Quand la jeunesse radicale en vient à défendre le Hamas

Quand l’épouvantable guerre au Proche-Orient se sera terminée, il faudra se demander pourquoi une partie de la jeunesse radicale du monde occidental, principalement dans les pays anglo-saxons parmi les étudiants, mais aussi parfois en France, s’est montrée si violemment, si agressivement proche du Hamas, et si délibérément hostile à Israël. Rien dans le mode de vie de cette jeunesse ne peut la rapprocher d’un mouvement islamiste, et pourtant même certains groupes Queer l’ont défendu bec et ongles. La cruauté sadique du Hamas lors de l’attaque du 7 octobre, sa profession de foi génocidaire n’ont pas empêché cette jeunesse de voir en ses combattants d’authentiques résistants à la colonisation israélienne. Elle n’a même pas réfléchi dans les termes du vieux débat sur la fin et les moyens (Lénine contre Camus) ; elle a pris fait et cause pour le Hamas, assimilé indûment à toute la cause palestinienne – alors qu’il en serait plutôt le fossoyeur. Lire plus

Etre ou ne pas être ? Telle est la question Entre russité et russophobie

Dans un clin d’œil à Cioran, Diana Filippova signe un livre qui est une réaction aux événements majeurs de ces dernières années. Un cri du cœur, une réaction épidermique, dont la force est à la mesure du choc subi le 24 février 2022 à l’annonce de l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. La sidération éprouvée à ce moment-là par tous ceux qui s’intéressent peu ou prou à ce pays gigantesque fut énorme. Pour l’auteur, ce fut un coup de tonnerre, dans la mesure où, arrivée en France à l’âge de sept ans, fin 1993, soit près de 30 ans plus tôt, elle n’avait eu de cesse de s’intégrer, de s’assimiler, d’oublier ses origines, voulant à tout prix devenir écrivain de langue française. La prétendue « opération militaire spéciale » déclenchée par Vladimir Poutine l’oblige à se rappeler, malgré elle, ses origines, et, partant, à réfléchir à ce qui définit son identité russe. Lire plus

Rendre les médias plus résilients ?

La grève de la rédaction au Journal du Dimanche rappelle que la condition des journalistes est marquée par deux contraintes contradictoires : comme salariés, ils sont de droit tenus par un lien de subordination et doivent exécuter les ordres et directives de leur employeur ; comme journalistes, ils ont un devoir moral à l’égard de leurs lecteurs, de leur profession et de leurs pairs. Cette condition s’est adoucie quand l’on a permis aux journalistes, depuis une loi de 1935, de quitter l’entreprise de presse à des conditions avantageuses s’ils cessent d’en partager les valeurs et en cas de changement de contrôle. Elle … Lire plus

Éric Rohmer, le Brexit et l’Angleterre

Éric Rohmer, ce n’était pas son vrai nom. Il nait Maurice Schérer, nom que sa mère lui maintint toute sa vie. Pour elle, Maurice était professeur dans un lycée à Paris, et elle n’a jamais su qu’il existait un Éric Rohmer, ni que son fils était un cinéaste de renommée internationale et un ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. Son cinéma, lui aussi, s’est fait dans l’effacement de soi. Rohmer idolâtrait André Bazin, l’influent théoricien du cinéma qui affirmait que le cinéma était « l’aboutissement dans le temps de l’objectivité photographique », que le film devait renoncer à l’artifice de … Lire plus

L’air de rien, la banalisation du Le Penisme

Nous nous permettons de reproduire notre échange avec le Directeur de la rédaction de la Revue du vin de France, quand nous nous inquiétions de la mise en valeur, sans autre forme de procès, d’une parlementaire Le Peniste, louée pour son sérieux et son engagement aux cotés des vignerons, sa compétence… Chacun jugera. St. Alamowitch Message initial, 29 mars 2023 De : Stéphan Alamowitch A : Denis Saverot, Dir. de la rédaction de la Revue du vin de France Objet : Article FN Monsieur, Lecteur depuis plusieurs années de la Revue du vin de France, je ne m’attendais pas à trouver dans vos … Lire plus

