Tous pourris ? L’élite et sa morale

Dans son Économie morale de classes dirigeantes, Pierre Lascoumes, sociologue de l’action publique et spécialiste de la corruption1Directeur de recherche émérite du CNRS au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po., examine l’aptitude des élites, qu’elles soient économiques ou politiques, à transgresser les règles, soulignant la faiblesse des sanctions et la tolérance envers les fraudes. Il propose une analyse de « l’économie morale » des élites, mettant en lumière les trois facteurs propices aux pratiques illicites : les règles dérogatoires, l’exercice de justification de ces dérogations et des sanctions faibles. L’auteur suggère d’explorer les principes guidant la conception des biens et les croyances collectives … Lire plus

Rendre les médias plus résilients ?

La grève de la rédaction au Journal du Dimanche rappelle que la condition des journalistes est marquée par deux contraintes contradictoires : comme salariés, ils sont de droit tenus par un lien de subordination et doivent exécuter les ordres et directives de leur employeur ; comme journalistes, ils ont un devoir moral à l’égard de leurs lecteurs, de leur profession et de leurs pairs. Cette condition s’est adoucie quand l’on a permis aux journalistes, depuis une loi de 1935, de quitter l’entreprise de presse à des conditions avantageuses s’ils cessent d’en partager les valeurs et en cas de changement de contrôle. Elle … Lire plus

La difficile question des réparations de guerre –  À propos des Conséquences économiques de la paix, de John Maynard Keynes

C’est en novembre 1919 que John Maynard Keynes, peut-être l’un des économistes les plus célèbres du XXème siècle, remit à son éditeur le manuscrit de son ouvrage The Economic Consequences of the Peace.  Les thèses de ce livre, qui porte essentiellement sur les réparations allemandes d’après-guerre et, plus généralement, sur le traitement de l’Allemagne lors de la Conférence de paix de Paris de 1919, ont été maintes fois commentées et discutées au cours des cent dernières années, notamment lors de l’ascension économique et militaire de l’Allemagne sous le régime national-socialiste, au sujet des origines de la Seconde Guerre mondiale, puis … Lire plus

De la Finance verte au monde des cryptos

Au moment de la grande crise financière de 2008 et dans les quelques années qui ont suivi, la mode était de critiquer la finance dérégulée et sa préférence pour la spéculation conduite sans considération de l’économie dite « réelle ». La Finance, disait-on, devait devenir sage, voire ennuyeuse. Etaient discrédités les montages financiers trop compliqués, éloignés de l’économie réelle et souvent ésotériques, parfois sciemment conçus pour être incompréhensibles, parmi lesquels la titrisation, cette technique de division des risques qui a en réalité permis la dissémination des subprimes dans toute la finance mondiale. Cette critique n’est pas restée sans effet : les régulateurs ont imposé … Lire plus

À BAS LA PRESSE BOURGEOISE ! Deux siècles de critique anticapitaliste des médias. De 1836 à nos jours

L’ouvrage de Dominique Pinsolle, professeur d’histoire à l’Université de Bordeaux, consacré à ce qu’il appelle la « critique anticapitaliste » des médias, mérite la lecture pour plusieurs raisons. C’est tout d’abord une synthèse utile des grands travaux sur l’histoire de la presse française, qui fait fonds sur les ouvrages de Jean-Yves Mollier et de Marc Martin, entre beaucoup d’autres (tous dûment cités en bibliographie), pour donner en deux cents pages ce qu’ont été les grandes étapes économiques et politiques du secteur. Lire plus

La concentration dans le monde du livre

C’est un livre bref mais touffu que publie Jean-Yves Mollier, l’historien bien connu de la Presse et de l’Edition. La concentration en cours dans le monde du livre, et l’on pense au rapprochement chaotique d’Editis et du groupe Hachette, choque à très juste titre aujourd’hui, mais elle fait oublier que la concentration n’est pas un phénomène nouveau dans ce secteur industriel. Depuis la fin du XIXème siècle, les maisons d’édition se rapprochent les unes des autres, s’absorbent, dans des processus de concentration horizontale (on rachète son concurrent) ou de concentration verticale (on rachète une société de distribution, un réseau de … Lire plus

Le temps qui dessaisit la justice – A propos de l’Eloge de la prescription de Marie Dosé

Le petit livre que vient de publier Marie Dosé, Eloge de la prescription, ne surprendra pas. Cette avocate pénaliste bien connue conteste le recul de la prescription et son discrédit public, faits marquants d’une évolution de la justice pénale en direction des victimes, longtemps reléguées aux marges des procédures et qui en deviennent le centre. On le sait, dans la procédure pénale contemporaine, la prescription est contestée en ce qu’elle offrirait aux auteurs de crimes et délits une échappatoire trop commode, et priverait les victimes d’un accès au tribunal qu’on ne saurait leur retirer. Lire plus

Les canots de sauvetage entre Glasgow et Bruzgi

Pendant les trois derniers jours de la COP 26 à Glasgow, alors que diplomates et écologistes s’asseyaient autour de tables pour une dernière journée de négociation à Glasgow, un groupe d’environ 2 000 demandeurs d’asile restait bloqué dans un camp de fortune du côté biélorusse de Bruzgi, le poste frontière international avec la Pologne, et recevaient l’aide humanitaire des agences des Nations unies. La COP 26 à Glasgow, le camp de réfugiés de Brungzi… C’est l’occasion de tenter un parallèle entre Glasgow et Bruzgi, et de proposer une lecture de ces deux événements au regard du droit international. Lire plus

Revenu minimum d’existence, l’impasse politique ?

Casimir Malevitch, Le travailleur

On le dit peu mais le revenu minimum d’existence est, dans sa forme moderne, une proposition du néo-libéralisme des années 60((On peut certes, pour les premières réflexions, remonter à John Locke et aux socialistes utopiques.)). C’est Milton Friedman qui a en a popularisé le concept (s’il ne l’a inventé), dans un livre de 1962, sous le nom d’« impôt négatif », soit une somme d’argent donnée à chaque salarié qui ne pourrait obtenir sur le marché un revenu lui permettant d’arriver au niveau de vie jugé minimum par la société. Les gens fortunés payeraient l’impôt au sens classique, et les nécessiteux auraient un chèque d’« impôt négatif ». L’idée figure toujours au programme des think tanks libéraux. Elle a connu des applications nationales, et en France notamment avec la prime pour l’emploi, mais ce mécanisme n’est nulle part, et de loin, la clef de voûte de la redistribution des ressources, comme l’aurait souhaité Milton Friedman ou comme le souhaite aujourd’hui Benoît Hamon. Lire plus

Libération – La foi, l’espérance, la charité

La restructuration qui vient d’être annoncée au sujet du journal Libération est de celles qui inaugurent peut-être une nouvelle ère pour la Presse française. Après la vague d’investissements réalisés par de grands intérêts capitalistes, par souci de se ménager une influence dans la société, par coquetterie ou par réel intérêt pour la chose écrite, viendrait un second temps marqué par la reprise des médias par des fondations, dégagées des soucis du profit immédiat, voire du profit  tout court ?  Selon Le Point, après la restructuration décidée par son actionnaire majoritaire, Altice France, qui en perdrait ainsi le contrôle, le quotidien Libération … Lire plus