libre opinion

Juifs français : halte

Nous venons de recevoir de la part de M. Samuel Bronstein, Fondation Rothschild, chambre 505, qui est le grand oncle de l’un de nos auteurs, la lettre suivante que nous publions in extenso malgré sa brutalité qui pourra choquer certains de nos lecteurs — La rédaction. Disons-le tout net : les juifs français qui quittent la France pour Israël, effrayés par la hargne antisémite de certains secteurs minoritaires de la société française, sont des lâches. Ils donnent aux nazis et aux Darquier de Pellepoix de toutes sortes une victoire posthume que l’histoire leur avait refusée. Ils insultent tous les juifs qui, à cette époque-là, ont rejoint la France Libre ou la Résistance. On leur recommandera sur ce point la lecture du Dictionnaire de la France Libre (éditions Robert Laffont, collection Bouquins). Pour les juifs pieds-noirs qui, dans les années 60, sont venus en France sous la contrainte, confrontés à l’alternative de la valise ou du cercueil, le départ pour Israël pourrait peut-être se comprendre (et encore !), pour ceux du moins dont l’enracinement national est l’effet d’un choix par défaut – comme il...

Lire la suite »

Charlie Hebdo : tristes moments, triste réalité

Les tristes évènements du 7 janvier, la mort de journalistes, de policiers sous les coups de feu tirés par deux sous-prolétaires de culture musulmane devenus terroristes, met sous les yeux de la société française une réalité pénible : une frange de la population arabo-musulmane, en France, est sensible à l’appel au Djihad, et il ne s’agit pas seulement d’une poignée d’exaltés, sans signification sociale.  C’est une mouvance dont le degré d’adhésion à cet islamisme de combat est variable, mais qui en tout cas n’est pas nul. Pour mille jeunes gens, à ce jour, partis en Syrie, combien de personnes en France pour penser qu’ils ont bien raison de s’y rendre, et combien d’autres pour penser qu’ils n’ont pas tout à fait tort de prendre ce parti ? Combien encore pour penser que les dessinateurs de Charlie Hebdo ont abusé de la liberté d’expression, voire ont provoqué ce qui les a frappé ? S’il faut “éviter les amalgames”, antienne des pouvoirs publics en ce moment (ce qu’on peut comprendre), et ne pas diriger vers le monde musulman dans son ensemble...

Lire la suite »

Kamel Daoud : Algérie, le drapeau contre le chapeau

Il y a quelque chose de triste, risible et malsain dans l’affaire de Geneviève de Fontenay, l’une des marraines de l’univers des miss, venue en Algérie. Son lapsus sur l’Algérie française a indigné. On peut dire : à juste titre, vu l’histoire du pays et sa colère qui dure depuis mille ans. Un ministre a quitté la salle, des officiels ont fui avec les chaussures dans les mains et des Algériens se sont déchainés sur cette vieille dame perdue hors de l’univers de ses dentelles et de son chapeau éternel. Sauf qu’il y avait quelque chose de lourd, de douteux et de trop insistant dans l’indignation. On ne comprend pas d’abord l’importance donnée à ce bafouillage d’une vieille dame hors de son territoire de courbes et de tissus. Ensuite, on décèle une sorte d’excès qui tend à prouver qu’il y a volonté de faire dans le zèle pour masquer quelques honteuses évidences. Et, en dernier, on retrouve dans cet épisode la fameuse schizophrénie nationale, bâtie sur le déni : certains ont vite fait de rappeler, à juste titre, que...

