Posts Tagged ‘ France ’

Politique de l’offre et politique de la demande, clarification

Le débat politique oppose de façon « politique de l’offre » et « politique de la demande ». Ces deux politiques ne sont pas nécessairement contradictoires et de nombreuses composantes d’une politique de l’offre n’impliquent pas pour autant « l’austérité ». D’abord, l’essentiel d’une politique de l’offre n’a pas d’impact sur la demande intérieure. Il s’agit notamment de toutes les mesures relatives à la flexibilité du travail, à l’allègement de contraintes réglementaires pesant sur les entreprises ou de la réforme des professions réglementées. Ensuite, pour améliorer la compétitivité il est certainement nécessaire de réduire la dépense publique. Ceci ne signifie pas pour autant une réduction des déficits. La baisse des dépenses publiques peut être entièrement redistribuée aux entreprises sous forme d’une diminution des prélèvements obligatoires. A déficit constant, l’impact de cette politique sur la demande globale ne devrait pas être défavorable. Là où le débat apparait, c’est lorsque la politique de l’offre vise à modifier le partage de la valeur ajoutée entre les entreprises et les salariés au profit de l’entreprise. Historiquement, dans un environnement inflationniste, la modération salariale...

Lire la suite »

Jules Romains, l’été 14, «La victoire en chantant»

« Jamais tant d’hommes à la fois n’avaient dit adieu à leur famille et à leur maison pour commencer une guerre les uns contre les autres. Jamais non plus des soldats n’étaient partis pour les champs de bataille mieux persuadés que l’affaire les concernait  personnellement. Tous ne jubilaient pas. Tous ne fleurissaient pas les wagons, ou ne les couvraient pas d’inscriptions gaillardes. Beaucoup ne regardaient pas sans arrière-pensée les paysans qui, venus le long des voies, répondaient mal aux cris de bravade et saluaient un peu trop gravement ces trains remplis d’hommes jeunes. Mais ils avaient en général bonne conscience. Puisqu’il n’était plus question d’hésiter ni de choisir, l’on remerciait presque le sort de vous avoir forcé Ia main. Peut-être allait-on bientôt s’apercevoir qu’avec ses rudes façons il vous avait rendu service, comme le maître-nageur au débutant qu’il  pousse à l’eau. L’affaire, on n’en doutait pas, était de taille à remuer le monde entier. Et déjà elle en soulevait un large morceau. Mais par un effet de la tradition, et comme par droit de priorité,  avant  de devenir  mondiale,...

Lire la suite »

Valls : heureuses différences

Valls : heureuses différences

La nomination de Valls au poste de Premier ministre est l’une des rares décisions heureuses et courageuses que l’on puisse mettre au crédit du Président Hollande depuis son élection de mai 2012. Ce n’est pas que Valls soit un homme providentiel, à même de sortir seul le pays de la crise économique qui le touche depuis 2007 et de la dépression collective qui le frappe depuis plus longtemps encore.  C’est seulement qu’il incarne une gauche qui dépasse et probablement écarte les différentes traditions qui ont fait un siècle et demi de socialisme français, avec ses poncifs, ses références obligées et, on le voit depuis deux ans, son peu d’aptitude à la réforme1. Clemenceau, Rocard et la nation Pour donner un lest historique à sa différence, Valls invoque depuis longtemps Clemenceau, qui n’a jamais eu bonne presse dans la mouvance socialiste : Clemenceau a durement réprimé le mouvement ouvrier, et il a incarné le patriotisme intransigeant de la Grande Guerre.  Il incarne l’autorité, valeur qui n’est pas la plus typique de la gauche française. Cette différence vient aussi du rocardisme...

