Vie et mort de Jan Patočka
En janvier 1977, quelques centaines de signataires rendaient publique la Charte 77, texte bref qui demandait simplement à l’État tchécoslovaque de respecter les engagements qu’il venait de souscrire en ratifiant les pactes internationaux sur les droits de l’homme. Ni parti, ni programme, la Charte fit scandale dans un pays où après le Printemps de Prague, la société civile, les protestations avaient été réduites au silence. Aux côtés de Václav Havel et de Jiří Hájek, l’un des trois premiers porte-parole de la Charte était un philosophe de soixante-neuf ans, presque inconnu du grand public : Jan Patočka.
Élève de Husserl et de Heidegger, exclu de l’université, Patočka avait poursuivi son œuvre dans des séminaires privés, quasi-secrets, diffusant des samizdats. Il est néanmoins l’un des noms les plus marquants de la philosophie européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Convoqué à des interrogatoires répétés par la police d’État, épuisé par des séances qui duraient des heures, Patočka meurt le 13 mars 1977. Peu avant, il avait écrit que certaines choses valent qu’on souffre pour elles, et que la soumission n’a jamais rien apporté d’autre que davantage de soumission. Lire plus