Posts Tagged ‘ Cinéma ’

Star Wars, Tolkien et la réalité sinistre et déprimante des univers étendus

Star Wars, Tolkien et la réalité sinistre et déprimante des univers étendus

Quand les sagas sont sans fin, on s’aperçoit que les cycles de brutalité et de totalitarisme font eux aussi un éternel  retour. Peu de temps après avoir terminé Le Seigneur des anneaux, J.R.R. Tolkien se mit brièvement au travail sur une suite qui devait s’intituler La Nouvelle ombre et se dérouler 100 ou 150 ans plus tard sous le règne du fils d’Aragorn, Eldarion. Le lien principal entre les deux histoires était le personnage secondaire de Beregond, soldat noble mais disgracié de Gondor, dont le fils Borlas devait être un des personnages principaux de La Nouvelle ombre. Dans La Nouvelle ombre, le dénouement “eucatastrophique”1 du dernier volume, Le Retour du roi, se révèle avoir été de courte durée ; les Elfes et les Sorciers ayant été chassés de la Terre du Milieu, les Nains vivant sous terre et les Hobbits dans leur enclave de la Comté, les Hommes ont tôt fait de retomber dans leurs anciens travers. D’ailleurs, même si les Hommes de Gondor se souviennent de la Guerre de l’anneau, ils semblent en avoir déjà oublié la plupart des...

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Cinéma : l’éthique au temps des catastrophes

Cinéma : l’éthique au temps des catastrophes

Bien sûr, il est aisé de disqualifier une réflexion qui prétendrait au sérieux en prenant pour objet une forme artistique généralement considérée comme inférieure. Il est vrai que la pensée française sur l’art et la littérature présuppose l’idée d’une hiérarchie entre les genres dont elle n’a pu se défaire depuis le XVIIIème siècle. Il s’agit pourtant d’une survivance de cette période lointaine davantage que d’un principe qui doit nécessairement guider l’appréciation des œuvres : que l’on pense à d’autres traditions, celle des États-Unis par exemple, et l’on verra que les distinguos subtils entre les types de productions artistiques, qui sont dans le domaine de l’esprit ce qu’étaient les titres de noblesse dans la société d’Ancien Régime, n’y ont pas davantage d’existence que les pairs de France ou les ducs à brevet dans le Wisconsin. De l’autre côté de l’Atlantique, le roman policier n’est pas structurellement considéré comme inférieur au roman psychologique, l’autobiographie à la littérature post-apocalyptique, des dignités diverses ne s’attachent pas aux œuvres en fonction de leur appartenance générique : il y a du récit, de la littérature, bonne...

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La maladie d’Alzheimer à l’écran: Iris et Still Alice

La maladie d’Alzheimer à l’écran: Iris et Still Alice

En 2050,  le nombre de citoyens américains qui auront plus de 65 ans aura atteint 83.7 millions, le double d’une population estimée en 2012 à 43.1 millions.  Les baby boomers sont largement responsables de ce vieillissement de la population, ceux qui ont commencé à avoir 65 ans en 2011.  En 2050, les baby boomers qui restent en vie auront plus de 85 ans.  Rapport du Bureau Américain du Recensement (US Census Bureau Report), 2012. Une population vieillissante a besoin de récits.  Still Alice, le premier film à raconter la maladie d’Alzheimer du point de vue du malade, rentre dans une catégorie qu’on pourrait qualifier de film d’horreur de la génération du Baby Boom.  Ceux-là mêmes qui ont vu, enfants, des films comme L’invasion des profanateurs de tombes (Invasion of the Body Snatchers), allégorie de la menace communiste, découvrent maintenant une autre menace, celle du cerveau , en l’occurrence le très performant cerveau d’Alice Howland, professeur de linguistique quinquagénaire au sommet de sa carrière universitaire. Still Alice suit d’une douzaine d’années un autre portrait d’intellectuelle victime de la maladie d’Alzheimer, Iris, biopic de la philosophe et romancière Iris Murdoch atteinte, elle aussi, du même mal à la fin de sa carrière.  Le contraste entre les deux films serait-il révélateur d’une évolution de cette maladie dans l’imaginaire culturel ? Intelligence et sénilité Nous avons ​à plusieurs reprises, dans les colonnes de Contreligne, évoqué la difficulté que rencontre le cinéma à représenter l’intelligence féminine sans qu’elle ne soit accompagnée de folie, de...

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Andreï Zviaguintsev, Léviathan

Andreï Zviaguintsev raconte que l’idée de son film, Léviathan, lui est venue des Etats-Unis, de l’histoire d’un homme au Colorado qui refuse d’être exproprié par des promoteurs et qui finit par détruire à la pelleteuse les bâtiments du voisinage1- histoire au fond très américaine, où le héros, sûr de son droit, rejette une légalité viciée et se fait justice lui-même. Malgré cette inspiration, le fonds de ce Léviathan est fait de tout ce qui fait la Russie contemporaine, comme on la voit dans les journaux ou dans les beaux livres de Svetlana Alexievitch : l’Etat de droit est une farce, la vodka permet aux hommes de “tenir” et fait le malheur des femmes, le Pouvoir n’a pas le moindre respect de l’existence individuelle et inflige des souffrances sans nom au simple citoyen. Vision trop noire, dira-t-on en songeant que ce film a quand même reçu en Russie des financements publics ? Il faut se rappeler l’affaire Magnitski, et quelques autres du même style, … Dans ce Léviathan, le potentat local brise le récalcitrant, qui perd tout et finit, dans la...

