Posts Tagged ‘ guerre ’

Une fontaine endormie (1956)

Une fontaine endormie (1956)

Après la Libération, la vie musicale reprend son cours d’avant la guerre. Les musiciens, les chanteurs qui s’étaient exilés pour raisons raciales ou politiques reviennent en France. Ceux dont les chansons sont associées à l’Occupation, au pétainisme sont inquiétés, tels André Dassary, connu pour le retentissant Maréchal nous voilà de 1941, ou André Clavaud, animateur de Radio-Paris, station fermée en 1944 à la libération de Paris ; leur éclipse ne durera pas. Renée Lebas (19177-2009), alias Renée Leiba, juive roumaine dont la carrière avait commencé en 1938, revient de Suisse Romande, d’où elle avait gardé le contact avec son public en chantant sur Radio Genève. Comme elle, pour les mêmes raisons, Eddie Marnay et Emil Stern  sortent de la clandestinité. Eddie Marnay, alias Edmond Bacri, avait commencé sa carrière de chanteur et de parolier en 1937. Il mourra en 2003, célèbre pour ses chansons pour les chanteurs yé-yé et Claude François, Mireille Mathieu et Marcel Amont, 4.000 chansons au total. Emil Stern, alias Emile Stern (avec une lettre qui change tout), est un musicien doué, capable de donner une...

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1914, suite et fin : Albert Camus, «Le premier homme»

Le voyageur demanda le carré des morts de la guerre de 1914. « Oui, dit l’autre. Ca s’appelle le carré du Souvenir français. Quel nom cherchez-vous ? – Henri Cormery », répondit le voyageur. (…) Le gardien ouvrit un grand livre couvert de papier d’emballage et suivit de son doigt terreux une liste de noms. Son doigt s’arrêta « Cormery Henri, dit-il, blessé mortellement à la bataille de la Marne, mort à Saint Brieuc le 11 octobre 1914. – C’est ça », dit le voyageur. Le gardien referma le livre. « Venez », dit-il. Et il le précéda vers les premières rangées de tombes, les unes modestes, les autres prétentieuses et laides, toutes couvertes de ce bric-à-brac de marbre et de perles qui déshonorerait n’importe quel lieu du monde.  « C’est un parent ? demanda le gardien d’un air distrait. – C’est mon père. – C’est dur, dit l’autre. – Mais non. Je n’avais pas un an quand il est mort. Alors, vous comprenez. – Oui, dit le gardien, n’empêche. Il y a eu trop de morts. » (…) «  C’est ici », dit le gardien. Ils étaient arrivés devant...

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La photographie de guerre comme œuvre d’art ?

La photographie de guerre comme œuvre d’art ?

Comment reconnaître dans la photographie de guerre une œuvre d’art ? Cette reconnaissance est récente. C’est seulement dans les vingt dernières années qu’elle a conquis le nouveau territoire de la Galerie. Elle a gagné ainsi de la surface au mur, mais en a perdue sur le  papier. L’effondrement du news magazine explique en partie cet exil d’un univers à l’autre. Cette migration d’une économie du multiple vers celle de l’unique transforme en profondeur l’écosystème du photoreportage. D’abord en sacralisant les photographes devenus artistes et dont le travail est assimilé à une œuvre. Ensuite en détournant le regard du consommateur qui ne cherche plus l’information, mais la nourriture d’une délectation esthétique. Enfin en modifiant le statut des photographies elles-mêmes qui bascule dans un registre étranger à leur nature documentaire, entretenant d’autres relations à la réalité. C’est cette relation au réel qui est constitutif de la photo de guerre. Lui retirer, c’est affecter les deux fonctions bien identifiées du photoreportage : informative – permettant, par le regard avancé du photo reporter, de présenter les différents théâtres d’opération à tous ceux qui en...

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« Quand je servais dans l’U.S. Army » : l’expérience du combat de 1945 à l’Irak

Ramiro G. Hinojosa, analyste en sciences politiques à Austin, Texas, a servi en Irak en 2006 et 2007 au sein de la 82ème Division aéroportée. Ndlr _____ Le 6 juin 2014  marque le 70ème anniversaire du D-Day, le déclenchement du débarquement allié, une opération colossale, écrasante, presqu’inimaginable à l’époque actuelle, qui conduisit à la mort de près de 1 500 Américains lors de la plus importante invasion aérienne, terrestre et navale de l’histoire militaire. Il n’est pour ainsi dire personne aux Etats-Unis dont la vie n’ait été ébranlée par la seconde conflagration planétaire. Entre 1941 et 1945, 18 millions de soldats servirent sous les drapeaux et 400 000  y ont laissé la vie.  La population participait à l’effort de guerre en en souscrivant aux emprunt d’Etat, et des industries entières se reconvertirent dans la production des indispensables matériels de guerre. Par comparaison, seuls 2, 6 millions d’Américains ont servi en Irak et en Afghanistan, et dans ces deux derniers conflits, ce sont des sous-traitants privés qui, en comblant le vide laissé par la puissance publique, se sont chargés de tout,...

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Back in the USSR

Tout a commencé par la recherche d’une vieille et célèbre chanson russe, Katiousha – soviétique, en fait, puisqu’elle a été écrite en 1938. YouTube la propose en toutes sortes de versions : sur scène, pour voix masculines, pour voix féminines, parfois en chœur, ou alors en bande-son sur des images d’archives, en noir et blanc, en couleur, le plus souvent sur des films concernant la Grande Guerre Patriotique, selon le nom qui est donné à la Seconde guerre mondiale en Russie. Katiousha figure au milieu de milliers de clips consacrés à la chanson patriotique russe, domaine qui est un véritable continent d’images (YouTube en donne un aperçu impressionnant ; il existe même un site sur le sujet, d’allure presque scientifique). La version la plus intéressante est celle d’une chanteuse douée, d’une beauté massive, épaisse, à la voix d’alto. En faire-valoir, on lui a adjoint une chanteuse plus jeune au visage de poupée slave. Toutes deux sont habillées de vêtements militaires des années 40, ceux de l’Armée Rouge évidemment : un képi, une jupe de tissu ocre, une vareuse, et sur celle de l’alto...

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