Lire la suite »

Kurt Tucholsky, journaliste à Paris

Voilà de cela quatre-vingt-dix ans, le journaliste allemand Kurt Tucholsky (1890-1935), juriste de formation, quittait le grand « remue-ménage » de son Berlin natal et s’installait à Paris afin d’y exercer en qualité de correspondant étranger, pour deux journaux importants de la République de Weimar, la Weltbühne et la Vossische Zeitung. C’était en avril 1924 ; le spectre de l’occupation de la Ruhr et de la politique de Poincaré assombrissait les relations franco-allemandes qui se décrispèrent cependant quelque temps plus tard, à partir de la fameuse conférence de Locarno (octobre 1925). La mission journalistique du jeune homme de lettres Tucholsky, auréolé d’une romance à succès (Rheinsberg, 1912), se doublait d’un objectif pacifiste : membre de la Ligue allemande des Droits de l’Homme, Tucholsky, à peine installé, entra en contact avec des pacifistes français qui lui donnèrent régulièrement l’opportunité de faire entendre sa voix lors de conférences et de manifestations consacrées à la situation franco-allemande et à la paix européenne. Par le biais de ces cercles de la LDH, des associations communistes et de loges franc-maçonnes, le journaliste berlinois fit ainsi la connaissance de...

Lire la suite »

Parti socialiste français et Parti démocrate américain

Question sensible en vérité que celle de la comparaison entre Parti socialiste français et Parti démocrate américain. Aucune comparaison n’est véritablement neutre, mais celle-ci, et au-delà des histoires très différenciées des deux partis, est révélatrice d’un certain nombre d’impensés du socialisme français, on serait tenté de dire de tabous. La difficulté est encore aggravée par le fait que lorsque l’on s’intéresse à l’évolution du Parti socialiste français, il faut toujours distinguer ce qu’il dit et ce qu’il fait. Cette difficulté n’est pas propre au Parti socialiste français mais on doit constater que sur le plan des idées, le PS français a toujours voulu se différencier des expériences des partis frères, qu’elles soient hier de facture social-démocrate ou aujourd’hui social-libérale. Fondamentalement, ce qui continue aujourd’hui de différencier les deux partis c’est bien le rapport au libéralisme. Les démocrates se réfèrent à une tradition libérale qui n’a cessé d’évoluer, d’où le fait que le terme « libéral » n’a pas les mêmes significations politiques en France et aux Etats-Unis. Pour les socialistes français, le libéralisme n’est acceptable que dans ses volets politique et...

Lire la suite »

Europe : un vif sentiment de dislocation

Selon l’expression utilisée par le papier d’un Think Tank anglais récemment, les européens ne sont pas sans ressentir depuis quelques mois un certain sentiment de dislocation. Ce sentiment naît évidemment de l’état dans lequel se trouvent l’Union Européenne et la zone euro, et des politiques menées avec un bonheur très relatif. L’austérité comme politique économique ne fait rêver personne, et en plus elle ne fonctionne pas ! Faire baisser les salaires dans les pays peu compétitifs, espérer ou même constater qu’ils exportent un peu plus, ce n’est pas à la mesure de la crise économique, et de toute façon, tout le monde ne peut pas exporter en même temps. Plus profondément, ce sentiment de dislocation vient d’une prise de conscience : depuis le début de cette crise en Europe, les intérêts économiques nationaux sont entrés en conflit, comme des plaques tectoniques lors d’un tremblement de terre, et la gravité du conflit frappe les esprits. Personne ne s’attend néanmoins à ce qu’il dégénère en guerres commerciales, fermeture des frontières, démembrement de l’Euro et peut-être de l’Europe. Ce scénario catastrophe n’est pas crédible, et...

Lire la suite »

PS : les limites de la justice intuitive

Comme souvent, ce que décide le pouvoir socialiste paraît conforme à la justice intuitive, mais rapidement, se révèle un non sens dont il aurait pu se douter avec un peu de réflexion. Ainsi cette idée que le capital et le travail doivent être taxés de la même façon, qui a pour elle l’intuition “à revenu égal, fiscalité égale”, et qui procède selon le bon mot de Karine Berger, “économiste” du PS, de l’”égale dignité du travail et du capital”.  Les mesures inspirées par ce sens intuitif de la justice se sont révélées un non sens économique, et le gouvernement les a retouchées à coup d’exemptions compliquées, après l’épisode des “Pigeons”, conscient désormais que les revenus du capital et ceux du travail ne procèdent pas des mêmes logiques. Modes de formation, stabilité, emplois qu’on en fait, aléas, géographie et sociologie, … tout sépare souvent les revenus du travail et ceux du capital, et ce n’est pas sans raison que des régimes fiscaux différents leur sont traditionnellement appliqués.  On peut le regretter, compte tenu que ces revenus et ces régimes dessinent ou...