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Hercule, film progressiste

Selon la légende, le terme de "péplum" aurait été popularisé par un groupe de cinéphiles des années 50, et par Bertrand Tavernier en particulier. Laissons cependant les spécialistes expliquer la naissance et le développement du genre péplum, et pourquoi il paraît connaitre aujourd'hui un nouvel âge d'or. Ce serait le troisième depuis la naissance du cinéma. Observons seulement que dans la cinéphilie des 50 dernières années, le péplum n'a jamais réussi à obtenir l'aura accordée au western, avec néanmoins une exception notable : Serge Daney a laissé une belle critique de Samson et Dalila de Cecil B. DeMille

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Au coeur du cinéma iranien : Djafar Panahi

Djafar Panahi est un réalisateur, scénariste et producteur iranien. Né le 11 juillet 1960 en Iran, il débute sa carrière comme assistant réalisateur d’Abbas Kiarostami sur le film Au travers des oliviers. Cinéaste engagé, il est reconnu comme le réalisateur d’une nouvelle vague iranienne, caractérisé par l’expression de la réalité de la vie de tous les jours dans un cadre naturel et en employant des techniques simples. L’œuvre de Panahi aborde, avec un regard critique, les problèmes de la société iranienne.

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Cinéma : Touch of Sin, la violence du chinois dans un monde sans droit

La critique cinématographique a encensé Jia Zhang-ke pour son Touch of  Sin (prix du scénario à Cannes), comme elle l’avait encensé pour The World (2002) et surtout Still Life (2006). Et il est vrai que Jia Zhang-ke fait preuve, dans Touch of Sin, d’un sens du récit, d’une précision dans la mise en scène et d’un talent de direction d’acteurs de tout premier ordre. En quatre histoires qui sont comme autant de nouvelles et qui ne cherchent pas à s’entrecroiser, Jia Zhang-ke dresse un portrait accablant de la Chine contemporaine – portrait qui n’est pas sans éclairer les faits divers atroces, incompréhensibles dont la presse se fait l’écho, avec ces gens ordinaires qui en viennent à tuer leur entourage à la hache ou à poignarder les enfants dans les écoles. Quatre nouvelles, un seul thème Les quatre nouvelles sont indépendantes mais Jia Zhang-ke a suffisamment de talent narratif pour les fondre dans une fiction sans rupture de ton ni de rythme. Dans la première, au Shanxi, région pauvre, isolée, un ouvrier ulcéré que les dirigeants du village se soient appropriés...

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Camus et le cinéma

Si on le compare à d’autres écrivains de sa génération, Camus avait relativement peu à dire au sujet du cinéma. Certes, Camus était proche de l’actrice Maria Casarès, et il a effectivement commencé à travailler sur une adaptation cinématographique de La Princesse de Clèves pour Robert Bresson, et il est vrai que Jean Renoir lui a proposé de porter L’Étranger à l’écran, plusieurs années avant la version de 1967 signée par Visconti 1. Mais Camus n’a jamais écrit pour des revues spécialisées dans le cinéma, et n’a jamais théorisé sa relation au septième art. Au mieux, il entretenait des rapports mitigés avec cette forme d’expression, quand il ne lui arrivait pas de s’y montrer franchement hostile. D’après Dudley Andrew, Camus pourrait même avoir convaincu Gallimard de cesser le financement de la prestigieuse Revue du cinéma, l’une des rares revues dans la France d’après-guerre à considérer le cinéma comme une forme d’art sérieuse. « Camus », conclut Dudley Andrew, « ne s’intéressait tout simplement pas au cinéma »  2. Et pourtant, il est constamment question de films dans les écrits...

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Wes Anderson, cinéaste pré-moderne

Les films de Wes Anderson – sept à ce jour : Bottlerocket, Rushmore, The Royal Tenenbaums, The Life Aquatic with Steve Zissou, The Darjeeling Limited, Fantastic Mr Fox, et Moonrise Kingdom- ont atteint le statut de cult-movies.  Ils semblent avoir tout pour plaire à notre époque : histoires de famille à l’eau de rose d’enfants ou d’enfants attardés destinées à des individus dotés du même âge mental, maniérisme du style vintage  nostalgique, univers fétichiste issu des BD et des livres pour enfants, clins d’œil  glamour rétro à la musique pop des sixties et aux films français nouvelle vague, acteurs recyclés ou décalés (Bill Murray, Angelica Huston, Gene Hackman, Bruce Willis, Jason Schwartzman, Owen Wilson), scenarii loufdingues et romantiques, mises en scènes très rock and roll mais aussi très minutieuses. Les mêmes prédicats nourrissent les oppositions chez les critiques. Même pas nouveau, disent-ils : on dirait du Tim Burton, et Anderson lui-même ne cesse de se répéter obsessionnellement avec les mêmes gimmicks. Le cinéma n’a-t-il pas mieux à faire que de se contempler nombrilistiquement dans son passé et dans des histoires éculées comme celles...

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Biographie : Jean Renoir de Pascal Mérigneau

C'est un livre remarquablement documenté et remarquablement écrit que vient de livrer, sur Jean Renoir, Pascal Mérigneau, le critique cinématographique du Nouvel Observateur.Jean Renoir est un cinéaste si célèbre qu'on oublie combien sa carrière a éte heurtée, et qu'il est mort en Californie célèbre mais dans un demi-exil. La biographie de Pascal Mérigneau le rappelle avec précision, dans une narration riche et vivante. Les anecdotes sont nombreuses mais ne nuisent pas à la cohérence du livre. Qui sait que Renoir aurait dû tourner L'étranger de Camus, sur la suggestion de Gérard Philippe, 28 ans à l'époque, qui convoitait le rôle de Meursault, mais que l'entreprise échoua devant la somme apparemment faramineuse que réclamait Gallimard, l'éditeur du roman.

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