pas sans arrière-pensée les paysans qui, venus le long des voies, répondaient mal aux cris de bravade et saluaient un peu trop gravement ces trains remplis d’hommes jeunes. Mais ils avaient en général bonne conscience. … Lire plus

Où sont donc les poètes-soldats de 14-18 ?

Le voyageur qui, avant de revenir à Paris, s’arrête à la grande librairie de la Gare Saint-Pancras, à Londres,  verra les piles de livres de poésie, bien en évidence – comme la poésie ne l’est plus jamais en France.  S’il s’approche, il s’apercevra qu’il s’agit de la poésie des années de guerre, celle de 14-18, et qu’elle est traitée par les libraires comme un produit grand public, dont on sait qu’il va plaire. Rien de tel en France pour la poésie de 14-18 : seuls existent, en grand nombre en ce moment, les romans, les carnets de poilus ou les livres … Lire plus