Yuval Sharon et l’avenir de l’opéra en Amérique

Le Tristan et Isolde mis en scène par Yuval Sharon, spectacle passionnant et passionnément discuté, vient de remporter un triomphe au Metropolitan Opera, au point qu’une représentation supplémentaire a été affichée pour satisfaire l’afflux du public. Profitons de cette véritable consécration, qui suit de peu la publication de son ouvrage A New Philosophy of Opera, paru en 2024 et encore inédit en langue française, pour présenter aux lecteurs francophones une des personnalités les plus remarquables et les plus attachantes du théâtre musical d’aujourd’hui. Ni un traité ni un manifeste Commençons par rassurer ceux que le titre du livre pourrait rebuter : … Lire plus

Eugène Onéguine au Palais Garnier : l’audace du romantisme sans excès

Étant donné la longue histoire d’appropriation politique de Pouchkine, de l’Empire russe aux récits impériaux staliniens, jusqu’aux invocations contemporaines des «valeurs traditionnelles», comment mettre en scène aujourd’hui Pouchkine et Tchaïkovski ? La récente mise en scène d’Eugène Onéguine au Palais Garnier surprend par ce qu’elle n’est pas. Pas de transposition contemporaine appuyée, pas de surcharge conceptuelle, ni de geste provocateur pour forcer l’actualité de l’œuvre. Ralph Fiennes, comédien et réalisateur britannique mondialement reconnu endosse pour la première fois l’habit de metteur en scène d’opéra, et fait le choix d’une lecture classique, épurée, presque retenue. Un choix qui, paradoxalement, apparaît  comme profondément … Lire plus

Rastapopoulos apprivoisé

The Phoenician Scheme est un ciné-album de Tintin dans lequel Rastapopoulos tiendrait le premier rôle et s’amenderait moralement. Zsa-Zsa Korda, ici incarné par Benicio del Toro, est un tycoon avec des valises sous les yeux qui lui donnent l’air las, marié de nombreuses fois (comme Zsa-Zsa Gabor), qui monte des affaires louches qui lui valent d’être sans cesse victime des tentatives d’assassinat de ses rivaux de la finance, qu’on voit comploter comme les généraux dans Dr Folamour. Une fois de plus, son avion est bombardé, son secrétaire et son pilote éjectés, et Zsa Zsa se retrouve dans un champ de … Lire plus

Ingeborg Bachmann, d’un désert à l’autre

Margarethe von Trotta, connue en France comme l’actrice principale du Coup de grâce de Volker Schlöndorff (1976), et comme réalisatrice,  aux côtés de Schlöndorff, de L’honneur perdu de Katharina Blum (1975), est devenue rapidement une réalisatrice à part entière, l’une des pionnières du Frauenfilm, ce courant cinématographique féminin  allemand des années 70-80 qui  focalisait volontiers sur les personnages de femmes, leurs points de vue, leurs problèmes et leurs engagements, comme dans  Les années de plomb (1981). Avant de se pencher sur la vie et l’oeuvre de l’écrivaine autrichienne Ingeborg Bachmann (1926-1973), considérée comme la plus grande poétesse de langue allemande … Lire plus

La Chanson de la faim

A la lecture de notre article au sujet du livre d’Olivier Barrot sur Sylvain Itkine, Fanchon Daemers a eu la bonne idée de nous adresser le lien vers son interprétation d’une chanson écrite par Sylvain Itkine, La chanson de la faim de 1937. Fanchon Daetmers est une artiste belge formée au contact de la chanson populaire de tradition orale mais aussi du chant classique. Elle a donné de nombreux récitals, notamment autour de l’œuvre de Guillaume Apollinaire. « En Belgique quand on l’invite dans un festival, disait Hélène Hazera dans une émission de janvier 2015 durant laquelle elle interprète la … Lire plus

Portrait d’Itkine, d’Olivier Barrot

L’écrivain et journaliste Olivier Barrot donne aujourd’hui un livre court et gentiment décousu, mais aussi très attachant. Son livre sur Sylvain Itkine, cet acteur des années 30 qu’on voit dans certains films de Jean Renoir et qu’on voyait surtout sur scène dans ces années-là, a le pouvoir de faire revivre les milieux du théâtre et du surréalisme d’avant-guerre. Il fait aussi revivre pour les années 40, la vie de ces artistes réfugiés à Marseille qui essayent de survivre tout en conservant leur art. Certains s’engageront dans la Résistance. Cet engagement sera fatal à Sylvain Itkine qui sera arrêté et mourra … Lire plus

Iouri Chevtchouk, une voix dans la nuit russe

Depuis la mort de Vladimir Vyssotski en 1980, Chevtchouk est sans doute l’un des plus célèbres chanteurs russes. Ce poète, guitariste et chanteur de rock russe, a donné le 25 mars 2024, avec son groupe, un concert au Casino de Paris. La salle de quelque 2.000 places était bondée. Le concert dura sans interruption deux heures et demie devant un public enthousiaste, bien entendu russophone, en majorité jeune. Les spectateurs, rompus aux us et coutumes des grands concerts de ce type, où l’on accompagne de la voix les textes des chansons, où l’on s’agite en cadence en brandissant son portable, … Lire plus

Un mélodrame du présent italien

Le public français peut se demander si le le film de Paola Cortellesi, “Il reste encore demain”, a eu le succès phénoménal qu’il a connu en Italie parce que les Italiens sont, pour des raisons historiques et culturelles, très sensibles à une certaine esthétique néoréaliste au cinéma. De fait, le noir et blanc superposé à un récit qui se passe dans un quartier populaire de la Rome de l’après-guerre, où les traces matérielles et immatérielles du conflit sont très présentes, où la misère est la première chose que la population partage, où la disparition de Mussolini a fait des heureux mais surtout des nostalgiques… Lire plus

La musique contemporaine et sa crise

Dans un article paru dans la Lettre du musicien en janvier dernier, le compositeur Jean-Louis Agobet a donné son point de vue dans des termes brutaux, parlant de la « crise existentielle » qui touche la musique contemporaine, de son isolement et de la « mort d’un écosystème » qui a finalement plus affaibli et anémié la création, qu’il ne l’a renforcée. Le constat peut être discuté mais les faits sont quand même faciles à établir. Nous avons voulu lui permettre de préciser sa pensée. Lire plus

Justice et cinéma, ce vieux couple

Gaby Morlay dans "Accusée, Levez-vous", de Maurice Tourneur (1930)

Notre entretien avec l’auteur de “La Justice au Cinéma”, paru en octobre dernier, l’excellente analyse d’un couple presque aussi vieux que le cinéma. – Thibault de Ravel d’Esclapon, vous montrez de façon très convaincante que le cinéma et la justice entretiennent des relations qui vont bien au-delà des prétoires et des films qui sont directement consacrés aux procès. Quelle distinction faites-vous entre le film de prétoire et ce que vous appelez le film de justice ? Lire plus