1917 : l’année ou Barrès cessa d’être antisémite

Quelle étrange destinée, en effet, que celle de Barrès ! Voici un de nos plus grands écrivains aujourd’hui presque totalement oublié, à peine édité, l’écrivain maudit par excellence. Admiré par Blum et Aragon, estimé par Jaurès, il s’est métamorphosé en maître à penser de cette fameuse idéologie française théorisée par Bernard-Henri Lévy et contextualisée par Zeev Sternhell. Le jeune député boulangiste qui se proclamait volontiers socialiste-nationaliste, n’est-il pas, dès lors, l’inventeur du fascisme ? Alors que d’autres écrivains moins talentueux et plus marqués politiquement ont intégré la prestigieuse collection La Pléiade (On pense ici évidemment à Drieu la Rochelle), Barrès en est toujours exclu, ce qui ne manque pas d’interroger. Pauvre Barrès ! Et de surcroît, il a choisi le mauvais camp : celui de l’antidreyfusisme, théorisant par là même un nationalisme fortement teinté d’antisémitisme. La cause est entendue, n’en jetez plus Lire plus

Un illibéralisme de centre-droit au Conseil constitutionnel

Ces deux derniers jours, la décision du Conseil constitutionnel a donné lieu à un certain nombre de débats qui voient thèses et antithèses se répondre dans une chorégraphie prévisible : décision de pur droit / décision de convenance politique, juges indépendants / juges soumis…. Elle masque que les questions sont d’abord mal posées. Il faut vraiment venir de la Lune aujourd’hui pour soutenir que le politique et le juridique sont deux ordres séparés, et venir de Mars pour imaginer qu’ils sont confondus. Les choses sont plus complexes. Mais c’est, ce 16 avril, oublier l’essentiel, et qui est ceci : le Conseil … Lire plus

La Femme de Tchaïkovski, film misogyne

Dans la situation où se retrouve aujourd’hui la culture russe, ravagée par les oppositions politiques, éclatée par les exils et les existences semi-clandestines de ses meilleurs représentants, il  est difficile de porter un jugement sur un confrère de malheur. Mille données parasites viennent troubler la vision. Il est donc très difficile de parler de Kirill Serenbrennikov, un metteur en scène qui a dû passer par un procès en Russie, être assigné à résidence, privé de sa compagnie théâtrale, voué à l’exil, et qui doit composer maintenant avec un autre public et probablement puiser dans d’autres sujets. Pourtant la condition de Kirill Serebrennikov ne peut être comparée à celle des autres artistes russes non-officiels, tolérés à contre-cœur par le régime de Poutine (comme Alexandre Sokourov), mais également ignorés maintenant de grandes manifestations internationales. Lire plus

La difficile question des réparations de guerre –  À propos des Conséquences économiques de la paix, de John Maynard Keynes

C’est en novembre 1919 que John Maynard Keynes, peut-être l’un des économistes les plus célèbres du XXème siècle, remit à son éditeur le manuscrit de son ouvrage The Economic Consequences of the Peace.  Les thèses de ce livre, qui porte essentiellement sur les réparations allemandes d’après-guerre et, plus généralement, sur le traitement de l’Allemagne lors de la Conférence de paix de Paris de 1919, ont été maintes fois commentées et discutées au cours des cent dernières années, notamment lors de l’ascension économique et militaire de l’Allemagne sous le régime national-socialiste, au sujet des origines de la Seconde Guerre mondiale, puis … Lire plus

De la Finance verte au monde des cryptos

Au moment de la grande crise financière de 2008 et dans les quelques années qui ont suivi, la mode était de critiquer la finance dérégulée et sa préférence pour la spéculation conduite sans considération de l’économie dite « réelle ». La Finance, disait-on, devait devenir sage, voire ennuyeuse. Etaient discrédités les montages financiers trop compliqués, éloignés de l’économie réelle et souvent ésotériques, parfois sciemment conçus pour être incompréhensibles, parmi lesquels la titrisation, cette technique de division des risques qui a en réalité permis la dissémination des subprimes dans toute la finance mondiale. Cette critique n’est pas restée sans effet : les régulateurs ont imposé … Lire plus