Posts Tagged ‘ Albert Camus ’

Paris dans les Carnets d’Albert Camus

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Le mythe est tenace : l’écrivain inconnu, au seuil de la renommée internationale, ignore encore que les feuillets éparpillés sur sa table de travail vont se muer en un petit miracle —un premier roman publié, un passeport pour la gloire. Cet homme, c’est Albert Camus, qui entre mars et mai de 1940 achève le premier brouillon d’un roman qui s’intitule déjà L’Étranger. À quelques semaines de la débâcle, un calme étrange règne sur la capitale inquiète. Si Paris a beaucoup changé depuis 1940, il est encore possible de retrouver certains lieux fréquentés par l’écrivain et signalés par quelques spécialistes, de mettre ses pas dans ceux de Camus et de s’approcher au plus près d’un grand moment de création artistique. C’est dans la solitude d’une chambre d’hôtel, à Montmartre, que Camus termine le premier brouillon de son roman. L’ancien hôtel du Poirier borde la rue Ravignan, dans les hauteurs de la butte — l’air y est plus respirable, ce qui convient sans doute au jeune écrivain affecté par une tuberculose chronique. Aujourd’hui, l’endroit n’a rien perdu de son charme si pittoresque :...

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1914, suite et fin : Albert Camus, «Le premier homme»

Le voyageur demanda le carré des morts de la guerre de 1914. « Oui, dit l’autre. Ca s’appelle le carré du Souvenir français. Quel nom cherchez-vous ? – Henri Cormery », répondit le voyageur. (…) Le gardien ouvrit un grand livre couvert de papier d’emballage et suivit de son doigt terreux une liste de noms. Son doigt s’arrêta « Cormery Henri, dit-il, blessé mortellement à la bataille de la Marne, mort à Saint Brieuc le 11 octobre 1914. – C’est ça », dit le voyageur. Le gardien referma le livre. « Venez », dit-il. Et il le précéda vers les premières rangées de tombes, les unes modestes, les autres prétentieuses et laides, toutes couvertes de ce bric-à-brac de marbre et de perles qui déshonorerait n’importe quel lieu du monde.  « C’est un parent ? demanda le gardien d’un air distrait. – C’est mon père. – C’est dur, dit l’autre. – Mais non. Je n’avais pas un an quand il est mort. Alors, vous comprenez. – Oui, dit le gardien, n’empêche. Il y a eu trop de morts. » (…) «  C’est ici », dit le gardien. Ils étaient arrivés devant...

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David Oehlhoffen, Albert Camus et Loin des hommes

David Oehlhoffen, Albert Camus et Loin des hommes

Loin des hommes, le film de David Oelhoffen qui sort  à Paris ce 15 janvier 2015, est remarquable.  Son point de départ est l’une des plus belles nouvelles d’Albert Camus,  L’Hôte, mais il ne s’agit pas pour autant d’une adaptation. Ce serait plutôt une nouvelle ébauche d’une histoire pour laquelle le romancier avait d’ailleurs imaginé plusieurs dénouements -  soit pour le cinéaste, comme une invitation à transformer la substance du récit pour l’écran.1. Si l’on veut comprendre l’alchimie de Loin des hommes, il faut d’abord rappeler l’histoire qui l’a inspiré.  L’Hôte est certes moins connu que L’Etranger, mais c’est un texte essentiel pour qui veut aborder l’histoire de la décolonisation, et reste l’unique fiction publiée du vivant de Camus qui met en scène le conflit algérien2.  L’Hôte  représente surtout dans toute l’œuvre de l’écrivain une nouvelle parfaitement maîtrisée, tendue et sobre, qui se prête à des interprétations multiples. Une carte de solidarité Pour Camus, tout commence par un souvenir.  En 1934 ou 1935, un syndicaliste musulman jugé  coupable  d’on ne sait plus quelle activité, est traîné au bout d’une corde, de...

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Albert Camus dans Contreligne 2012-2015

Albert Camus dans Contreligne 2012-2015

David Oehlhoffen, Albert Camus et Loin des hommes, Alice Kaplan, janvier-février 2015 « Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud,  Alice Kaplan, novembre-décembre 2014 Camus et le cinéma, Philip Watts, septembre-octobre 2013 Albert Camus, d’Alger à New-York, Alice Kaplan, septembre-octobre 2012 L’Étranger, 1942-2012, avec des dessins de José Munoz, Alice Kaplan, juin-juillet 2012 1914, suite et fin : Albert Camus, «Le premier homme» Dessin tiré de l’ouvrage de José Munoz   Télécharger au format PDF

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Camus et le cinéma

Si on le compare à d’autres écrivains de sa génération, Camus avait relativement peu à dire au sujet du cinéma. Certes, Camus était proche de l’actrice Maria Casarès, et il a effectivement commencé à travailler sur une adaptation cinématographique de La Princesse de Clèves pour Robert Bresson, et il est vrai que Jean Renoir lui a proposé de porter L’Étranger à l’écran, plusieurs années avant la version de 1967 signée par Visconti 1. Mais Camus n’a jamais écrit pour des revues spécialisées dans le cinéma, et n’a jamais théorisé sa relation au septième art. Au mieux, il entretenait des rapports mitigés avec cette forme d’expression, quand il ne lui arrivait pas de s’y montrer franchement hostile. D’après Dudley Andrew, Camus pourrait même avoir convaincu Gallimard de cesser le financement de la prestigieuse Revue du cinéma, l’une des rares revues dans la France d’après-guerre à considérer le cinéma comme une forme d’art sérieuse. « Camus », conclut Dudley Andrew, « ne s’intéressait tout simplement pas au cinéma »  2. Et pourtant, il est constamment question de films dans les écrits...

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Albert Camus, d’Alger à New-York

Le professeur Alice Kaplan est l'un de nos contacts priviligiés avec le monde universitaire américain. Elle vient de prononcer, le 3 juillet dernier au centre diocésain d'Alger, une conférence sur Albert Camus, son anti-colonialisme des années de guerre et ses liens avec les Etats-Unis, liens que nous percevons mal à Paris. Elle s'est exprimée devant un public principalement composé d'intellectuels algériens pour lequels les apories de la violence et le terrorisme ont été autant d'épreuves personnelles, intimes, ces quinze dernières années. Albert Camus fait partie du code génétique de Contreligne ; nous lui avons demandé l'autorisation de publier sa conférence.

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L’Étranger, 1942-2012, avec des dessins de José Muñoz

L’Étranger, 1942-2012, avec des dessins de José Muñoz

Il est toujours risqué d’illustrer un roman célèbre, plus risqué encore que de l’adapter pour le cinéma,  car dans le livre illustré l’image et le texte doivent cohabiter—impossible de faire oublier l’original pour mieux imposer les images. En ce qui concerne L’Étranger de Camus, une chose est claire : c’est le soleil qu’ il faut rendre avant tout ; un soleil de plomb le jour de l’enterrement de la mère de Meursault à Marengo;  le soleil de la plage où Meursault est heureux avec Marie;  et encore, ce soleil qui aveugle Meursault sur la plage où il va tirer, tuant l’Arabe par les “quatre coups brefs … sur la porte du malheur.” On vient de fêter chez Gallimard la parution d’un Étranger de Camus illustré par le grand dessinateur argentin José Muñoz pour la collection Futuropolis.  Tout ceux qui ne connaissaient pas encore ce maître de l’encre pouvaient se demander comment il allait ensoleiller le récit.  Il le fait en noir et blanc.  Ses illustrations rappellent ces anciennes gravures sur bois comme on en faisait entre-deux-guerres, du temps du “Livre moderne...

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