Lire la suite »

Politique française : triste scénario

Dominique Strauss-Khan vient de déclarer que François Hollande dissoudrait probablement l’Assemblée nationale avant la fin 2015 et François Bayrou vient d’annoncer que François Hollande ne terminerait pas son mandat.  Strauss-Khan et Bayrou ne sont pas des opposants de type perroquet, comme l’UMP en compte beaucoup et qui répètent sur injonction d’un Copé “démission, démission, …”.   Au même moment, Manuel Valls déclare que la gauche peut mourir, et il semble s’installer dans l’opinion l’idée que le Front National sera nécessairement présent au second tour de l’élection présidentielle de 2017. Schadenfreunde Il faut évidemment faire la part des tactiques personnelles dans ces prévisions, et celle de la schadenfreunde, cette joie mauvaise.  Néanmoins, le scénario d’un éclatement, d’une évaporation du pouvoir socialiste, deux ans après l’élection présidentielle, ne peut être écarté - la IVème République a bien éclaté devant les événements d’Algérie. La dissidence d’une petite cinquantaine de députés, mécontents du tournant “social-libéral” du quinquennat, n’y sera certainement pour rien : les techniques du parlementarisme rationalisé permettent au gouvernement de les contenir. Cet éclatement, ce serait plutôt la conséquence de l’impopularité de François...

Lire la suite »

Le sale esprit du temps

Au delà ce ce qui peut être dit sur la terrible brutalité israélienne et le cynisme du Hamas, il faut tirer deux enseignements pour la vie sociale francaise des manifestations pro-palestiniennes, ces quinze derniers jours. Tout d’abord, il existe désormais une mouvance antisémite dans la société française, bien installée et dépourvue d’inhibitions.  A la vieille tradition d’extrême-droite, elle adjoint une population d’origine immigrée qui conjugue vieux préjugés antisémites et identification aux palestiniens, et une extrême-gauche qui fait d’Israël l’incarnation d’un impérialisme occidental ennemi des peuples.  On la sent frémir dans les posts au pied des articles de Libération ou de Rue89, dans les propos de tel petit élu local issu de l’immigration ou de l’écologie. Elle aime les spectacles de Dieudonné.  Elle ne résume pas tout le camp pro-palestinien loin de là mais, à Paris au moins, elle en est devenue indissociable, ces dernières semaines.  Elle excède, et de loin là aussi, les casseurs et les provocateurs qui recherchent la confrontation avec les forces de l’ordre. Les premières condamnations à la suite des affrontements de la mi-juillet, rendues sans...

Lire la suite »

Erreurs et préjugés : la crise ukrainienne

Bruno Bisson vit et enseigne en Russie. Son point de vue sur la crise ukrainienne, dans son état au 5 juillet 2014, nous a paru assez original pour être communiqué à nos lecteurs, même si nous ne le partageons pas. Il a le mérite de mettre en lumière des faits déplaisants à reconnaitre, telles les violences contre les manifestants pro-russes à Odessa au début de l’été, documentées par un terrible reportage de Paris Match, faits qu’on aurait tort d’écarter comme procédant de la seule propagande russe. Il souligne les erreurs américaines et européennes dans la gestion des relations avec la Russie. On ne dissipe pas un complexe obsidional en paraissant conduire une politique d’encerclement !  Ndlr – La crise ukrainienne – qui n’est pas encore terminée – a été définie par beaucoup comme la plus grave crise géopolitique depuis la fin de l’URSS. Elle semble être aussi une guerre de l’information et le triomphe de l’hypocrisie. le 21 février, au moment où des tireurs d’élites aujourd’hui encore non identifiés, accusés  d’un côté d’agir sur ordre du président en place...

Lire la suite »

Calim’héros, le super rebelle

“Pas de promo, aucun journal. Cela pourrait nuire à notre image. C’est beaucoup trop commercial. Surtout très peu d’ambition. Pas question d’une éventuelle évolution pour qu’on m’accuse de trahison Ah non ! De l’underground je suis le champion.” Reste underground – IAM – 1993 On reconnaît le rebelle aux attitudes suivantes : il condamne beaucoup, il ne propose rien,  ni nouveau modèle de société ni petite amélioration. En bref , le rebelle n’est pas réformiste. Être réformiste suppose d’accepter le système dominant. Et – avec celui-ci – le rebelle considère qu’une seule interaction est acceptable : la confrontation.  Les autres modes sont inacceptables car ils supposent une collaboration avec l’ennemi. L’ennemi étant le monde tel qu’il est organisé aujourd’hui. Le rebelle n’est pas révolutionnaire. Être révolutionnaire suppose un projet post révolutionnaire soit la réponse à la question «Qu’est ce qu’on fait une fois qu’on a tout cassé ?». Et de projet post révolutionnaire, le rebelle n’en a pas sous la main. Mais alors, mais alors… qui est Calim’héros ? «Loin des jouisseurs qui traînent leur ennui, loin de ceux dont les mains ont trempé dans...

