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François Furet sur les Etats-Unis, 1992 et 1997

François Furet sur les Etats-Unis, 1992 et 1997

Dans plusieurs articles du Débat1 parus dans les années 1990, François Furet (1927-1997) avait analysé la situation des Etats-Unis, notamment à la suite de l’élection de Jimmy Carter puis de celle de Bill Clinton. Son analyse de ce que l’on n’appelait pas encore les “identity politics” garde une justesse étonnante, même si l’on peut parfois penser que le paradigme tocquevillien qui l’inspire (la passion de l’égalité) n’épuise pas, à l’orée des années 2020, la question des revendications communautaires, qui dissimulent probablement un bon vieux holisme, prêt à reparaître à la faveur de toutes les crises sociales.  La situation actuelle des Etats-Unis le pousserait probablement à juger les évolutions dont il notait les prémices, disons… moins pittoresques, et contrairement à ce qu’il escomptait en 1997, le Parti Républicain n’a pas résisté aux prédicateurs réactionnaires. Nous avons ici retenu, presque au hasard, deux extraits d’articles parus dans Le Débat en 1992 et 1997. Il en existe d’autres, tout aussi pertinents qu’on trouvera dans les collections de cette revue, et de façon plus pratique dans le remarquable recueil d’articles et de textes de François...

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Déboulonner, disent-ils (brèves observations)

Déboulonner, disent-ils (brèves observations)

Le mouvement qui commence à toucher la plupart des grands pays occidentaux visant à déplacer ou abattre les statues de personnages historiques pour leur rôle, réel ou supposé, dans l’esclavage ou la colonisation appellera certainement l’attention des historiens. Ils y verront probablement une forme nouvelle d’iconoclastie, cette rage contre les images du passé qui marquent le passage d’une religion à une autre, d’une époque à une autre. Le terme d’« iconoclastie » est souvent employé de façon péjorative,  à preuve les exemples qu’en donne le Centre national de ressources textuelles et lexicales (ici), mais au fond, il s’applique à tous les changements culturels qui portent à reconsidérer les valeurs de l’époque précédente et les effigies qu’elle s’est donnée. L’iconoclastie est un moment inévitable dans la respiration des sociétés. Elle choque néanmoins quand elle procède d’une hargne, d’un fanatisme, d’autant plus virulent qu’il est minoritaire. Et c’est bien tout le problème de ce mouvement de déboulonnage. A aucun moment, il n’est proposé de réflexion collective, démocratique sur  ce qui doit être déplacé et remplacé. L’émeute, la violence priment sur la réflexion et...

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De quoi Sully est-il le nom ?

De quoi Sully est-il le nom ?

Sully est un film attachant, remarquablement construit et mis en scène. Les comédiens sont excellents et l’on vibre pour l’histoire de Chesley B. Sullenberger III, ce pilote de US Airways en fin de carrière qui réussit un amerrissage d’urgence sur l’Hudson, en janvier 2009. Il devient instantanément un héros, qui fait oublier aux New Yorkais les attentats du 11 septembre 2001, le film le souligne. Il doit néanmoins convaincre l’administration du transport aérien que c’était bien la seule chose à faire, et qu’il était impossible de retourner se poser sur une piste d’aéroport. Le film est brillant, adroit, et la critique l’a apprécié à juste titre. Sa dimension morale, politique mérite quelques commentaires. C’est d’abord un film civique et même patriotique, qui montre le peuple américain comme il veut se donner à voir et veut se comprendre : une collectivité différenciée, unie par le talent, le sens de la solidarité et le courage, qui sait produire un héros modeste, un membre honorable de la middle class qui ne laisse pas tomber le groupe dont il a la charge, un héros...

