Posts Tagged ‘ gauche ’

Revenu minimum d’existence, l’impasse politique ?

Revenu minimum d’existence, l’impasse politique ?

On le dit peu mais le revenu minimum d’existence est, dans sa forme moderne, une proposition du néo-libéralisme des années 601. C’est Milton Friedman qui a en a popularisé le concept (s’il ne l’a inventé), dans un livre de 1962, sous le nom d’« impôt négatif », soit une somme d’argent donnée à chaque salarié qui ne pourrait obtenir sur le marché un revenu lui permettant d’arriver au niveau de vie jugé minimum par la société. Les gens fortunés payeraient l’impôt au sens classique, et les nécessiteux auraient un chèque d’« impôt négatif ». L’idée figure toujours au programme des think tanks libéraux. Elle a connu des applications nationales, et en France notamment avec la prime pour l’emploi, mais ce mécanisme n’est nulle part, et de loin, la clef de voûte de la redistribution des ressources, comme l’aurait souhaité Milton Friedman ou comme le souhaite aujourd’hui Benoît Hamon. L’idée sous-jacente, dans une perspective néo-libérale, c’est que la réglementation des salaires et le salaire minimum en particulier, grâce à l’impôt négatif, puissent être marginalisés sinon éliminés sans crainte de troubles sociaux. La rémunération du...

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Défense mesurée, prudente de la gauche woke

Défense mesurée, prudente de la gauche woke

Il est tentant de rejeter comme aberrant un certain nombre de revendications de la gauche woke, “intersectionnelle”, “radicale” : véhémence de tous les instants, fondements philosophiques ridicules, rabâchage servile de thèses venues des pires sections des campus américains, aveuglement devant l’islamisme, intransigeance en toutes matières même les plus futiles, totale inutilité politique… et les raisons ne manquent pas dans les deux registres de cette gauche, le féminisme dit de “troisième génération” et l’antiracisme reprofilé qu’elle défend. Qu’on en juge La nouvelle mouvance féministe met en cause avec la foi du charbonnier un “patriarcat” de fantaisie dont on a bien du mal à identifier l’histoire, la nature et les représentants concrets, “patriarcat” qui n’a jamais autant accepté les revendications d’égalité entre les sexes. Par horreur de la “masculinité toxique” (forme nouvelle du péché originel), elle discrédite le désir masculin, l’horrible male gaze sans se rendre compte qu’il est recherché par la majorité des femmes, sourdes à la promotion de l’homosexualité censée leur permettre de se libérer du joug masculin, selon deux pamphlets au vitriol parus cet automne. Ce nouveau féminisme...

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Actualité française : le retour de Badinguet

Actualité française : le retour de Badinguet

L’annonce d’une candidature du général de Villiers aux présidentielles serait un épisode inattendu dans la lutte des élites sociales pour conquérir les suffrages, et serait un épisode inédit dans les années récentes.  Laissons de côté Napoléon-le-Grand et Napoléon-le-Petit, Pétain et De Gaulle, sinon pour noter que les parallèles avec Louis-Napoléon Bonaparte, le Badinguet de Victor Hugo, seront plus éclairants que ceux qui, à coup sûr, seront faits par les partisans dudit général avec De Gaulle et par ses opposants, avec Pétain. Posons d’abord l’hypothèse : aux présidentielles et sans qu’il y ait de processus conscient, formel, chaque groupe social propose au pays l’un de ses représentants, non seulement pour porter ses valeurs collectives propres, mais surtout pour proposer, de bonne foi et avec toutes les illusions que permet la bonne foi, qu’elles deviennent celles du pays tout entier ; c’est bien sûr pour le plus grand bénéfice de tous (qui en douterait ?), et d’eux-mêmes à l’occasion. Que ce soit vrai ou non est un autre débat. Le candidat n’est pas un mandataire des groupes qui le soutiennent, mais plutôt...

