Politique

L’Europe et les Printemps arabes, dialogue de sourds

Le fait est marquant : malgré les importants et nombreux investissements, malgré tous les projets financés par l’Union européenne, les populations arabes semblent totalement ignorer ces efforts et ne les perçoivent tout simplement pas. Trois années se sont écoulées depuis les événements qui ont fait les Printemps arabes et cette méconnaissance est frappante. L’Europe, parmi d’autres, sut répondre rapidement…

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Parti socialiste français et Parti démocrate américain

Question sensible en vérité que celle de la comparaison entre Parti socialiste français et Parti démocrate américain. Aucune comparaison n’est véritablement neutre, mais celle-ci, et au-delà des histoires très différenciées des deux partis, est révélatrice d’un certain nombre d’impensés du socialisme français, on serait tenté de dire de tabous. La difficulté est encore aggravée par le fait que lorsque l’on s’intéresse à l’évolution du Parti socialiste français, il faut toujours distinguer ce qu’il dit et ce qu’il fait. Cette difficulté n’est pas propre au Parti socialiste français mais on doit constater que sur le plan des idées, le PS français a toujours voulu se différencier des expériences des partis frères, qu’elles soient hier de facture social-démocrate ou aujourd’hui social-libérale. Fondamentalement, ce qui continue aujourd’hui de différencier les deux partis c’est bien le rapport au libéralisme. Les démocrates se réfèrent à une tradition libérale qui n’a cessé d’évoluer, d’où le fait que le terme « libéral » n’a pas les mêmes significations politiques en France et aux Etats-Unis. Pour les socialistes français, le libéralisme n’est acceptable que dans ses volets politique et...

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PS : les limites de la justice intuitive

Comme souvent, ce que décide le pouvoir socialiste paraît conforme à la justice intuitive, mais rapidement, se révèle un non sens dont il aurait pu se douter avec un peu de réflexion. Ainsi cette idée que le capital et le travail doivent être taxés de la même façon, qui a pour elle l’intuition “à revenu égal, fiscalité égale”, et qui procède selon le bon mot de Karine Berger, “économiste” du PS, de l’”égale dignité du travail et du capital”.  Les mesures inspirées par ce sens intuitif de la justice se sont révélées un non sens économique, et le gouvernement les a retouchées à coup d’exemptions compliquées, après l’épisode des “Pigeons”, conscient désormais que les revenus du capital et ceux du travail ne procèdent pas des mêmes logiques. Modes de formation, stabilité, emplois qu’on en fait, aléas, géographie et sociologie, … tout sépare souvent les revenus du travail et ceux du capital, et ce n’est pas sans raison que des régimes fiscaux différents leur sont traditionnellement appliqués.  On peut le regretter, compte tenu que ces revenus et ces régimes dessinent ou...

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Printemps arabe : théorie du complot ou élan populaire ?

Les révoltes n’ont pas frappé à la porte avant d’entrer, elles se sont glissées furtivement dans le monde arabe, renversant certains régimes tout en secouant les autres. Les analyses ont commencé à pleuvoir dans la tentative d’examiner cet état des choses : certains penchent, dans ce contexte, pour la théorie d’un nouveau complot étranger, visant à diviser ce qui restait de la région. D’autres suggèrent que ces révoltes sont une révolution longuement attendue, empreintes de fierté et de dignité, et déclenchée par des forces populaires internes.  En prélude, il faut le point de vue le plus répandu, non seulement répandu parmi les universitaires et les politiciens, mais aussi parmi les peuples arabes qui ont commencé à remettre en question, douter et perdre confiance dans la vague des révoltes arabes. Doit s’imposer, au delà des simplification de tous ordres, une approche nuancée qui ouvre sur un troisième point de vue, pour lequel les événements en cause sont à analyser comme un  simple matériel scientifique de théorie des relations internationales, dans une région décrite depuis longtemps comme léthargique et peu encline à se...

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Grenades dégoupillées

En octobre 2012, dans un quartier dit ”sensible” de Grenoble et pour un motif apparemment futile – certains parlent d’un simple regard –, Kevin, étudiant, et Sofiane, éducateur, tous deux âgés de 21 ans,  furent lynchés par une quinzaine de jeunes munis de manches de pioche, de marteaux et de couteaux. François Hollande s’était immédiatement rendu sur place, et la police avait vite  arrêté une dizaine de jeunes adultes âgés de 18 à 21 ans . «Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?» se demandait naguère Graeme Allwright, à propos du décès dramatique et navrant de Davey Brown, boxeur afro-américain, sur un ring. Qui donc avait porté le «premier coup mortel» au pugiliste ? Et le poète néo-zélandais anticonformiste de passer en revue la chaîne des parties prenantes à un combat de boxe qui se défilent honteusement, la queue entre les jambes. La même interrogation exigeante et l’extension analytique qu’elle contient vaut pour Kevin et Sofiane, les deux jeunes trucidés à Grenoble. Faire ainsi écho de loin au débonnaire Graeme Allwright revient en somme à s’interroger sur les facteurs et les déterminants de cet acte furieusement...