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La violence raciale en noir et blanc

blacklivesmatter

Une fois de plus, des vidéos amateurs montrant des Afro-Américains en train de mourir sous les balles de policiers blancs sont actuellement au cœur du débat public et relancent la polémique sur l’accumulation, dans la culture contemporaine américaine, d’images représentant la mort de Noirs. Même parmi les activistes, les réactions sont partagées : certains appellent à faire circuler les vidéos, d’autres à les enterrer. Ainsi, à la question posée par une page Facebook « Pourquoi faire circuler des photos et vidéos de cadavres de Noirs? », une autre répond-elle, en invoquant le hashtag #hemmetttill:  « Nous avons besoin de voir ». Depuis son explosion sur la scène internationale, le mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») a un rapport ambivalent avec l’image. Peut-être plus encore que n’importe quel autre mouvement social, Black Lives Matter repose sur un défilé d’images, une suite sans fin d’hommes et de femmes noirs, entravés, battus, blessés ou tués par des policiers blancs. Sur les pages Facebook de groupes tels que The New Jim Crow et sur celles des nombreux groupements se réclamant de Black Lives Matter, des vidéos...

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Présidentielles américaines : le socialisme selon Bernie

Présidentielles américaines : le socialisme selon Bernie

Bernie Sanders est-il vraiment un OVNI dans l’histoire politique des Etats-Unis ? On mesure à quel point l’histoire politique américaine est mal connue lorsque l’on lit ou entend les commentaires qui suivent les performances électorales de Bernie Sanders aux primaires du Parti démocrate. Alors, quand on refuse de se plonger dans cette histoire ou quand on l’ignore délibérément, on sort les explications séduisantes sur le bon vieux retour du populisme. Quelle aubaine, en effet, que ces élections : d’un côté un populiste de Droite (Donald Trump) et de l’autre un populiste de Gauche (Bernie Sanders). Cette qualification ne choquerait pas si elle faisait référence au People’s Party des années 1890 et à sa contestation du système politique et économique d’alors. Mais ce n’est malheureusement pas le cas, et c’est dommage car une petite plongée dans l’histoire politique américaine aurait vite amené nombre de commentateurs à relativiser la nouveauté du phénomène Sanders et à voir que ce type de contestation a déjà existé aux États-Unis et qu’elle risque d’exister pour longtemps. De la même façon, on ne peut qu’être étonné du...

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Races, inégalités et opportunités économiques : comment change la carte des Etats-Unis

Races, inégalités et opportunités économiques : comment change la carte des Etats-Unis

Après le décès en avril 2015 de Freddie Gray, un Afro-américain de 25 ans, suite aux blessures reçues lors de sa détention par la police de Baltimore, et depuis les émeutes qui ont suivi dans cette ville, l’Amérique s’interroge à nouveau sur les questions d’inégalité raciale. L’essentiel de la discussion porte sur les brutalités policières, les perceptions de racisme et sur d’autres facteurs qui sont au cœur des préoccupations des élites progressistes, très vocales. La conjonction de ces divers facteurs sociaux est vue comme une « catastrophe pour l’Amérique », pour citer les propos d’un journaliste célèbre, Tavis Smiley, dans la revue Time Magazine. En revanche, bien peu d’attention a été accordée aux conditions de fond qui déterminent la mobilité sociale au sein des minorités, qu’il s’agisse des Afro-américains, des Latinos ou des Asiatiques. Pour étudier cette notion d’opportunité pour les minorités (racial opportunity), Wendell Cox, du Centre d’étude de l’urbanisme comme facteur de mobilité sociale (le Center for Opportunity Urbanism, basé à Houston) et moi-même avons mis au point un classement qui porte sur quatre facteurs décisifs : la structure des mouvements...

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La question Snowden – Citizenfour au cinéma

La question Snowden – Citizenfour au cinéma

Dans une sorte de jeu de pistes, l’informateur anonyme qui se fait appeler « Citizenfour » mène la documentariste Laura Poitras des États-Unis à Berlin, et finalement à une chambre d’hôtel de Hong Kong. Là elle doit rencontrer celui qui, avant de tirer la sonnette d’alarme1 l’avertit en ces mots : « Je serai sans doute mis en cause immédiatement. Cela ne doit pas vous dissuader ».  Que propose-t-il en contrepartie du risque qu’elle s’apprête à prendre? Qu’a-t-il donc à offrir de si convaincant ? Il a en sa possession des informations dont les Américains doivent avoir connaissance. Le directeur de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), le Général Keith Alexander, « a menti au Congrès, et je peux le prouver» dit-il. Keith Alexander a affirmé sous serment que la NSA ne s’est jamais livrée à des opérations massives de surveillance civile, alors même que ces pratiques ont cours sur le sol américain sous les noms de code « PRISM » et « XKeyscore ». Citizenfour est aussi en mesure de prouver que tout comme le Général Alexander, le Général James Clapper, directeur du renseignement, a pris certaines distances...

