Le retour de Francesco Jovine

Francesco Jovine avait disparu des lettres italo-françaises depuis vingt-cinq ans quand deux de mes étudiants, Coralie Gourdange et Piotr Verrezen, l’avaient remis à l’honneur en 2019 en publiant Les beaux rêves de Michele dans la revue Europe, traduction d’une de ses nouvelles tirée du recueil Ladro di galline (Voleur de poules), inédit en français. Sa dernière traduction remontait à l’an 1994 quand Fayard faisait paraître La maison des trois veuves. Sous ce titre était ainsi publié un recueil de nouvelles dans lequel l’auteur portait un regard enfin critique sur le fascisme qui, à ses débuts (ceux du fascisme et ceux du Jovine écrivain), ne l’avait pas laissé indifférent ou, dirait-on mieux, l’avait quelque peu intrigué. Lire plus

Gombrowicz ? Lire et relire

Le recueil Le Sain Esprit de contradiction n’est pas des plus faciles à caractériser, pas plus que ne l’est son auteur, Witold Gombrowicz. Une bonne partie de ses 29 sections est reprise des deux volumes de Varia publiés chez le même éditeur en 1978 et 1989 et qui ne sont apparemment plus disponibles à son catalogue. Le reste était paru dans divers périodiques ou demeurait inédit en français. Il ne s’agit pas d’une introduction à Gombrowicz : son théâtre est à peine évoqué, et de sa production romanesque de l’après-guerre, seul l’est Trans-Atlantique (1953), dont la pré-publication avait tant scandalisé les … Lire plus

Le siècle de Stravinsky

Igor Stravinsky est mort le 6 avril 1971. Ce demi-siècle écoulé est une bonne occasion de refaire le point sur l’homme et l’œuvre, et le livre de Lionel Esparza est le bienvenu. Comme nous le rappelle l’auteur en introduction, la nouvelle de la disparition de Stravinsky a été reçue comme un événement d’importance internationale. Pour en trouver un équivalent, il faudrait remonter à celle de Wagner, à coup sûr, ou de Beethoven probablement. En effet, nous rappelle l’auteur, Stravinsky était considéré comme « le plus grand compositeur du XXe siècle peut-être ». Ce « peut-être » restrictif tombe d’ailleurs quand … Lire plus

De Claudio Monteverdi à Claude Debussy

Avez-vous déjà essayé de chanter en pleurant ? C’est cette insoluble équation que tente de résoudre Claudio Monteverdi (1567-1643) quand il compose ses madrigaux, publiés entre 1587 et 1651 – le dernier l’ayant été après sa mort. Grâce à la musique, le maître parvient toutefois à transgresser cette impossibilité par le langage symbolique de l’art et au moyen de la métaphore. Cet effet nous est parfaitement rendu par la Compagnia Del Madrigale1Rossana Bertini, soprano. Francesca Cassinari, soprano. Elena Carzaniga, alto. Giuseppe Maletto, ténor. Raffaele Giordani, ténor. Daniele Carnovich, basse. Matteo Bellotto, basse., l’un des ensembles de musique vocale les plus … Lire plus

Frère et Sœur d’Arnaud Desplechin

C’est un film désolant que donne Arnaud Desplechin, pourtant l’un des cinéastes les plus doués de sa génération avec Jacques Audiard et Philippe Faucon. Une sœur déteste son frère au point de ne plus même vouloir le rencontrer quand leur deux parents sont victimes d’un accident et finissent à l’hôpital. Elle le hait. Alice, jouée par Marion Cotillard (excellente), est une actrice de théâtre célèbre qui a toujours fait l’admiration de ses parents. Louis, son cadet (Melvil Poupaud, jamais loin du sur-régime), est un écrivain qui a connu le succès sur le tard, et qui s’en prend littérairement à sa sœur, … Lire plus

Abel Quentin, Le voyant d’Étampes

Le voyant d'étampes

Est-ce bien un roman anti-woke que livre Abel Quentin, comme le dit la critique embarrassée de Libération, ou plutôt une satire qui s’attache à bon escient aux plus sinistres plaisanteries du moment, l’« appropriation culturelle » et la « cancel culture », et pour autant, sans verser dans le ressentiment réactionnaire ? Critique embarrassée parce que ce roman est bon et souvent drôle, alors qu’on ne connait aucune œuvre woke qui ne soit triste  et pleurnicharde – à preuve les mauvais opus d’Edouard Louis, devenu une icône woke après un premier livre réussi. Certes, ce roman s’inscrit bien dans la lignée des derniers Houellebecq … Lire plus

1785, Mozart et Leif Ove Andsnes

Voilà un projet qui sort de l’ordinaire. Plutôt que d’élaborer un disque autour d’un thème ou d’une œuvre, le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes a choisi de mettre en lumière une année particulière dans la vie de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : l’année 1785. Et quelle année ! Quatre ans se sont écoulés depuis que le compositeur a été congédié par le prince-archevêque Hieronymus von Colloredo-Mansfeld. Désormais installé à Vienne et travaillant à son propre compte, Mozart rencontre un certain succès auprès du public de la capitale, lui permettant ainsi d’écrire moins mais de travailler plus sa musique. Le contraste est net … Lire plus

Du clavecin (chronique musicale)

Contreligne inaugure aujourd’hui sa chronique musicale, qui mettra en parallèle un point de l’actualité musicale, ici un très bel enregistrement du claveciniste Jean Rondeau, et un fait, un événement plus anciens qui se répondent malgré les années. Jean Rondeau n’arrête pas de nous surprendre. Né en 1991, ancien élève de Blandine Verlet et Premier Prix du Concours International de Clavecin de Bruges en 2012 à 21 ans seulement, il incarne aujourd’hui la nouvelle génération de musiciens français qui donne un nouveau souffle à la musique classique. En mai dernier, le prodige du clavecin enrichissait sa discographie d’un nouvel album, publié … Lire plus

Le jour où la musique a perdu son innocence

Les nationalistes ne se contentent pas de voler la vie des gens et leur argent. Ils leur volent histoire et culture, qu’ils détournent et détruisent. C’est bien ce qui est arrivé à ma chanson préférée de l’ex-Yougoslavie, Djurdjevdan. Les gens dans la vidéo YouTube ci-dessous ne font pas qu’apprécier une chanson populaire.  Ce sont 250.00 habitants de Belgrade, qui acclament le groupe le plus célèbre de Sarajevo, Bijelo Dugme, qui se souviennent du dernier été de la Yougoslavie, et qui célèbrent un héritage culturel commun. C’est presque comme si cette chanson sur la fête du printemps, Djurdjevdan, leur faisait oublier le long … Lire plus

François Furet sur les Etats-Unis, 1992 et 1997

Dans plusieurs articles du Débat1Notre article sur la fin du Débat ici. parus dans les années 1990, François Furet (1927-1997) avait analysé la situation des Etats-Unis, notamment à la suite de l’élection de Jimmy Carter puis de celle de Bill Clinton. Son analyse de ce que l’on n’appelait pas encore les “identity politics” garde une justesse étonnante, même si l’on peut parfois penser que le paradigme tocquevillien qui l’inspire (la passion de l’égalité) n’épuise pas, à l’orée des années 2020, la question des revendications communautaires, qui dissimulent probablement un bon vieux holisme, prêt à reparaître à la faveur de toutes les … Lire plus