Posts Tagged ‘ Art contemporain ’

J’accuse Bill Viola

J’accuse Bill Viola

J'accuse Bill Viola de restaurer le culte des images, et de faire concurrence, dans les galeries du Grand Palais, à Notre Dame de Paris. La foule de visiteurs de la remarquable rétrospective qui lui est consacrée ne ressemble pas à celle des expositions d'art contemporain. D'ordinaire partagée entre l'amusement, l'étonnement, le consentement, elle est ici dans le recueillement. Pas un bruit, à peine quelques chuchotis face aux images. On ne visite pas. On célèbre. Enclenché au XVIIIème siècle, le transfert sur l'œuvre d'art des affects autrefois réservés au sacré paraît ici bien achevé. Malgré toutes les tentatives de désacralisation, l'art a tourné en religion. Religion cool : on n'est pas agenouillé. Mais sur le cul - qui est une manière d’être stupéfait -, genoux pliés et bras tendus en trapèze à l’arrière. Office new age. Les icônes de Viola promettent ainsi, dans cet entre-sort forain, plongé dans un jour de sacristie, une initiation aux mystères de la vie et de la mort. Entrez, entrez, et vous verrez. Des corps qui chutent...

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Du vieil or au scintillant : la banque et le monde de l’art

En 2007, en cette période de marchés financiers partout en surchauffe, l’artiste Damien Hirst coulait un vrai crâne humain dans le platine, et sertissait ce moulage de 8.601 diamants provenant, on l’espère, de zones « propres », loin de tout conflit armé. Il baptisait ce dispositif For the Love of God.  Les images de cet objet macabre ont circulé à la vitesse de la lumière, et il en vint un vif débat pour savoir si l’avènement de cette œuvre s’inscrivait dans le champ de l’esthétique ou dans celui du marché, si primait la dimension artistique, ou seulement ce fait conforme aux intentions annoncées : fabriquer « l’œuvre d’art la plus chère jamais créée par un artiste vivant »,  au point qu’elle fut vendue pour 100 millions de  dollars. Art et titrisation Deux ans plus tard, les marchés financiers implosaient de toutes parts, et on apprenait que l’œuvre avait en fait été vendue à une holding composée du galeriste de Damien Hirst, de son directeur financier, de son ami le milliardaire russe et collectionneur d’art Viktor Pintchouk, et de Hirst lui-même. Après quoi, certains acteurs...

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