Jusqu’où réguler la bienfaisance ? Sur « Financer les médias autrement »

Mécenat

L’ouvrage collectif « Financer les médias autrement », paru aux Presses universitaires de France dans la collection La Vie des idées, ne surprendra pas. Comme tous les ouvrages collectifs, il est inégal, ce qu’on ne peut lui reprocher. Comme souvent les ouvrages venant de la sociologie universitaire, il est prévisible dans ses présupposés et peu disert sur les solutions qui permettraient aux médias de dépasser la crise terrible qui les frappe, soit depuis le début des années 2000 : culture de la gratuité, préemption de la publicité par les plateformes américaines, contournement des rédactions par les réseaux sociaux… Lire plus

L’Odyssée sur grand écran : un classique

L’auteur de l’article avoue ne pas s’être encore rendu en salle pour découvrir L’Odyssée de Christopher Nolan, ce qu’il ne manquera toutefois pas de faire, sans doute lorsque l’enthousiasme suscité par cette superproduction battant tous les records sera un peu retombé. À lire la presse, le succès semble incontestable ; il inspire, comme il se doit lorsque le succès est phénoménal, son lot de polémiques et d’attaques en règle. Toute adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire – et quelle œuvre ! y a droit. Les spécialistes et puristes ne manquent pas de critiques scrupuleuses et tout réalisateur s’attaquant à un chef-d’œuvre doit s’y … Lire plus

Vie et mort de Jan Patočka

En janvier 1977, quelques centaines de signataires rendaient publique la Charte 77, texte bref qui demandait simplement à l’État tchécoslovaque de respecter les engagements qu’il venait de souscrire en ratifiant les pactes internationaux sur les droits de l’homme. Ni parti, ni programme, la Charte fit scandale dans un pays où après le Printemps de Prague, la société civile, les protestations avaient été réduites au silence. Aux côtés de Václav Havel et de Jiří Hájek, l’un des trois premiers porte-parole de la Charte était un philosophe de soixante-neuf ans, presque inconnu du grand public : Jan Patočka.

Élève de Husserl et de Heidegger, exclu de l’université, Patočka avait poursuivi son œuvre dans des séminaires privés, quasi-secrets, diffusant des samizdats. Il est néanmoins l’un des noms les plus marquants de la philosophie européenne de la seconde moitié du XXème siècle. Convoqué à des interrogatoires répétés par la police d’État, épuisé par des séances qui duraient des heures, Patočka meurt le 13 mars 1977. Peu avant, il avait écrit que certaines choses valent qu’on souffre pour elles, et que la soumission n’a jamais rien apporté d’autre que davantage de soumission. Lire plus

Panama, un canal pour mémoire

Ouvert en août 1914 à la navigation, le canal de Panama fait l’objet de mémoires plurielles voire antagonistes. Pour les Français, à l’origine des premières entreprises de creusement de l’isthme, entre 1880 et 1904, ce canal évoque un immense scandale politico-financier. Pour les Américains, la prouesse technologique de leurs ingénieurs justifie son inscription dans leur roman national. Pour les Colombiens, victimes d’un rapt sur la région du Panama, et pour les Nicaraguayens, qui espérèrent longtemps attirer les capitaux nord-américains dans leur pays, le souvenir de ces événements demeure douloureux. Il l’est encore davantage pour les véritables constructeurs du canal, les … Lire plus

Marc Bloch et les égarés

On retrouve la figure de Marc Bloch dans trois faits séparés qu’il n’est pas interdit de rapprocher, et qui donnent un aperçu troublant de l’état du monde intellectuel en France, dans ce segment qu’on rangerait sous la bannière de la gauche radicale. Dans la période où l’historien est mis au Panthéon, un éditeur prestigieux fait préfacer son plus célèbre livre par un historien marqué par sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon ; un médiéviste, qui préface un livre consacré à Marc Bloch, se compromet dans un antisémitisme presque invraisemblable ; interrogé sur Marc Bloch et l’antisémitisme contemporain, un professeur au Collège … Lire plus

Ingeborg Bachmann, L’Errante

Françoise Rétif, essayiste et professeur de littérature germanique bien connue, nous a donné ces dernières années plusieurs beaux articles sur la poétesse allemande Ingeborg Bachmann. Elle vient d’en publier une biographie aux éditions Aden dont elle a bien voulu nous confier quelques bonnes feuilles. L’extrait choisi concerne les derniers jours d’Ingeborg Bachmann, en septembre 1973, à Rome. Lire plus

Pour en finir avec le « miracle grec » ?

Une lecture de l’histoire, devenue lieu commun, veut qu’une corrélation d’événements fondateurs survenus au tournant du Ve siècle avant l’ère actuelle soient à l’origine d’une grande civilisation mais aussi, par-delà les siècles, de la culture européenne. La constitution de la cité puis de la démocratie athénienne, l’élaboration des savoirs scientifiques, l’apparition de la philosophie, la naissance de la tragédie, etc., seraient les productions fulgurantes d’un génie particulier, associé à une langue. Elles fondent la trame d’un récit originel, celui du « miracle grec ». On peut raisonnablement mettre en doute cette lecture. Les entreprises de déconstruction de ce mythe tenace n’ont pas manqué. … Lire plus

Le « secteur juif » du Parti communiste français après 1945

Zoé Grumberg, historienne du communisme et des mondes juifs en France après la Seconde Guerre mondiale, vient de publier “Militer en minorité ? Le secteur juif du Parti communiste français après la Libération”. Le titre ne dira rien à la plupart de nos lecteurs. Lire plus

Le passé comme projet

Le théoricien de l’extrême-droite Charles Maurras, défenseur du Félibrige et de la culture provençale, avait en son temps, au nom d’un « Nationalisme ethnique » créé la notion de «pays réel», de « pays vrai » qui s’opposait au «pays légal» celui des gouvernants. Quelques décennies plus tard, le gouvernement du Maréchal Pétain, suite à « l’étrange défaite » de juin 40, pour reprendre la formule de Marc Bloch, proposait en écho un retour aux sources, une reconquête depuis la base. Lire plus

“Georges Marchais ou la fin des Français rouges” de Sophie Cœuré

Le livre de l’historienne Sophie Cœuré vient à point nommé. En effet, on note depuis quelque temps un vif intérêt pour le Parti communiste français, feu le Parti communiste français serait-on tenté de dire. Comment un parti qui dominait la vie politique jusqu’au début des années 80 a-t-il pu quasiment disparaitre du champ politique ? Pourquoi, et alors même que le nouveau capitalisme a produit plus d’inégalités que l’ancien, le communisme ne fait-il plus recette ? Un autre phénomène mériterait aussi une analyse approfondie : comment expliquer de la part de personnes qui n’ont jamais eu de sympathie intellectuelle pour le matérialisme dialectique et encore moins pour la lutte des classes cette espèce de nostalgie pour le PCF d’alors ? Lire plus