Posts Tagged ‘ Russie ’

Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le 6 juin 1928, lors de ce qui allait être l’avant-dernière saison des Ballets russes, Serge Diaghilev présentait, au Théâtre Sarah-Bernhardt, un nouveau ballet de Massine, Ode, dans des décors semi-abstraits de Pawel Tchelitchew et des éclairages bleutés d’une grande beauté de Pierre Charbonnier. Dirigée par Roger Désormière, la musique, cantate pour deux solistes et chœur, sur un poème de Lomonosov, était l’œuvre d’un débutant de 25 ans, Nicolas Nabokov. Lubcza, Paris Né à Lubcza, sur les bords sur Niémen, dans ce qui est à présent la Biélorussie, en 1903, Nabokov était de quatre ans plus jeune que son cousin germain Vladimir, futur auteur de Lolita. Sa mère, née Falz-Fein, descendait d’une riche famille d’origine allemande établie en Ukraine. Dans son autobiographie, Bagázh (parue en français en 1976 sous le titre Cosmopolite), il évoque son enfance privilégiée dans la Russie d’avant-guerre comme une sorte de paradis d’avant la chute. Comme tous les Russes des classes supérieures, il avait reçu une éducation polyglotte et parlait allemand, anglais et français. La révolution de février 1917 était survenue alors qu’il poursuivait ses études...

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La finance durable dans la Russie moderne : de l’autre coté du miroir

La finance durable dans la Russie moderne : de l’autre coté du miroir

Comment un grand pays industriel tel la Russie appréhende-t-il aujourd’hui ces notions déjà courantes, mais, malgré tout, encore innovantes que sont l’Investissement socialement responsable (« ISR ») ou la Responsabilité sociale des entreprises (« RSE ») ? La Finance Durable, l’ISR, la RSE, ont-ils déjà pénétré la Russie, le droit russe, les pratiques managériales ? Les initiatives « vertes » sont nombreuses dans l’arène internationale. La signature de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’adoption du Protocole de Koyto et, plus récemment, de l’Accord de Paris dont la ratification doit encore intervenir pour la grande majorité des pays signataires, sont largement médiatisées et relativement connues par les professions concernées et le grand public. Mais à quelles mesures nationales correspondent ces initiatives ?

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Les Balkans au carrefour des crises

Les Balkans au carrefour des crises

La crise ukrainienne consacre un changement de cycle historique majeur dont on peut mesurer dès à présent l’impact stratégique, impact qui pourrait bouleverser profondément l’agenda géopolitique et économique de ces prochaines années. Mais avant de revenir sur les implications de ce bouleversement géostratégique inaugurant cette période inédite de l’histoire européenne, il convient de prendre toute la mesure du  changement de donne politique intervenue en Grèce. En effet, la venue au pouvoir de Syriza  est susceptible de peser sur l’avenir de la zone euro et plus largement, d’ouvrir un questionnement sur les objectifs et les instruments des politiques macroéconomiques de l’Union européenne, dans une conjoncture économique encore incertaine. Nul doute que ce changement d’équation politique dans un pays voisin de l’Europe balkanique, pourrait entraîner des recompositions politiques au sein des états voisins mais aussi sur un plus vaste plan régional, et international, d’autant qu’il faut tenir compte du poids croissant de la Turquie, notamment en tant qu’incontournable pays de transit gazier, mais aussi d’une forte implication de la Chine et de la Russie, tant sur le plan économique que géostratégique....

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Mademoiselle Khrouchtchev

Mademoiselle Khrouchtchev

L’arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev, aujourd’hui professeur à la New School de New-York, a choisi, à l’âge de 16 ans, dix ans après sa mort, de porter son nom par fidélité à sa mémoire. C’est à ce titre aussi qu’elle a écrit ce livre. L’auteur du « rapport secret » lu au XXème Congrès du PCUS de 1956 restera dans l’histoire du XXème siècle comme l’artisan de la déstalinisation. En dénonçant le Goulag, en libérant ou en réhabilitant à titre posthume des millions de victimes de la terreur stalinienne, il fut l’initiateur du « dégel » qui inspira tant d’espoir, notamment lorsque le corps de Staline fut retiré du mausolée de la Place rouge en 1961. Comme le note l’auteur, Gorbatchev peut à juste titre être considéré comme l’héritier spirituel de Khrouchtchev. La perestroïka qu’il initia dès 1986 ouvrit, elle aussi, une nouvelle page de l’histoire soviétique et redonna confiance à tous les Russes qui aspiraient à une libéralisation du régime. Le « Khrouchtchev disparu » du titre de l’ouvrage,  The Lost Khrouchtchev, n’est autre que le grand-père maternel de l’auteur. Fils aîné de Nikita Khrouchtchev...

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Andreï Zviaguintsev, Léviathan

Andreï Zviaguintsev raconte que l’idée de son film, Léviathan, lui est venue des Etats-Unis, de l’histoire d’un homme au Colorado qui refuse d’être exproprié par des promoteurs et qui finit par détruire à la pelleteuse les bâtiments du voisinage1- histoire au fond très américaine, où le héros, sûr de son droit, rejette une légalité viciée et se fait justice lui-même. Malgré cette inspiration, le fonds de ce Léviathan est fait de tout ce qui fait la Russie contemporaine, comme on la voit dans les journaux ou dans les beaux livres de Svetlana Alexievitch : l’Etat de droit est une farce, la vodka permet aux hommes de “tenir” et fait le malheur des femmes, le Pouvoir n’a pas le moindre respect de l’existence individuelle et inflige des souffrances sans nom au simple citoyen. Vision trop noire, dira-t-on en songeant que ce film a quand même reçu en Russie des financements publics ? Il faut se rappeler l’affaire Magnitski, et quelques autres du même style, … Dans ce Léviathan, le potentat local brise le récalcitrant, qui perd tout et finit, dans la...

