Comment voir le dernier Woody Allen ?

Rifkin’s Festival ne se laisse ranger ni parmi les grands Woody Allen,  ni parmi les petits Woody Allen, dans cet exercice annuel de répartition que permet une filmographie abondante et inégale. Rifkin’s Festival est une dernière révérence qui signale la fin d’une carrière, et une fin qui laisse transparaitre la fatigue et l’amertume. Ce film tourné avant la pandémie n’est pas officiellement le dernier du cinéaste, puisque on annonce un nouveau film tourné cette fois à Paris, mais il est difficile d’imaginer ce que Woody Allen pourrait encore donner. Woody Allen s’est choisi en Wallace Shawn, l’acteur qui joue le rôle de Mort Rifkin qu’il se serait attribué autrefois mais que l’âge ne lui permet plus de tenir, un alter ego commode – non qu’il lui ressemble mais ils partagent tous deux la même allure discrète et ce charme qui vient ou plutôt venait, c’est tout le film, de l’esprit et du brio verbal plus que du  physique. Cet alter ego, Mort Rifkin, suit sa femme, attachée de presse, au Festival de cinéma de San Sebastian où sa qualité de critique de cinéma reconnu lui vaut une certaine aura. Lire plus

Star Wars, Tolkien et la réalité sinistre et déprimante des univers étendus

Quand les sagas sont sans fin, on s’aperçoit que les cycles de brutalité et de totalitarisme font eux aussi un éternel  retour. Peu de temps après avoir terminé Le Seigneur des anneaux, J.R.R. Tolkien se mit brièvement au travail sur une suite qui devait s’intituler La Nouvelle ombre et se dérouler 100 ou 150 ans plus tard sous le règne du fils d’Aragorn, Eldarion. Le lien principal entre les deux histoires était le personnage secondaire de Beregond, soldat noble mais disgracié de Gondor, dont le fils Borlas devait être un des personnages principaux de La Nouvelle ombre. Dans La Nouvelle … Lire plus

Cinéma : l’éthique au temps des catastrophes

Bien sûr, il est aisé de disqualifier une réflexion qui prétendrait au sérieux en prenant pour objet une forme artistique généralement considérée comme inférieure. Il est vrai que la pensée française sur l’art et la littérature présuppose l’idée d’une hiérarchie entre les genres dont elle n’a pu se défaire depuis le XVIIIème siècle. Il s’agit pourtant d’une survivance de cette période lointaine davantage que d’un principe qui doit nécessairement guider l’appréciation des œuvres : que l’on pense à d’autres traditions, celle des États-Unis par exemple, et l’on verra que les distinguos subtils entre les types de productions artistiques, qui sont … Lire plus

La maladie d’Alzheimer à l’écran: Iris et Still Alice

En 2050,  le nombre de citoyens américains qui auront plus de 65 ans aura atteint 83.7 millions, le double d’une population estimée en 2012 à 43.1 millions.  Les baby boomers sont largement responsables de ce vieillissement de la population, ceux qui ont commencé à avoir 65 ans en 2011.  En 2050, les baby boomers qui restent en vie auront plus de 85 ans.  Rapport du Bureau Américain du Recensement (US Census Bureau Report), 2012. Une population vieillissante a besoin de récits.  Still Alice, le premier film à raconter la maladie d’Alzheimer du point de vue du malade, rentre dans une catégorie qu’on pourrait qualifier de film d’horreur de la génération du Baby Boom.  Ceux-là mêmes qui ont vu, enfants, des films comme L’invasion des profanateurs de tombes (Invasion of the Body … Lire plus

Andreï Zviaguintsev, Léviathan

Andreï Zviaguintsev raconte que l’idée de son film, Léviathan, lui est venue des Etats-Unis, de l’histoire d’un homme au Colorado qui refuse d’être exproprié par des promoteurs et qui finit par détruire à la pelleteuse les bâtiments du voisinage1Positif, interview d’Andreï Zviaguintsev, septembre 2014. Au demeurant, avec ses thèmes, son enracinement, sa sensibilité aux questions qui taraudent sa société, Zviaguintsev est un peu … Suite…- histoire au fond très américaine, où le héros, sûr de son droit, rejette une légalité viciée et se fait justice lui-même. Malgré cette inspiration, le fonds de ce Léviathan est fait de tout ce qui fait la … Lire plus

Hercule, film progressiste

Selon la légende, le terme de “péplum” aurait été popularisé par un groupe de cinéphiles des années 50, et par Bertrand Tavernier en particulier. Laissons cependant les spécialistes expliquer la naissance et le développement du genre péplum, et pourquoi il paraît connaitre aujourd’hui un nouvel âge d’or. Ce serait le troisième depuis la naissance du cinéma. Observons seulement que dans la cinéphilie des 50 dernières années, le péplum n’a jamais réussi à obtenir l’aura accordée au western, avec néanmoins une exception notable : Serge Daney a laissé une belle critique de Samson et Dalila de Cecil B. DeMille Lire plus

Au coeur du cinéma iranien : Djafar Panahi

Djafar Panahi est un réalisateur, scénariste et producteur iranien. Né le 11 juillet 1960 en Iran, il débute sa carrière comme assistant réalisateur d’Abbas Kiarostami sur le film Au travers des oliviers. Cinéaste engagé, il est reconnu comme le réalisateur d’une nouvelle vague iranienne, caractérisé par l’expression de la réalité de la vie de tous les jours dans un cadre naturel et en employant des techniques simples. L’œuvre de Panahi aborde, avec un regard critique, les problèmes de la société iranienne. Lire plus

Cinéma : Touch of Sin, la violence du chinois dans un monde sans droit

La critique cinématographique a encensé Jia Zhang-ke pour son Touch of  Sin (prix du scénario à Cannes), comme elle l’avait encensé pour The World (2002) et surtout Still Life (2006). Et il est vrai que Jia Zhang-ke fait preuve, dans Touch of Sin, d’un sens du récit, d’une précision dans la mise en scène et d’un talent de direction d’acteurs de tout premier ordre. En quatre histoires qui sont comme autant de nouvelles et qui ne cherchent pas à s’entrecroiser, Jia Zhang-ke dresse un portrait accablant de la Chine contemporaine – portrait qui n’est pas sans éclairer les faits divers atroces, … Lire plus

Camus et le cinéma

Si on le compare à d’autres écrivains de sa génération, Camus avait relativement peu à dire au sujet du cinéma. Certes, Camus était proche de l’actrice Maria Casarès, et il a effectivement commencé à travailler sur une adaptation cinématographique de La Princesse de Clèves pour Robert Bresson, et il est vrai que Jean Renoir lui a proposé de porter L’Étranger à l’écran, plusieurs années avant la version de 1967 signée par Visconti 1En mai 1954, Camus commença à écrire un scénario tiré de La Princesse de Clèves pour Robert Bresson. Dans une lettre à René Char, Camus se plaint de ce travail … Lire plus

Wes Anderson, cinéaste pré-moderne

Les films de Wes Anderson – sept à ce jour : Bottlerocket, Rushmore, The Royal Tenenbaums, The Life Aquatic with Steve Zissou, The Darjeeling Limited, Fantastic Mr Fox, et Moonrise Kingdom– ont atteint le statut de cult-movies.  Ils semblent avoir tout pour plaire à notre époque : histoires de famille à l’eau de rose d’enfants ou d’enfants attardés destinées à des individus dotés du même âge mental, maniérisme du style vintage  nostalgique, univers fétichiste issu des BD et des livres pour enfants, clins d’œil  glamour rétro à la musique pop des sixties et aux films français nouvelle vague, acteurs recyclés ou décalés … Lire plus