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La gauche et 2022 dans une France très à droite

La gauche et 2022 dans une France très à droite

Les derniers sondages sont assez clairs : la France est très largement à droite1. La gauche, entendue comme cet arc qui va du Parti Radical de Gauche aux partis trotskystes en passant par les écologistes, atteindrait à peine un total de 30% des voix si les présidentielles avaient lieu aujourd’hui. Avec leurs candidats les plus probables, une candidature socialiste serait au mieux à 9%, celle de la France Insoumise à 12%, et les écologistes seraient à 7 ,5%. Par comparaison Emmanuel Macron serait à 25% et Marine Le Pen à 24% (et 30% si elle préempte les voix de N. Dupont-Aignan), Xavier Bertrand étant à 16%, soit pour la Droite au sens large plus de 65% des voix. L’air du temps n’est pas de gauche.  Après avoir testé de nombreuses hypothèses, l’IFOP conclut que « quel que soit le scénario et même si elle parvient à se mettre en tête sur une candidature unique en 2022, la gauche n’apparaît aujourd’hui pas en mesure d’éviter une nouvelle élimination au soir du premier tour ». La situation pourrait évidement évoluer d’ici...

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Le Labour de Jeremy Corbyn pouvait-il gagner les élections de 2019 ?

Le Labour de Jeremy Corbyn pouvait-il gagner les élections de 2019 ?

La récente et lourde défaite du parti travailliste aux élections de décembre 2019 était-elle prévisible ? Tient-elle à la personnalité de son dirigeant, à son étrange léthargie lorsqu’il s’agissait de répondre aux accusations d’antisémitisme qui visaient régulièrement son parti ou à l’incapacité du parti travailliste à formuler une stratégie claire ? Aucun événement n’étant redevable d’une cause unique, tout cela a forcément joué. Pour autant, on aurait tort de vouloir trop se focaliser sur la personnalité de Jeremy Corbyn car de notre point de vue le parti travailliste a d’abord et avant tout été victime de ses propres contradictions. Le Brexit, dans cette perspective, a été un formidable révélateur de celles-ci mais, là aussi, on aurait tort de penser qu’il en est à l’origine. Les atermoiements de Corbyn sur la question européenne ne faisant que refléter des positions changeantes, jamais réellement explicitées et des contradictions sociologiques tenant à la composition même de l’électorat travailliste. Comme on le verra, il était difficile de  concilier le vote des jeunes urbains plutôt diplômés et pro-européens qui votent massivement travailliste et celui des bastions ouvriers...

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Manuel Valls ? Un sacré problème de jugement

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Ces deux dernières années, malgré de vraies qualités, Manuel Valls a surpris par son manque de jugement.  Gérant mal des réformes mal conçues, solidaire d’un président qui a rarement su dépasser la tactique électorale, candidat à une primaire où il ne pouvait pas gagner, se positionnant à cette occasion en rassembleur et garant de l’unité socialiste dans un contre-emploi qui ne lui a fait gagner aucune voix… Bref, beaucoup d’erreurs d’appréciation en peu de temps. Il en commet une autre en ne rejoignant pas Emmanuel Macron. Si lui et ce qu’il représente au PS se rangent effectivement derrière Benoît Hamon au nom des règles de la primaire et surtout au nom de l’unité du parti, il est bien possible que Hamon arrive second au premier tour des présidentielles, puisque la première place du Front national paraît malheureusement assurée. Il suffirait que Fillon reste au niveau où il est et que Bayrou, se présentant, soustraie 4 à 5 % décisifs à Macron. Or, un Le Pen / Hamon au second tour, c’est le scénario catastrophe : une crypto-fasciste contre un pion...

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Benoît Hamon, nouvelle coqueluche de la gauche tendance suicide

La mauvaise foi est toujours nécessaire à quiconque veut d’un état médiocre s’élever au plus grand pouvoir  Machiavel Benoît Hamon est un cas d’école. En agitant des propositions programmatiques qui oscillent entre le ridicule ou le guignolesque (revenu universel), l’irréalisme total (visa humanitaire pour les migrants), et le sociétal déconnecté du réel (le cannabis), il a réussi à devenir le nouveau chouchou de la base militante du parti socialiste et de son noyau dur électoral. Mais il a réussi aussi un autre exploit : celui de mettre d’accord pour une fois les lecteurs de Jean-Claude Michéa et les tenants d’une ligne réaliste au sein du Parti socialiste : les orphelins de Michel Rocard ! Et ce n’est pas un mince exploit ! Car Hamon a une arme suprême : ceux qui critiquent son programme se voient affublés du terme néo. Vous critiquez ses propositions économiques : vous n’êtes qu’un affreux néo-libéral. Vous critiquez son sociétalisme tendance gauche suicidaire : vous êtes un néo-réac ! Hamon parle-t-il des problèmes qui, aujourd’hui, minent la société française comme toutes les sociétés occidentales ? Parle-t-il du déclassement social, de la crise sans...

