Posts Tagged ‘ Roman français ’

Abel Quentin, Le voyant d’Etampes

Abel Quentin, Le voyant d’Etampes

Est-ce bien un roman anti-woke que livre Abel Quentin, comme le dit la critique embarrassée de Libération, ou plutôt une satire qui s’attache à bon escient aux plus sinistres plaisanteries du moment, l’« appropriation culturelle » et la « cancel culture », et pour autant, sans verser dans le ressentiment réactionnaire ? Critique embarrassée parce que ce roman est bon et souvent drôle, alors qu’on ne connait aucune œuvre woke qui ne soit triste  et pleurnicharde – à preuve les mauvais opus d’Edouard Louis, devenu une icône woke après un premier livre réussi. Certes, ce roman s’inscrit bien dans la lignée des derniers Houellebecq (et La carte et le Territoire plus que Soumission), mais sans la charge réactionnaire ni les obsessions sexuelles fastidieuses de ce dernier ; et surtout  Abel Quentin et son personnage ressentent de la sympathie, une certaine sympathie,  pour le mouvement contestataire qui a saisi une bonne partie de la jeunesse universitaire, là où les personnages de Houellebecq en restent à la détestation brute, de cela comme du reste. Satire acide, composée de tout ce qui fait époque, Le voyant d’Etampes ne tombe...

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Houellebecq, la soumission comme concept ?

Houellebecq, la soumission comme concept ?

Soumission est un ouvrage déplaisant, et on ne sait ce qu’il faut blâmer en premier : cette fascination de l’auteur pour une sexualité masculine figée sur les scénarios de l’industrie du porno, ces femmes qui n’ont pas d’intériorité, son goût pour le trivial et au fond, le plaisir torve avec lequel Houellebecq campe son personnage de tout petit bourgeois en déroute, plaisir qui est sa marque de fabrique.  En même temps, et l’affaire se complique, on voit très bien ce qu’il faut louer dans Soumission comme dans les précédents Houellebecq : la subversion de ce qu’il y a de trivial, de plat dans le langage contemporain (avec effets comiques à la clef), la description enjouée de la consommation industrielle qui devient la seule satisfaction intime de ses personnages1, les aperçus flegmatiques sur les questions les plus ridicules, transformées en problèmes d’époque – bref, tout un talent de satiriste. Reste que politiquement, même si les accusations de racisme et d’islamophobie portent à faux, le propos du livre est déplaisant. Une partie de la critique s’en est émue avant les attentats...

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