Lire la suite »

Paris-Yale : le jeu des différences

Au moment où le campus américain devient une référence dans le grand débat sur l’enseignement supérieur en France,  notre ami Bruno Cabanes, Associate Professor au Département d’Histoire de Yale University, a bien voulu se livrer à une comparaison.  Il s’agit de vraies notes de terrain, par l’un des plus brillants spécialistes de l’histoire culturelle de la guerre et de la Grande Guerre, sur sa vie d’enseignant  au sein de la “Ivy League.” Un événement imprévu survint en cours d’année 2004: un poste s’ouvrait à Yale sur l’histoire sociale et culturelle de la guerre. À l’occasion d’un colloque en Belgique,  un collègue américain que j’avais connu dix ans plus tôt me prit à part et m’incita à déposer ma candidature.  Je venais de débuter à l’Université de Limoges comme maître de conferences.  Le poste me plaisait.  Mais je ne pouvais pas ne pas tenter le pari outre-Atlantique…j’ai donc décidé de postuler.  La procédure dura près de six mois: envoi du dossier, short list, puis oral sur le campus. Je découvrais le professionnalisme d’un recrutement, où chaque candidat de la short...

Lire la suite »

Essais : Modernes catacombes, Régis Debray

Livre parfait pour le déjeuner que ce Modernes catacombes de Régis Debray, ouvrage fait de toutes les interventions de l’auteur dans la vie publique depuis 15 ans, des éloges funéraires aux discours de remise de prix, des préfaces aux propos de séminaires. Les interventions vont de 3 à 10 pages : ce qu’il faut pour les courts moments de lecture. Enumérons les défauts du texte, pour ne plus y revenir. Ouvrage irritant par la pédanterie de salon qu’on sent à chaque page, par ces références culturelles, ces allusions incessantes, abusivement dispersées, et qui illustrent les longues humanités de l’auteur, très peu son propos. Irritant aussi par l’excès de formules qui finit par corrompre le style. Le sens de la formule est une qualité mais jusqu’à un certain point seulement ; au delà, il signale le chansonnier. Régis Debray s’étourdit de sa propre capacité d’invention verbale, qui est comme en pilotage automatique. Même sa table des matières (p. 17) est un jeu verbal.  Comparer,  sur ce point seulement car les deux auteurs n’ont pas grand chose en commun sinon une...

Lire la suite »

Quelle base sociale pour le compromis social-démocrate ?

Avec son pacte de compétitivité, reconnaissance embarrassée mais sincère que l’économie française doit interrompre son mouvement de déclin par rapport à l’Allemagne mais aussi par rapport à l’Italie et à l’Espagne et même au Royaume-Uni, en voie de ré-industrialisation, le pouvoir socialiste adresse à sa base sociale et à celle de ses alliés un message difficile à entendre. Le message est pourtant clair.  Le Gouvernement n’a certes pas suivi la recommandation du rapport Gallois et de certains économistes parmi les plus lucides, i.e. le “choc de compétitivité” immédiat, de crainte d’aggraver la récession qui s’annonce. Il a fait le choix de séquencer et de moduler les mesures recommandées.  La nuance porte donc sur le moment où le remède sera administré, non sur son bien-fondé. L’aile gauche du bloc électoral qui a porté François Hollande à la présidence ne s’y est pas trompée. Le nouveau pouvoir a ainsi créé le trouble dans un électorat socialiste qui lit Alternatives économiques, qui croit sincèrement que la “compétitivité” est un concept douteux et que le niveau des salaires n’est aucunement le problème de l’heure...

Lire la suite »