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France, Etats-Unis, Grande-Bretagne… La crise des partis progressistes

France, Etats-Unis, Grande-Bretagne… La crise des partis progressistes

La défaite d'Hillary Clinton est un exemple « idéal-typique » de la crise que traversent, depuis près de quatre décennies, les partis progressistes. On y retrouve, condensées en un seul moment, toutes les séquences qui expliquent aujourd'hui le déclin de ce qu'il est convenu d'appeler le progressisme aux Etats-Unis comme en Europe. Face à une crise sociale et politique sans précédent, Hillary Clinton a pensé que le recours aux bonnes vieilles ficelles du progressisme sociétal lui assurerait la victoire. Elle s'est lourdement trompée. En communautarisant à outrance sa campagne, en caricaturant l'Amérique « périphérique », Hillary Clinton n'a fait que conforter les critiques adressées à son parti : celles d'être un parti élitiste coupé des réalités et ne comptant que sur le vote communautaire pour gagner les élections. Car à la vérité, aujourd'hui, les partis progressistes partagent un certain nombre de points communs qui les isolent toujours plus des évolutions sociologiques constatées dans tous les pays développés.

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Hollande n’était pas la solution, mais pas non plus le problème

Hollande n’était pas la solution, mais pas non plus le problème

Il est puéril de critiquer François Hollande en termes personnels, ce 2 décembre 2016, et de lui reprocher de n’avoir pas su incarner la « fonction présidentielle ». Ajoutez une remarque sur les deux corps du roi et vous passerez pour profond. Nicolas Sarkozy incarnait-il mieux la fonction ? Que vaut le vocabulaire de l’incarnation au XXIème siècle ? Et surtout François Hollande, lors des attentats de novembre dernier puis quand il s’est agi de mener une guerre en urgence pour protéger le Sahel, a-t-il vacillé ? L’homme n’est pas en cause, et tout comme la hargne anti-sarkozy est devenue à la fin déraisonnable, le Hollande bashing est artificiel et superficiel. En novembre 2015, la France a vu un solide républicain, entouré de ministres régaliens déterminés, qui a su être à la hauteur de la situation. Imagine-t-on la troupe Guéant, Wauquiez, Hortefeux au pouvoir à cette occasion ? Les deux Gauches Comme souvent, les questions de personnes obscurcissent la réalité, et cette réalité est politique au sens global du terme : après les premiers temps de son élection, avec l’excellent rapport Gallois1, François Hollande a perdu...

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Gauche radicale et G O P

Gauche radicale et G O P

Le spectacle que donne aujourd’hui la gauche fait bizarrement penser à celui que donne le Parti Républicain aux Etats-Unis, le Grand Old Party. La gauche française, hors le petit groupe qui entoure encore François Hollande, est une alliance de mouvements1 qui refusent tout en bloc, au nom de la lutte contre l’ultra-libéralisme et contre ce qui est, à leurs yeux, le démantèlement du modèle social. Ce refus en bloc témoigne que les cadres et la base de cette gauche n’admettent ni la nécessité ni les principes, et moins encore les modalités des réformes proposées, aujourd’hui sur le Code du travail, hier sur les retraites. La réforme est vue comme le premier temps d’une régression sociale qui n’aura ni fin ni limite. Nulle place ici pour l’analyse économique.  Au nom de l’antilibéralisme, de la lutte contre l’horreur économique, il est tout bonnement impossible pour cette gauche d’admettre un lien entre le niveau de salaire et le niveau de l’emploi,  ou entre le fonctionnement du marché du travail et la création d’emploi. Au sens strict, ce serait péché, une cause de mort de l’âme,...

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