Sale temps pour la liberté d’expression

On apprend beaucoup à lire en ce moment ActuaLitté, l’excellent magazine du monde de l’édition. D’abord sur la situation américaine avec cet article du 22 décembre 2025 : Aux États-Unis, la censure de livres se banalise encore un peu plus. Comme il fallait le craindre, dans de nombreux États, les conceptions de la droite la plus réactionnaire ont fini par l’emporter. Ses militants, les parents d’élèves les plus bornés, leurs élus s’en prennent comme jamais aux bibliothèques publiques. Il s’agit de rendre inaccessibles parfois à tous, souvent aux enfants et aux adolescents les ouvrages qui pourraient les détourner du bon chemin, … Lire plus

Chet Baker, personnage

Quand l’avocat de l’éditeur l’avait questionné, il avait répondu : « ne vous inquiétez pas, j’ai rencontré sa petite-fille. Ce qui le fait revivre est bon pour la famille ; ils pensent que les ventes repartiront. » On n’en avait plus parlé et le roman était sorti. L’écrivain s’était beaucoup avancé. Deux semaines après la parution, il avait reçu une première lettre, en anglais, sur deux pages dactylographiées à la machine à écrire, avec fautes d’orthographe et taches de café. La dernière compagne de Chet Baker lui reprochait de l’avoir présentée comme une voleuse récidiviste, destinée à l’hôpital psychiatrique, endroit d’où elle lui écrivait … Lire plus

« Rivage de l’utopie », Tom Stoppard et la Russie

Tom Stoppard, célèbre écrivain britannique, dramaturge renommé, vient de mourir à l’âge de 88 ans. L’auteur, né en Tchécoslovaquie, avait défendu le pays de ses origines au moment de l’intervention soviétique de 1968, était allé en URSS avec Amnesty International dans les années 1970, et avait soutenu les dissidents soviétiques de l’époque. Il avait aussi lu avec grand intérêt les livres du philosophe anglais Isaiah Berlin sur les grands écrivains et penseurs russes du 19ème siècle1Notamment Isaiah Berlin, Les Penseurs russes, Albin Michel, 1984.. C’est ainsi qu’est née sa trilogie Le rivage de l’Utopie, qui a connu un immense succès … Lire plus

Le passé comme projet

Le théoricien de l’extrême-droite Charles Maurras, défenseur du Félibrige et de la culture provençale, avait en son temps, au nom d’un « Nationalisme ethnique » créé la notion de «pays réel», de « pays vrai » qui s’opposait au «pays légal» celui des gouvernants. Quelques décennies plus tard, le gouvernement du Maréchal Pétain, suite à « l’étrange défaite » de juin 40, pour reprendre la formule de Marc Bloch, proposait en écho un retour aux sources, une reconquête depuis la base. Lire plus

Souvenirs autour de « Kolkhoze », d’Emmanuel Carrère

Kolkhoze – Ce terme, tombé en désuétude aujourd’hui, qui sert de titre au dernier livre d’un écrivain consacré et fort prolifique, peut surprendre. Il remplit pourtant bien son rôle, puisqu’il laisse entendre d’emblée qu’il sera sans doute beaucoup question d’un pays, la Russie, puis l’URSS, puis à nouveau la Russie, qui fut au centre des recherches et des publications réalisées par la mère de l’auteur. Ce pays, qui représentait avant 1991 un sixième des terres émergées (ce qui nourrissait sans aucun doute les inclinations impérialistes des Soviétiques), réduit à un septième à l’heure actuelle, fut, pour moi aussi, au cœur de mes préoccupations non seulement professionnelles mais aussi personnelles. Lire plus

Prestance et beauté romaines

On peut avoir l’impression de bien connaître les canons de la beauté du monde grec antique qui ont été transmis par les arts plastiques, la statuaire en particulier, tant ils ont inspiré ceux de la Renaissance et de la période classique, dont l’époque moderne est une héritière. Au XVIIIe siècle, Joachim Winckelmann a érigé la sculpture grecque classique en modèle esthétique, et pour longtemps. On peut repérer aujourd’hui encore dans certaines poses prises par des mannequins masculins le contrapposto du Doryphore de Polyclète, connu par une «version» romaine en marbre conservée au Musée de Naples. On connaît aussi l’importance de … Lire plus

« Georges Marchais ou la fin des Français rouges » de Sophie Cœuré

Le livre de l’historienne Sophie Cœuré vient à point nommé. En effet, on note depuis quelque temps un vif intérêt pour le Parti communiste français, feu le Parti communiste français serait-on tenté de dire. Comment un parti qui dominait la vie politique jusqu’au début des années 80 a-t-il pu quasiment disparaitre du champ politique ? Pourquoi, et alors même que le nouveau capitalisme a produit plus d’inégalités que l’ancien, le communisme ne fait-il plus recette ? Un autre phénomène mériterait aussi une analyse approfondie : comment expliquer de la part de personnes qui n’ont jamais eu de sympathie intellectuelle pour le matérialisme dialectique et encore moins pour la lutte des classes cette espèce de nostalgie pour le PCF d’alors ? Lire plus

Romain Gary, sa vie, son œuvre

Kerwin Spire est l’auteur d’une remarquable biographie romancée de Romain Gary, le célèbre romancier deux fois prix Goncourt, parue aux Editions Gallimard. Les deux premiers volumes ont été republiés en livre de poche, et font partie des succès de l’été 2025. Le troisième, « Monsieur Romain Gary », vient de sortir en ce mois d’octobre. Si la biographie romancée est un genre classique, elle traîne parfois une réputation sulfureuse, celle de permettre des arrangements avec l’histoire et la fabulation. Ce n’est pas l’impression que donne la biographie de Kerwin Spire, qui est aussi l’auteur d’une thèse de doctorat sur l’œuvre de Romain … Lire plus

RN, Bolloré, Stérin…. Le retour du refoulé

Le trumpisme et l’extrême-droite française, qui se sont rapprochés ces derniers mois, ont beaucoup en commun, à commencer par l’idée de se venger de nos sociétés trop libérales, trop libres. S’ils apportent le même genre de solutions aux problèmes de l’heure, ils font aussi tous deux remonter en surface un passé, des valeurs qui avaient perdu leur crédit. Cette exhumation est plus visible aux Etats-Unis qu’en France, mais seulement parce qu’elle a commencé plus tôt outre-Atlantique. La revanche de la Guerre de Sécession Aux Etats-Unis, le trumpisme est souvent analysé comme la revanche de la Guerre de Sécession. A la … Lire plus

Quand le militarisme cède la place au management algorithmique

Parmi les contre-arguments sérieux qu’on oppose à l’accusation de fascisme, portée contre Donald Trump et le régime qu’il institue aux États-Unis, figure le fait, indubitable, que le trumpisme n’a aucune tendance au militarisme. Il ne s’accompagne pas de marches au pas cadencé de masses d’hommes transformés en soldats, ni d’une esthétique guerrière, quoique le goût des armes à feu soit fort répandu dans les rangs MAGA. Il y a probablement dans le fonds culturel américain, même dans les franges les plus réactionnaires de la population, un individualisme foncier qui répugne à l’enrégimentement, ce dont témoigne, sur un mode qu’on jugeait … Lire plus