Le Ciel rouge de Christian Petzold

Après Barbara (2012), Transit (2018) et Ondine (2020), Christian Petzold, sans doute le cinéaste allemand actuel le plus intéressant, réalise avec Le Ciel rouge (2023), Ours d’argent, Grand Prix du jury du festival de Berlin 2023, une œuvre d’une grande subtilité dont l’humour, le comique et l’insouciance idyllique du début cèdent peu à peu la place à la menace environnementale de prime abord peu alarmante, car distante. Ainsi s’éloigne progressivement la référence au long-métrage Pauline à la plage (1983) d’Eric Rohmer, l’un des metteurs en scène préférés du réalisateur allemand. L’œuvre de Petzold se distingue en effet par sa dimension écologique … Lire plus

Éric Rohmer, le Brexit et l’Angleterre

Éric Rohmer, ce n’était pas son vrai nom. Il nait Maurice Schérer, nom que sa mère lui maintint toute sa vie. Pour elle, Maurice était professeur dans un lycée à Paris, et elle n’a jamais su qu’il existait un Éric Rohmer, ni que son fils était un cinéaste de renommée internationale et un ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. Son cinéma, lui aussi, s’est fait dans l’effacement de soi. Rohmer idolâtrait André Bazin, l’influent théoricien du cinéma qui affirmait que le cinéma était « l’aboutissement dans le temps de l’objectivité photographique », que le film devait renoncer à l’artifice de … Lire plus

Météorite

Il est probable que ceux qui, voyant la bande annonce d’Asteroid City, se seraient attendus à ce que Wes Anderson, après avoir réalisé le très curieux French Dispatch, fasse un mélodrame romantique à la manière d’A l’est d’Eden, un drame à la manière des Misfits ou de Paris Texas, un western spaghetti dans le style Pour une poignée de dollars, une parodie de film pulp de science-fiction dans le genre de Mars Attacks, une comédie du désert comme Bagdad café , voire un dessin animé de Bip Bip dans le style de ses films d’animation comme Fantastic Mr Fox, seront … Lire plus

La Nuit du verre d’eau, de Carlos Chahine

Il serait dommage de passer à côté du beau film de Carlos Chahine, La Nuit du verre d’eau – premier film du cinéaste mais sans les défauts classiques des premiers films. Carlos Chahine, qui a quitté le Liban en 1975 lit-on sur son site, a une belle carrière d’acteur et de metteur en scène de théâtre en France, où il vit, et dans son pays natal1Voir son site.. Ceci explique cela probablement. En 1958, le Liban connait sa première crise politique depuis l’indépendance de novembre 1943. Nasser au nom du nationalisme arabe imagine d’unifier le Proche-Orient autour de l’Egypte, au … Lire plus

Francesca Woodman, récit

Il est difficile de recommander le petit ouvrage que donne Bertrand Schefer au sujet de Francesca Woodman, cette talentueuse photographe américaine disparue en janvier 1981, à 22 ans. Ce n’est pas une étude, ce n’est pas une biographie – et tout au plus peut-on y glaner quelques éléments de cette vie si courte. Ce serait une vraie évocation si le livre était plus précis, plus sérieux. Bertrand Schefer en reste malheureusement à des allusions à la vie de la photographe, à la sienne propre, et à la fascination qu’il éprouve pour elle et son œuvre. Le livre est le récit … Lire plus

La Femme de Tchaïkovski, film misogyne

Dans la situation où se retrouve aujourd’hui la culture russe, ravagée par les oppositions politiques, éclatée par les exils et les existences semi-clandestines de ses meilleurs représentants, il  est difficile de porter un jugement sur un confrère de malheur. Mille données parasites viennent troubler la vision. Il est donc très difficile de parler de Kirill Serenbrennikov, un metteur en scène qui a dû passer par un procès en Russie, être assigné à résidence, privé de sa compagnie théâtrale, voué à l’exil, et qui doit composer maintenant avec un autre public et probablement puiser dans d’autres sujets. Pourtant la condition de Kirill Serebrennikov ne peut être comparée à celle des autres artistes russes non-officiels, tolérés à contre-cœur par le régime de Poutine (comme Alexandre Sokourov), mais également ignorés maintenant de grandes manifestations internationales. Lire plus

Colette et le cinéma

Colette connaissait bien et aimait les milieux du théâtre et du music-hall. On sait moins qu’elle eut une relation privilégiée avec le cinéma qui naissait à l’époque de ses débuts en littérature, en 1900.  Vous racontez qu’elle aime sincèrement le cinéma, qu’elle ne méprise pas comme d’autres écrivains de son temps, mais aussi qu’elle participe à la « fabrication » des films et à leur promotion commerciale du temps du cinéma muet puis du cinéma parlant. Lire plus

La concentration dans le monde du livre

C’est un livre bref mais touffu que publie Jean-Yves Mollier, l’historien bien connu de la Presse et de l’Edition. La concentration en cours dans le monde du livre, et l’on pense au rapprochement chaotique d’Editis et du groupe Hachette, choque à très juste titre aujourd’hui, mais elle fait oublier que la concentration n’est pas un phénomène nouveau dans ce secteur industriel. Depuis la fin du XIXème siècle, les maisons d’édition se rapprochent les unes des autres, s’absorbent, dans des processus de concentration horizontale (on rachète son concurrent) ou de concentration verticale (on rachète une société de distribution, un réseau de … Lire plus

Retour à Séoul

C’est un film attachant que donne Davy Chou avec ce Retour à Séoul, présenté à Cannes en mai dernier et sorti mercredi 27 janvier.

Une jeune fille d’origine coréenne, adoptée à la naissance par un couple français, se trouve, presque de façon fortuite, à passer deux semaines à Séoul. Elle en profite pour découvrir une vie coréenne à laquelle elle n’est pas préparée. La différence des cultures, des mœurs donne des scènes très heureuses, parfois drôles, par exemple quand grisée par l’alcool coréen, elle transforme un simple diner dans un restaurant en grande discussion avec tous les jeunes clients du lieu. Elle en profite surtout pour tenter de retrouver ses parents biologiques grâce au centre qui s’était occupé de son adoption. Le film, dans ce qu’il a de meilleur, est construit sur cette recherche, et les rencontres avec le père et sa famille, puis bien plus tard avec la mère sont fines et touchantes, jamais attendues. Lire plus

À la recherche d’un continent perdu : les mélodies de Massenet

Qui pouvait se vanter de bien connaître les mélodies de Massenet ? Comme le souligne Jacques Hétu, maître d’œuvre de cette première intégrale, dans les Prolégomènes du livret accompagnateur, elles sont la partie la plus méconnue de sa production. Absentes des concerts, délaissées par les musicologues, objets de jugements aussi expéditifs que méprisants de la part de la critique – quand elle daignait s’y intéresser –, et boudées par les stars du chant, elles n’avaient fait que de furtives apparitions au disque. On n’en conserve pas des souvenirs moins précieux de ceux du baryton suisse Bernard Kruysen (magnifiquement accompagné par Noël … Lire plus