Sauver les médias, disent-ils

Sauver les médias, disent-ils

Julia Cagé, économiste, s’est adjoint un juriste, Benoît Huet, pour son nouvel ouvrage sur l’économie des médias, et  les thèses défendues, si elles sont dans le fil de celles qu’elle exposait dans Sauver les médias. Capitalisme, financement participatif et démocratie (2015), y gagnent en précision et en maturité. Pour autant, elles peinent toujours à convaincre. Le « bien public » du titre donne le registre et l’orientation de l’ouvrage. Le bien public, c’est en théorie économique standard,  celui qui peut être consommé par tous sans que personne y perde rien, celui qu’on ne peut s’approprier… C’est un bien qui doit logiquement être produit grâce aux financements non marchands, ceux de l’Etat ou de philanthropes, et soustrait à la logique de marché1. En langage courant, l’expression « bien public » est associée à une idée de haute valeur morale et de grande importance sociale. Les auteurs examinent les solutions institutionnelles et juridiques qui aujourd’hui permettent à la presse et aux autres médias, avec un succès tout relatif, de s’émanciper de la logique marchande et de la captation par les grands intérêts capitalistes, intérêts...

Lire la suite »

Ivan Nabokov – La vie, les gens et autres effets secondaires

Ivan Nabokov – La vie, les gens et autres effets secondaires

Russe de père et de mère – mais, comme souvent chez les Russes de son milieu, avec une bonne part de sang allemand –, le héros de ce livre est issu de deux familles illustres. Fils du compositeur Nicolas Nabokov (1903-1978), cousin germain de l’auteur de Lolita, il appartient à la noblesse libérale riche et éclairée qui en des temps meilleurs aurait pu prendre en mains le destin de la Russie moderne si le putsch bolchevique n’avait pas contraint les siens à fuir, dès 1918, pour échapper à une extermination certaine. Du côté de sa mère, née Schakovskoy, il descend d’une famille princière naturellement plus conservatrice (son oncle a fini comme archevêque orthodoxe de San Francisco) et aux penchants antisémites accusés auxquels il est lui-même resté totalement imperméable. Il est né en 1932 à Kolbsheim, village au sud de Strasbourg, où Alexandre Grunelius, grand ami de son père, et sa femme Antoinette (née Schlumberger) possèdent un château. Son parrain, nous apprend-il au détour d’une phrase, est Felix Bethmann-Hollweg, fils du chancelier de l’Empire. Lancée en 1928 avec le ballet-cantate...

Lire la suite »

Elections israéliennes de mai 1977 – Naissance d’un nouveau cycle politique en Israël… et ailleurs (1)

Elections israéliennes de mai 1977 – Naissance d’un nouveau cycle politique en Israël… et ailleurs (1)

Lorsque les médias israéliens commencèrent, le 17 mai 1977 au soir, à commenter les résultats, qui s’avéraient irréversibles, les qualificatifs étaient à la hauteur de l’évènement : révolution, séisme, le sentiment partagé était, dans tous les cas, qu’un cycle politique commencé en 1948 prenait fin. Le principal parti de Gauche, le Parti travailliste qui avait formé une coalition (l’Alignement) et qui avait tout tenté pour rester au pouvoir  était battu.  Divisé depuis le milieu des années soixante, miné par des querelles internes, celui qui avait été le parti dominant pendant près de 30 ans semblait s’effondrer et était battu par une coalition électorale (le Likoud) menée par un parti de Droite, le Herout1, qui avait été, jusque-là, sa meilleure assurance pour rester au pouvoir ! Le slogan de la Gauche était explicite : confieriez-vous le volant à un homme qui a raté son 6 fois son permis ? Le conducteur en question était bien évidemment le leader du Herout, Menahem Begin qui depuis 1949 avait accumulé défaite sur défaite.  En Europe la stupéfaction fut toute aussi grande car à vrai dire la...

Lire la suite »