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Back in the USSR ou retour à l’Empire russe ?

Back in the USSR ou retour à l’Empire russe ?

Dans un petit livre paru en décembre 1993, "La fin de l’URSS et la crise d’identité russe", je m’étais efforcée de montrer quel traumatisme avait représenté pour la grande masse de la population soviétique la sortie de l’URSS. Si la chute brutale du niveau de vie de l’époque n’est plus autant d’actualité en Russie, demeure l’humiliation d’avoir désormais un territoire amputé des quatorze anciennes républiques socialistes soviétiques. Ces dernières, elles, ont pu revendiquer fièrement leur identité nationale, rejetant l’étiquette soviétique. Ce ne fut pas le cas des Russes, que l’on identifiait systématiquement aux Soviétiques, détenteurs du pouvoir central. On reproche à l’envi à Vladimir Poutine de considérer que la chute de l’URSS est « “la” plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle ». Outre le fait que la traduction en français me semble erronée, car il a seulement dit que c’était une “très grande” catastrophe géopolitique », peut-on sérieusement douter, avec le recul dont nous disposons à présent, qu’à côté des aspects éminemment positifs et incontestables (fin de la guerre froide, chute du communisme, dénonciation de ses crimes monstrueux,...

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Erreurs et préjugés : la crise ukrainienne

Bruno Bisson vit et enseigne en Russie. Son point de vue sur la crise ukrainienne, dans son état au 5 juillet 2014, nous a paru assez original pour être communiqué à nos lecteurs, même si nous ne le partageons pas. Il a le mérite de mettre en lumière des faits déplaisants à reconnaitre, telles les violences contre les manifestants pro-russes à Odessa au début de l’été, documentées par un terrible reportage de Paris Match, faits qu’on aurait tort d’écarter comme procédant de la seule propagande russe. Il souligne les erreurs américaines et européennes dans la gestion des relations avec la Russie. On ne dissipe pas un complexe obsidional en paraissant conduire une politique d’encerclement !  Ndlr – La crise ukrainienne – qui n’est pas encore terminée – a été définie par beaucoup comme la plus grave crise géopolitique depuis la fin de l’URSS. Elle semble être aussi une guerre de l’information et le triomphe de l’hypocrisie. le 21 février, au moment où des tireurs d’élites aujourd’hui encore non identifiés, accusés  d’un côté d’agir sur ordre du président en place...

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Traduire La fin de l’homme rouge

C’est très peu de dire que La fin de l’homme rouge, l’ouvrage de Svetlana Alexievitch sur la fin de l’Union Soviétique (prix Médicis de l’essai 2013), est un livre impressionnant et troublant, et qu’il ne se lit pas sans qu’on pense parfois à Dostoïevski et parfois au Shoah de Lanzmann, deux références qui ont compté pour Svetlana Alexievitch, nous dit-on. Il est difficile de mesurer la somme de douleurs que cette partie du monde a pu subir, et tout aussi difficile de comprendre pourquoi la Russie actuelle est parfois nostalgique de la séquence historique qui se clot avec la perestroïka1. Sophie Benech, traductrice et amie de Svetlana Alexievitch, qui vient par ailleurs de traduire les oeuvres complètes d’Isaac Babel et l’ouvrage de Nadejda Mandelstam sur Anna Akhmatova, nous dit pourquoi elle a tenu à traduire ce livre2.  La rédaction.  ________________________   Dès que j’ai lu les premiers chapitres de La Fin de l’homme rouge, de Svetlana Alexievitch, j’ai compris qu’il fallait absolument traduire ce livre, qu’il devait être accessible au plus grand nombre de lecteurs possible. Avant toutes choses, parce qu’il nous...

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Marina Tsvetaeva Russie 1892 – URSS 1941

La parution de ses oeuvres complètes en prose, au Seuil, à la fin de l’année dernière est l’occasion de revenir sur un personnage hors du commun du premier vingtième siècle, femme hors du commun par l’extraordinaire talent littéraire qui a été le sien et hors du commun par la période de l’histoire européenne qu’elle a connue.  La vie de Marina Tsvetaeva s’est déroulée dans le monde intellectuel russe du début du XXe siècle, puis en exil en Europe pour une longue période  après la Révolution russe. Il s’agit d’un grand poète russe classique, contemporain de Mandelstam, Pasternak, Akhmatova et Maïakovski. Marina Tsvetaeva est née à Moscou en 1892 ; elle  quitte la Russie, en 1922 pour un exil dont la majeure partie se passe  en France (1925 – 1939). Elle  revient en URSS juste avant la deuxième guerre mondiale et se suicide en Tatarie,  le dernier jour d’août 1941. En France, on retient d’abord son nom comme celui d’un prosateur original et novateur. En effet les traductions françaises lui ont ménagé une place de choix dans le genre autobiographique, puis...

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