Politique

Musulmans : débats intimes, devoirs civiques ?

Comment ne pas comprendre l'irritation ou la colère des français de confession musulmane quand ils leur est demandé, plus ou moins clairement, de se désolidariser des terroristes de Charlie Hebdo et de Vincennes ? Pourquoi devraient-ils se désolidariser de terroristes en lesquels ils ne se reconnaissent évidemment pas, dont, comme tout le monde, ils condamnent les actes et les pensées ? N'est-ce pas les assigner à résidence, les emprisonner dans une identité collective au mépris de tous les principes libéraux ? N'est-ce pas au fond du racisme que de les sommer de se prononcer publiquement de quelque façon que ce soit ? La situation est certainement difficile à vivre (exemple ici ).C'est évident, incontestable, mais c'est en même temps insuffisant et superficiel que de se contenter de ce principe libéral, l'autonomie de la personne, pour écarter toute responsabilité collective.Le terrorisme est islamique, c'est un fait. Il procède d'un fonds culturel propre au monde musulman, comme le fascisant A. Breivik procédait de la culture propre à l'extrême-droite européenne : thèmes, vocabulaire, détestations, ... Il procède en particulier...

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Le bateau ivre ou les tribulations du Parti socialiste

La dernière semaine du mois d’août aura été riche en évènements politiques. Du limogeage des ministres frondeurs à la standing ovation faite par le Medef à Manuel Valls, on a assisté en mode accéléré à ce qui pourrait apparaître comme un dénouement d’une situation générée par les multiples contradictions de la politique socialiste. Les plus optimistes seront tentés de voir dans ces évènements un énième épisode de la guerre des deux gauches ou des deux roses. C’est l’explication la plus communément admise et dans tous les cas celle que la majorité des commentateurs de la vie politique française nous martèle dans tous les médias depuis des mois. Les plus réalistes y verront exactement le contraire : ces luttes pseudo-idéologiques masquent, en fait, l’absence de réflexion idéologique et donc économique de la part du Parti socialiste. Passer en un peu plus de deux ans de la dénonciation de la finance à l’exaltation des entrepreneurs, d’un anti-capitalisme de pacotille à un pro-capitalisme inutile révèle, qu’à la vérité, le Parti socialiste n’a pas beaucoup réfléchi aux questions économiques ni même aux questions politiques d’ailleurs....

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Algérie : « Ce pénible sentiment de honte » ou les effets moraux du pétro-populisme

Le texte que nous donne l'écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud au sujet du peuple algérien est violent, amer. Il suit les débordements qui ont accompagné, il y a quelques semaines, un simple match de football, à Genève, entre l'Algérie et la Roumanie. D'abord publié dans Le Quotidien d'Oran, Kamel Daoud l'a ensuite diffusé sur sa page Facebook, le 7 juin dernier. Il a été très lu. Ce court texte va au delà du billet d'humeur. Il ne faut pas le comparer aux diatribes de Thomas Bernhard contre ses compatriotes autrichiens et l'Autriche en général. Ce serait plutôt un texte tocquevillien qui met en relation une forme politique (le pétro-populisme du FLN finissant) et l'état d'esprit, les comportements d'une population à un moment donné, un type politique et un type social, comme en passant. Ndlr

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L’Iran, l’Occident et les droits de l’homme : du souci à l’oubli

L’Iran, l’Occident et les droits de l’homme : du souci à l’oubli

Reyhaneh Jabbari, une iranienne de 26 ans, est en prison depuis sept ans. Condamnée à mort, elle attend l’exécution de la peine capitale. Quel était son crime ? Avoir tué un homme qui a essayé de la violer. En octobre 2013, un mineur accusé de meurtre a été exécuté dans le sud du pays dans la ville de Kazeroon. On estime que plus de cents mineurs délinquants seraient actuellement dans l'antichambre de la mort en Iran.

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L’Europe et les Printemps arabes, dialogue de sourds

Le fait est marquant : malgré les importants et nombreux investissements, malgré tous les projets financés par l’Union européenne, les populations arabes semblent totalement ignorer ces efforts et ne les perçoivent tout simplement pas. Trois années se sont écoulées depuis les événements qui ont fait les Printemps arabes et cette méconnaissance est frappante. L’Europe, parmi d’autres, sut répondre rapidement…

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Parti socialiste français et Parti démocrate américain

Question sensible en vérité que celle de la comparaison entre Parti socialiste français et Parti démocrate américain. Aucune comparaison n’est véritablement neutre, mais celle-ci, et au-delà des histoires très différenciées des deux partis, est révélatrice d’un certain nombre d’impensés du socialisme français, on serait tenté de dire de tabous. La difficulté est encore aggravée par le fait que lorsque l’on s’intéresse à l’évolution du Parti socialiste français, il faut toujours distinguer ce qu’il dit et ce qu’il fait. Cette difficulté n’est pas propre au Parti socialiste français mais on doit constater que sur le plan des idées, le PS français a toujours voulu se différencier des expériences des partis frères, qu’elles soient hier de facture social-démocrate ou aujourd’hui social-libérale. Fondamentalement, ce qui continue aujourd’hui de différencier les deux partis c’est bien le rapport au libéralisme. Les démocrates se réfèrent à une tradition libérale qui n’a cessé d’évoluer, d’où le fait que le terme « libéral » n’a pas les mêmes significations politiques en France et aux Etats-Unis. Pour les socialistes français, le libéralisme n’est acceptable que dans ses volets politique et...

