Posts Tagged ‘ URSS ’

Siniavski, père et fils, et les services compétents

Siniavski, père et fils, et les services compétents

En russe, les services compétents s’appellent organes compétents (компетентные органы) et parfois aussi tout simplement « organes » органы. Peut-être pour rappeler que le qualificatif de « compétents » est parfois usurpé ? En tout état de cause, cette curiosité lexicale en dit long sur la nature de ces services. Ils passent donc pour faire partie intégrante du grand organisme que représente le pays. De toute façon « service », or le mot existe en russe, fut de tout temps un concept irréel hors de propos en URSS et n’acquit droit de cité en Russie qu’après la chute de « l’empire du mal ». La famille Siniavski Iegor Gran est le fils de Andreï Donatovitch Siniavski et de Maria Vassilievna Rozanova. Dans ce livre il raconte l’histoire de ses parents, et la sienne par conséquent, à ses débuts en tout cas, avec notamment l’arrestation de son père en 1965. Son père fut l’un des premiers et plus célèbres dissidents soviétiques des années 1960 et je l’ai bien connu, puisque, à son arrivée à Paris, il avait été invité et recruté par le département d’études slaves de la Sorbonne...

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Mademoiselle Khrouchtchev

Mademoiselle Khrouchtchev

L’arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev, aujourd’hui professeur à la New School de New-York, a choisi, à l’âge de 16 ans, dix ans après sa mort, de porter son nom par fidélité à sa mémoire. C’est à ce titre aussi qu’elle a écrit ce livre. L’auteur du « rapport secret » lu au XXème Congrès du PCUS de 1956 restera dans l’histoire du XXème siècle comme l’artisan de la déstalinisation. En dénonçant le Goulag, en libérant ou en réhabilitant à titre posthume des millions de victimes de la terreur stalinienne, il fut l’initiateur du « dégel » qui inspira tant d’espoir, notamment lorsque le corps de Staline fut retiré du mausolée de la Place rouge en 1961. Comme le note l’auteur, Gorbatchev peut à juste titre être considéré comme l’héritier spirituel de Khrouchtchev. La perestroïka qu’il initia dès 1986 ouvrit, elle aussi, une nouvelle page de l’histoire soviétique et redonna confiance à tous les Russes qui aspiraient à une libéralisation du régime. Le « Khrouchtchev disparu » du titre de l’ouvrage,  The Lost Khrouchtchev, n’est autre que le grand-père maternel de l’auteur. Fils aîné de Nikita Khrouchtchev...

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Back in the USSR

Tout a commencé par la recherche d’une vieille et célèbre chanson russe, Katiousha – soviétique, en fait, puisqu’elle a été écrite en 1938. YouTube la propose en toutes sortes de versions : sur scène, pour voix masculines, pour voix féminines, parfois en chœur, ou alors en bande-son sur des images d’archives, en noir et blanc, en couleur, le plus souvent sur des films concernant la Grande Guerre Patriotique, selon le nom qui est donné à la Seconde guerre mondiale en Russie. Katiousha figure au milieu de milliers de clips consacrés à la chanson patriotique russe, domaine qui est un véritable continent d’images (YouTube en donne un aperçu impressionnant ; il existe même un site sur le sujet, d’allure presque scientifique). La version la plus intéressante est celle d’une chanteuse douée, d’une beauté massive, épaisse, à la voix d’alto. En faire-valoir, on lui a adjoint une chanteuse plus jeune au visage de poupée slave. Toutes deux sont habillées de vêtements militaires des années 40, ceux de l’Armée Rouge évidemment : un képi, une jupe de tissu ocre, une vareuse, et sur celle de l’alto...

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Marina Tsvetaeva Russie 1892 – URSS 1941

La parution de ses oeuvres complètes en prose, au Seuil, à la fin de l’année dernière est l’occasion de revenir sur un personnage hors du commun du premier vingtième siècle, femme hors du commun par l’extraordinaire talent littéraire qui a été le sien et hors du commun par la période de l’histoire européenne qu’elle a connue.  La vie de Marina Tsvetaeva s’est déroulée dans le monde intellectuel russe du début du XXe siècle, puis en exil en Europe pour une longue période  après la Révolution russe. Il s’agit d’un grand poète russe classique, contemporain de Mandelstam, Pasternak, Akhmatova et Maïakovski. Marina Tsvetaeva est née à Moscou en 1892 ; elle  quitte la Russie, en 1922 pour un exil dont la majeure partie se passe  en France (1925 – 1939). Elle  revient en URSS juste avant la deuxième guerre mondiale et se suicide en Tatarie,  le dernier jour d’août 1941. En France, on retient d’abord son nom comme celui d’un prosateur original et novateur. En effet les traductions françaises lui ont ménagé une place de choix dans le genre autobiographique, puis...

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