Posts Tagged ‘ Algérie ’

Kamel Daoud : Algérie, le drapeau contre le chapeau

Il y a quelque chose de triste, risible et malsain dans l’affaire de Geneviève de Fontenay, l’une des marraines de l’univers des miss, venue en Algérie. Son lapsus sur l’Algérie française a indigné. On peut dire : à juste titre, vu l’histoire du pays et sa colère qui dure depuis mille ans. Un ministre a quitté la salle, des officiels ont fui avec les chaussures dans les mains et des Algériens se sont déchainés sur cette vieille dame perdue hors de l’univers de ses dentelles et de son chapeau éternel. Sauf qu’il y avait quelque chose de lourd, de douteux et de trop insistant dans l’indignation. On ne comprend pas d’abord l’importance donnée à ce bafouillage d’une vieille dame hors de son territoire de courbes et de tissus. Ensuite, on décèle une sorte d’excès qui tend à prouver qu’il y a volonté de faire dans le zèle pour masquer quelques honteuses évidences. Et, en dernier, on retrouve dans cet épisode la fameuse schizophrénie nationale, bâtie sur le déni : certains ont vite fait de rappeler, à juste titre, que...

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« Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud

« Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud

Septembre 2016  -  Contreligne est heureuse d’annoncer que Mme Alice Kaplan vient de publier chez Gallimard son ouvrage paru quasi simultanément aux Etats-Unis au sujet de L’Etranger de Camus,  En quête de « L’Etranger» (trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Hersant, Hors série Connaissance, Gallimard), ouvrage que les critiques du Monde et du New York Times ont jugé remarquable.     Ndlr ____________________________ Cinquante ans après l’indépendance, voilà qu’un écrivain algérien s’empare de la langue française pour affronter l’autorité du régime actuel et pour faire face à sa langue de bois.  Le français n’est plus, comme au temps de Kateb Yacine, « un butin de guerre», car le pouvoir en Algérie ne parle plus cette langue. Il est devenu ce que Kamel Daoud appelle, dans Meursault, contre-enquête,  roman qui fera date dans la littérature algérienne, « un bien vacant » :  une maison de fantômes, pourtant solidement construite, où l’on peut rêver d’une autre vie1. Né en 1970, Daoud a été scolarisé en langue arabe dans un pays qui classe le français parmi les langues étrangères.  Dans son école, m’explique t-il, c’était « une petite matière.»  Aujourd’hui, à l’école Mohamed Benzineb, autrefois  l’école communale où Camus a appris ses lettres, le français...

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Algérie : « Ce pénible sentiment de honte » ou les effets moraux du pétro-populisme

Le texte que nous donne l'écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud au sujet du peuple algérien est violent, amer. Il suit les débordements qui ont accompagné, il y a quelques semaines, un simple match de football, à Genève, entre l'Algérie et la Roumanie. D'abord publié dans Le Quotidien d'Oran, Kamel Daoud l'a ensuite diffusé sur sa page Facebook, le 7 juin dernier. Il a été très lu. Ce court texte va au delà du billet d'humeur. Il ne faut pas le comparer aux diatribes de Thomas Bernhard contre ses compatriotes autrichiens et l'Autriche en général. Ce serait plutôt un texte tocquevillien qui met en relation une forme politique (le pétro-populisme du FLN finissant) et l'état d'esprit, les comportements d'une population à un moment donné, un type politique et un type social, comme en passant. Ndlr

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