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Churchill ou Renan

C’est un cliché du discours politique depuis les débuts de la crise, dans les années 70. L’honorable Jacques Julliard, l’historien des gauches, vient de l’employer tout récemment encore : les hommes politiques, le gouvernement devraient, dit-on, tenir au peuple un discours churchillien, représenter à tous la gravité de la situation, et promettre, devant l’adversité, de la “sueur et des larmes”. En d’autres termes, il leur faudrait exhorter au courage, à la ténacité, et ne pas chercher à plaire. Devant le danger hitlérien, en mai 1940, Churchill avait toutes les raisons de parler ainsi. Dans le contexte français, ceci est artificiel et même assez déplaisant. Comme si le monde politique pouvait se considérer comme une pure voix qui s’adresse à la population, à laquelle il faudrait dire son fait et cesser de mentir, alors qu’il est en France, en lui-même, un élément du problème. Forçons le trait : nous avons en France un problème de nombre et de qualité de la représentation politique, sans parler de sa longévité qui est, semble-t-il, bien au dessus de la moyenne. Trop d’élus, trop...

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Homosexualité au Cameroun : tristes tropiques

Quatre-vingt-huit pays dont près de quarante pays africains répriment les relations sexuelles entre personnes de même sexe. « Perversion morale », « maladie importée de l’occident», « déviance sexuelle»,  « crimes contre l’humanité », en Afrique et notamment au Cameroun, les qualificatifs méprisants ne manquent pas pour désigner l’homosexualité. Il serait trop facile de leur jeter la pierre lorsqu’on sait que l’homosexualité a été considéré comme une pathologie psychiatrique jusqu’en 1973 aux USA et jusqu’en 1992 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la Classification Internationale des Maladies (CIM). Si l’homosexualité est dépénalisée en 1982 grâce à Robert Badinter qui a essuyé trois refus au Sénat, elle est restée une maladie mentale au même titre que la schizophrénie  jusqu’en 1992. Par ailleurs, certaines lois anti-sodomie ont été « importées » en Afrique par les anciens colons, en particulier les Britanniques. Enfin, la religion catholique condamne les relations homosexuelles qu’elle considère comme un péché et contre le fondement du mariage et de la famille. Ceci explique en partie la pénalisation de l’homosexualité dans environ quarante pays d’Afrique. En revanche, le Cap-Vert, la...

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Tunisie : une société civile en formation de combat

La richesse historique de la Tunisie, sa tradition de tolérance religieuse et sa place distinguée et avant-gardiste dans le monde arabe en matière de réformes et de diversité ainsi que sa jeunesse éduquée ont fait que ce n’est pas par hasard que la première révolution populaire contre la dictature dans le monde arabe ait vu le jour dans ce pays.  C’est donc cette Tunisie indépendante, progressiste, ouverte sur l’extérieur mais soumise à un régime autoritaire qui a secoué le monde le 14 janvier 2011 par une révolution populaire qui a bouleversé les équilibres régionaux et fait des émules non seulement dans le monde arabe, mais également en Chine, en Europe, aux Etats Unis et en Afrique. Une révolution de l’ère internet La révolution tunisienne se caractérise par le fait qu’il s’agit de la première “e-révolution” de l’histoire, une révolution assistée par écrans. Les nouvelles technologies ont permis aux jeunes révolutionnaires d’affronter la dictature sur  l’ensemble du territoire national, en échangeant en temps réel des informations clé sur le positionnement des forces de l’ordre et en s’échangeant en temps réel...

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Service Public et nouvelle politique de gauche

Il suffit de prendre le métro à Paris pour constater rapidement que le niveau de service (personnel au contact de la clientèle, niveau de propreté des stations, etc.) est largement perfectible. Il suffit de prendre l’avion à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle pour noter que les horaires de la Police aux Frontières ne sont pas nécessairement calés avec ceux des arrivées des gros porteurs, générant d’importants et inutiles  temps d’attente pour les passagers, que la signalétique y est confuse, que les toilettes ne sont pas toujours d’une propreté exemplaire. Il suffit de se rendre dans un commissariat de police, dans un hôpital, dans une préfecture pour noter que la notion de service n’est pas première : l’on y vient pour déposer une plainte, se faire soigner, être traité administrativement, mais pas pour recevoir un service.  Joli paradoxe pour le Service Public qui semble avoir oublié le sens même de son nom ! De trop rares améliorations Des améliorations sont observables. Le bureau de Poste ne ressemble définitivement plus à la caricature que les humoristes aiment bien en faire. L’Administration des...

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La Turquie et le Printemps arabe

Tunisie, Egypte, Libye, Bahreïn, Yemen… la liste des pays touchés à différents niveaux par le « Printemps arabe » est longue. Bien que recoupant des réalités très différentes, ce Printemps qui fait référence à celui « des peuples » de 1848, s’est traduit par des mouvements sans précédent par leur ampleur et leurs conséquences dans une partie des pays arabes. Une volonté commune de liberté, de développement économique et de lutte contre la corruption s’est exprimée dans les sociétés civiles. Ces dernières ont dû s’interroger et s’interrogent encore sur un modèle vers lequel tendre, s’intéressant notamment au « modèle turc ». Pourtant, jusqu’à récemment, la référence au modèle turc par des sociétés conservatrices où le fait religieux est prononcé était inenvisageable. Depuis la fondation de la République turque en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, la prise de distance avec le « monde oriental » était marquée. Mustafa Kemal souhaitait inscrire son pays dans l’Occident, en mettant sous contrôle le fait religieux comme cela était le cas, dans une certaine mesure, dans l’empire Ottoman. Atatürk, qui considérait que « l’homme politique qui a besoin du secours de la religion pour...

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