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États-Unis : la ruée vers l’or noir

États-Unis : la ruée vers l’or noir

Au vu de tous les débats sur le dérèglement climatique, le pic pétrolier, le désinvestissement des énergies fossiles et les énergies renouvelables, on serait en droit d’attendre que la consommation pétrolière aux États-Unis suive une pente descendante.En réalité, c’est tout le contraire. La consommation pétrolière suit une trajectoire ascendante, avec une hausse de  400 000 barils par jour rien qu’en 2013 — et, si cette tendance se maintient, elle devrait encore augmenter en 2014 et en 2015. En d’autres termes, le pétrole est  de retour. En force. Les signes de résurgence abondent. Malgré ce que pensent certains, les Américains parcourent en moyenne plus de kilomètres sur les routes, s’arrêtent davantage à la pompe et ils ont de moins en moins mauvaise conscience. Ainsi, l’opprobre liée à l’achat d’un 4×4 gourmand en carburant semble s’être volatilisée.  Selon la chaîne CNN Money, près d’un véhicule sur trois vendu aux États-Unis est un 4 x 4. En conséquence, en 2013, et pour la première fois depuis 1999, la demande pétrolière a davantage augmenté en Amérique qu’en Chine. Cette tendance va de pair avec un changement crucial, et souvent peu remarqué, dans le discours officiel de  la Maison Blanche. Le président Obama parlait naguère de la nécessité d’éliminer la dépendance américaine vis-à-vis...

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D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (1)

D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (1)

« The hardboiled dicks » ou « les privés durs à cuire ». Le terme hardboiled, qu’on emploie pour parler d’une personne insensible, est apparu dans l’argot de la Première Guerre mondiale. Il a commencé par désigner les sergents responsables des parcours du combattant qui passaient les civils à la moulinette pour en faire des citoyens-soldats. L’argot créé en temps de guerre a tendance à suivre les soldats lorsqu’ils sont de retour chez eux et à survivre à la fin des combats. Le dur à cuire est devenu n’importe quelle personne qui ne montre pas de sympathie particulière pour vos problèmes. Le terme dick, dans ce contexte – et je ne saurais en considérer aucun autre ici –est légèrement plus ancien. Il nous vient du Canada et plus précisément des bas-fonds de ce pays, et ce n’est ni plus ni moins qu’une abréviation arbitraire du mot détective. Qu’il résulte de la déformation franco-canadienne d’un mot anglais est une explication possible quoique nullement certaine. Toujours est-il que le mot dick a franchi la frontière du Canada en compagnie de caisses de gnôle lorsque...

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D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (2)

D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (2)

L’une des scènes les plus étranges dans l’histoire du roman se déroule dans le dernier livre de Hammett, L’introuvable. Nick et Nora Charles se trouvent dans un speakeasy nommé le Pigiron Club, ils discutent avec le propriétaire, Studsy, un malfrat nommé Morelli et quelques autres personnes, quand le lecteur découvre la scène que voici : Un homme blond d’une grosseur colossale – si blond qu’il était presque albinos – qui avait été assis à la table de Miriam, s’approcha de nous et me déclara dans un filet de voix efféminé où je perçus des tremblements : « Alors, c’est toi qu’as dézingué le petit Art Nunheim… » . Morelli frappa le gros type dans le gras du ventre, aussi fort qu’il le put sans quitter sa chaise. Studsy se leva d’un bond et, ployant le torse au-dessus de Morelli, envoya son énorme poing dans le visage de l’obèse. Je me fis la remarque, stupidement, qu’il continuait d’attaquer avec sa droite. Pete le bossu arriva dans le dos du gros type et frappa de toutes ses forces sur sa tête avec un plateau...

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