À la Une

  • Du pacifisme au réarmement : une Allemagne toujours suspecte

    Quand l’Allemagne traînait les pieds pour s’investir militairement au nom de l’Europe dans les conflits mondiaux, on la critiquait. On critiquait la tiédeur de son engagement au Mali, en Afghanistan, ou ailleurs. On se moquait, il y a peu de temps encore, des fusils d’assaut qui ne tirent pas droit, des chars, des navires de guerre ou des avions non opérationnels de la Bundeswehr. C’était en 2018-19. Depuis la Ministre Annegret Kramp-Karrenbauer a cherché à agir pour améliorer la performance de l’armée allemande, pour la rendre efficace, c’est-à-dire capable de défendre le pays (discours du 3 février 2020), en réclamant 4,5 milliards d’Euro, alors que seuls 330 millions avaient été prévus. Lire plus

  • Faut-il encore lire Louis Dumont ? Holisme, individualisme et démocratie

    L’œuvre de Louis Dumont (1911-1998) demeure largement méconnue hors de l’anthropologie et des études indianistes, malgré son ampleur et son intérêt, et ce, en dépit des efforts du philosophe Vincent Descombes et de sociologues proches de ses travaux, comme Irène Théry ou Alain Ehrenberg. Pourtant, le «holisme méthodologique» de Dumont, porté par certains concepts spécifiques comme «hiérarchie de valeur», «totalité» ou «individualisme», contribue à porter un regard original sur l’idéologie moderne dans son ensemble, et la démocratie libérale en particulier. En ressortent éclairés sous un nouveau jour les débats contemporains à propos du pluralisme social et culturel au sein de toute société démocratique, visant notamment à examiner les conditions de possibilité de l’individualisme moderne, tout en interrogeant le slogan de « l’égalité dans la différence », véritable lieu commun des prétentions contemporaines à la reconnaissance identitaire. Lire plus

  • Elie Barnavi et les confessions d’un bon à rien

    Le titre de l’ouvrage, Confessions d’un bon à rien, est trompeur car à la vérité le bon à rien Elie Barnavi s’avère un observateur lucide et remarquablement informé de l’histoire européenne et israélienne de ces 50 dernières années. Bref un bon élève ! Car le fil conducteur de l’ouvrage est bien entendu son rapport très particulier à sa double identité, israélienne et européenne. De ce point de vue et on y reviendra, ses analyses sur l’Europe sont très pénétrantes et assez éloignées de fait du prêchi prêcha européiste habituel. Elie Barnavi est un homme de gauche, il le dit et le redit. Lire plus


Économie et droit

  • Illustration, Itamar Mann

    Les canots de sauvetage entre Glasgow et Bruzgi

    Pendant les trois derniers jours de la COP 26 à Glasgow, alors que diplomates et écologistes s’asseyaient autour de tables pour une dernière journée de négociation à Glasgow, un groupe d’environ 2 000 demandeurs d’asile restait bloqué dans un camp de fortune du côté biélorusse de Bruzgi, le poste frontière international avec la Pologne, et recevaient l’aide humanitaire des agences des Nations unies. La COP 26 à Glasgow, le camp de réfugiés de Brungzi… C’est l’occasion de tenter un parallèle entre Glasgow et Bruzgi, et de proposer une lecture de ces deux événements au regard du droit international. Lire plus

Politique

  • Le temps qui dessaisit la justice – A propos de l’Eloge de la prescription de Marie Dosé

    Le petit livre que vient de publier Marie Dosé, Eloge de la prescription, ne surprendra pas. Cette avocate pénaliste bien connue conteste le recul de la prescription et son discrédit public, faits marquants d’une évolution de la justice pénale en direction des victimes, longtemps reléguées aux marges des procédures et qui en deviennent le centre. On le sait, dans la procédure pénale contemporaine, la prescription est contestée en ce qu’elle offrirait aux auteurs de crimes et délits une échappatoire trop commode, et priverait les victimes d’un accès au tribunal qu’on ne saurait leur retirer. Lire plus

Culture

  • Le voyant d'étampes

    Abel Quentin, Le voyant d’Étampes

    Est-ce bien un roman anti-woke que livre Abel Quentin, comme le dit la critique embarrassée de Libération, ou plutôt une satire qui s’attache à bon escient aux plus sinistres plaisanteries du moment, l’« appropriation culturelle » et la « cancel culture », et pour autant, sans verser dans le ressentiment réactionnaire ? Critique embarrassée parce que ce roman est bon et souvent drôle, alors qu’on ne connait aucune œuvre woke qui ne soit triste  et pleurnicharde – à preuve les mauvais opus d’Edouard Louis, devenu une icône woke après un premier livre réussi. Certes, ce roman s’inscrit bien dans la lignée des derniers Houellebecq … Lire plus