Lire la suite »

Comment protéger Finkielkraut contre lui-même ?

Les auditeurs de l’émission Répliques, le samedi matin sur France Culture, sont probablement nombreux à s’inquiéter pour la santé mentale d’Alain Finkielkraut. Clair et cohérent quand il parle de littérature, il s’emballe, perd ses moyens et fait ressortir une structure mentale altérée dès qu’il parle d’immigration. L’émission du samedi 21 juin, avec l’économiste Olivier Pastré, probablement sidéré des âneries qu’il entendait, et Hervé Juvin, cet homme d’affaires essayiste qui ne dépasse jamais le niveau d’un salon réactionnaire du VIIème arrondissement ou de Versailles, en est un témoignage étonnant – et nous incitons nos lecteurs à le vérifier par eux-mêmes (lien ci-dessous).  Finkielkraut y est parfois si confus qu’il en vient à expliquer la morale moderne par le monothéisme dont la religion des anciens grecs serait une variété (mais peut-être sa langue avait-elle fourché dans la chaleur de la discussion). A l’écrit, dans son récent article du Débat par exemple1, le propos est plus nuancé (quoique peu avare de clichés), mais la parole, la radio lui font quitter le domaine de la pensée consciente d’elle-même. Et il faut craindre que la...

Lire la suite »

L’apostat et la mode Jaurès

La mode Jaurès, à gauche, laisse transparaître qu’il se produit, sur un mode comique, un phénomène de type quasi-religieux. Et cette quasi-religion, ces rites accomplis avec plus ou moins de sincérité sont autant de signe de l’ébranlement moral qui touche la mouvance socialiste. Qu’on en juge : en cette année du centenaire de sa mort, comme on pouvait s’y attendre mais pas dans ces proportions, Jaurès est l’objet d’un nombre étonnamment élevé de biographies, d’études, de monographies, comme s’il n’y avait rien de plus urgent, à gauche, que de revenir à cette période de la IIIème République :  Jean Jaurès de Vincent Duclert et Gilles Candar (février 2014), La victoire de Jaurès de Charles Silvestre, Ernest Pignon-Ernest et Marc Ferro (septembre 2013), Jaurès : une vie pour l’humanité de Gilles Candar, Romain Ducoulombier et Magali Lacousse (mars 2014), … 1.   La société des études jauressienne est sur twitter et ses membres font circuler l’actualité du grand homme 2. Le centenaire n’explique pas tout.  Sous-jacent à ceci, ce mot d’ordre : il faut un retour à Jaurès, la gauche a trop oublié...

Lire la suite »

Valls : heureuses différences

Valls : heureuses différences

La nomination de Valls au poste de Premier ministre est l’une des rares décisions heureuses et courageuses que l’on puisse mettre au crédit du Président Hollande depuis son élection de mai 2012. Ce n’est pas que Valls soit un homme providentiel, à même de sortir seul le pays de la crise économique qui le touche depuis 2007 et de la dépression collective qui le frappe depuis plus longtemps encore.  C’est seulement qu’il incarne une gauche qui dépasse et probablement écarte les différentes traditions qui ont fait un siècle et demi de socialisme français, avec ses poncifs, ses références obligées et, on le voit depuis deux ans, son peu d’aptitude à la réforme1. Clemenceau, Rocard et la nation Pour donner un lest historique à sa différence, Valls invoque depuis longtemps Clemenceau, qui n’a jamais eu bonne presse dans la mouvance socialiste : Clemenceau a durement réprimé le mouvement ouvrier, et il a incarné le patriotisme intransigeant de la Grande Guerre.  Il incarne l’autorité, valeur qui n’est pas la plus typique de la gauche française. Cette différence vient aussi du rocardisme...

Lire la suite »