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PS : les limites de la justice intuitive

Comme souvent, ce que décide le pouvoir socialiste paraît conforme à la justice intuitive, mais rapidement, se révèle un non sens dont il aurait pu se douter avec un peu de réflexion. Ainsi cette idée que le capital et le travail doivent être taxés de la même façon, qui a pour elle l’intuition “à revenu égal, fiscalité égale”, et qui procède selon le bon mot de Karine Berger, “économiste” du PS, de l’”égale dignité du travail et du capital”.  Les mesures inspirées par ce sens intuitif de la justice se sont révélées un non sens économique, et le gouvernement les a retouchées à coup d’exemptions compliquées, après l’épisode des “Pigeons”, conscient désormais que les revenus du capital et ceux du travail ne procèdent pas des mêmes logiques. Modes de formation, stabilité, emplois qu’on en fait, aléas, géographie et sociologie, … tout sépare souvent les revenus du travail et ceux du capital, et ce n’est pas sans raison que des régimes fiscaux différents leur sont traditionnellement appliqués.  On peut le regretter, compte tenu que ces revenus et ces régimes dessinent ou...

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Printemps arabe : théorie du complot ou élan populaire ?

Les révoltes n’ont pas frappé à la porte avant d’entrer, elles se sont glissées furtivement dans le monde arabe, renversant certains régimes tout en secouant les autres. Les analyses ont commencé à pleuvoir dans la tentative d’examiner cet état des choses : certains penchent, dans ce contexte, pour la théorie d’un nouveau complot étranger, visant à diviser ce qui restait de la région. D’autres suggèrent que ces révoltes sont une révolution longuement attendue, empreintes de fierté et de dignité, et déclenchée par des forces populaires internes.  En prélude, il faut le point de vue le plus répandu, non seulement répandu parmi les universitaires et les politiciens, mais aussi parmi les peuples arabes qui ont commencé à remettre en question, douter et perdre confiance dans la vague des révoltes arabes. Doit s’imposer, au delà des simplification de tous ordres, une approche nuancée qui ouvre sur un troisième point de vue, pour lequel les événements en cause sont à analyser comme un  simple matériel scientifique de théorie des relations internationales, dans une région décrite depuis longtemps comme léthargique et peu encline à se...

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Grenades dégoupillées

En octobre 2012, dans un quartier dit ”sensible” de Grenoble et pour un motif apparemment futile – certains parlent d’un simple regard –, Kevin, étudiant, et Sofiane, éducateur, tous deux âgés de 21 ans,  furent lynchés par une quinzaine de jeunes munis de manches de pioche, de marteaux et de couteaux. François Hollande s’était immédiatement rendu sur place, et la police avait vite  arrêté une dizaine de jeunes adultes âgés de 18 à 21 ans . «Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?» se demandait naguère Graeme Allwright, à propos du décès dramatique et navrant de Davey Brown, boxeur afro-américain, sur un ring. Qui donc avait porté le «premier coup mortel» au pugiliste ? Et le poète néo-zélandais anticonformiste de passer en revue la chaîne des parties prenantes à un combat de boxe qui se défilent honteusement, la queue entre les jambes. La même interrogation exigeante et l’extension analytique qu’elle contient vaut pour Kevin et Sofiane, les deux jeunes trucidés à Grenoble. Faire ainsi écho de loin au débonnaire Graeme Allwright revient en somme à s’interroger sur les facteurs et les déterminants de cet acte furieusement...

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Churchill ou Renan

C’est un cliché du discours politique depuis les débuts de la crise, dans les années 70. L’honorable Jacques Julliard, l’historien des gauches, vient de l’employer tout récemment encore : les hommes politiques, le gouvernement devraient, dit-on, tenir au peuple un discours churchillien, représenter à tous la gravité de la situation, et promettre, devant l’adversité, de la “sueur et des larmes”. En d’autres termes, il leur faudrait exhorter au courage, à la ténacité, et ne pas chercher à plaire. Devant le danger hitlérien, en mai 1940, Churchill avait toutes les raisons de parler ainsi. Dans le contexte français, ceci est artificiel et même assez déplaisant. Comme si le monde politique pouvait se considérer comme une pure voix qui s’adresse à la population, à laquelle il faudrait dire son fait et cesser de mentir, alors qu’il est en France, en lui-même, un élément du problème. Forçons le trait : nous avons en France un problème de nombre et de qualité de la représentation politique, sans parler de sa longévité qui est, semble-t-il, bien au dessus de la moyenne. Trop d’élus, trop...

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