Politique

Actualité française : le retour de Badinguet

Actualité française : le retour de Badinguet

L’annonce d’une candidature du général de Villiers aux présidentielles serait un épisode inattendu dans la lutte des élites sociales pour conquérir les suffrages, et serait un épisode inédit dans les années récentes.  Laissons de côté Napoléon-le-Grand et Napoléon-le-Petit, Pétain et De Gaulle, sinon pour noter que les parallèles avec Louis-Napoléon Bonaparte, le Badinguet de Victor Hugo, seront plus éclairants que ceux qui, à coup sûr, seront faits par les partisans dudit général avec De Gaulle et par ses opposants, avec Pétain. Posons d’abord l’hypothèse : aux présidentielles et sans qu’il y ait de processus conscient, formel, chaque groupe social propose au pays l’un de ses représentants, non seulement pour porter ses valeurs collectives propres, mais surtout pour proposer, de bonne foi et avec toutes les illusions que permet la bonne foi, qu’elles deviennent celles du pays tout entier ; c’est bien sûr pour le plus grand bénéfice de tous (qui en douterait ?), et d’eux-mêmes à l’occasion. Que ce soit vrai ou non est un autre débat. Le candidat n’est pas un mandataire des groupes qui le soutiennent, mais plutôt...

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Le Labour de Jeremy Corbyn pouvait-il gagner les élections de 2019 ?

Le Labour de Jeremy Corbyn pouvait-il gagner les élections de 2019 ?

La récente et lourde défaite du parti travailliste aux élections de décembre 2019 était-elle prévisible ? Tient-elle à la personnalité de son dirigeant, à son étrange léthargie lorsqu’il s’agissait de répondre aux accusations d’antisémitisme qui visaient régulièrement son parti ou à l’incapacité du parti travailliste à formuler une stratégie claire ? Aucun événement n’étant redevable d’une cause unique, tout cela a forcément joué. Pour autant, on aurait tort de vouloir trop se focaliser sur la personnalité de Jeremy Corbyn car de notre point de vue le parti travailliste a d’abord et avant tout été victime de ses propres contradictions. Le Brexit, dans cette perspective, a été un formidable révélateur de celles-ci mais, là aussi, on aurait tort de penser qu’il en est à l’origine. Les atermoiements de Corbyn sur la question européenne ne faisant que refléter des positions changeantes, jamais réellement explicitées et des contradictions sociologiques tenant à la composition même de l’électorat travailliste. Comme on le verra, il était difficile de  concilier le vote des jeunes urbains plutôt diplômés et pro-européens qui votent massivement travailliste et celui des bastions ouvriers...

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Réformer la Vème République – Que garder des débats récents ?

Réformer la Vème République – Que garder des débats récents ?

Avec les élections qui se terminent, la VIème République, cette revendication des Frondeurs et de la gauche radicale, est renvoyée à la critique rongeuse des souris. On ne parlait déjà plus guère de démocratie participative, ces derniers temps. Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon, Nuit Debout…On a connu plus convaincants comme réformateurs de la démocratie. Peut-être faut-il cependant sauver quelque chose de ces débats, au-delà de la véhémence un peu creuse de ceux qui les animaient. La gauche et les institutions Le fait est connu : Si la droite les défend, la gauche au fond d’elle-même n’aime pas les institutions de la Vème République, accusées de laisser trop de liberté au pouvoir personnel et de permettre le coup d’Etat permanent, selon le vieux mot de François Mitterrand 1; elle lui préfère le parlementarisme, avec un parlement de plein exercice, et non celui que les gaullistes ont encadré par les ordonnances et le vote bloqué. C’est ce qui explique l’opposition de Pierre-Mendes France à De Gaulle en 1958 et surtout en 1962, quand l’élection du président au suffrage universel est adoptée...

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Nice, une caméra pour 343 habitants

Nice, une caméra pour 343 habitants

Nice, c’est une caméra pour 343 habitants – pour une pour 1500 à Paris. Nice est la quatrième ville de France en nombre d’habitants et régulièrement la première de France en policiers municipaux. Nous parlons ici d’une ville jusqu’à peu gérée par Christian Estrosi. Un homme capable de vouloir interdire les SDF au centre-ville pour la tranquillité de ses habitants peut sans aucun doute être accusé de manquer d’humanité, mais certainement pas de laxisme en termes de sécurité. Et malgré ce contexte-là, plus de 80 personnes sont mortes en quelques minutes. Comment en sortir ? L’augmentation de la sécurité ne sera jamais suffisante. Quand Monsieur Guaino propose que les policiers soit équipés de lance-roquettes, il ne cherche pas une solution. Par ce propos, l’ancien commissaire au plan choisit un univers particulier, un « jeu » au sens scientifique du terme, celui de la rhétorique politique. Un jeu avec ses propres règles, règles très éloignées de la politique au sens noble du terme, celle qui vise à améliorer la « vie de la cité ». Daesh a repris les recettes...

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Brexit (bis)

Brexit (bis)

Le vote britannique, en fait anglo-gallois, pour la sortie de l’Union européenne, le 23 juin dernier, vient de loin. Nous avions attiré, en février, l’attention sur les trois colères dont il risquait de procéder : le souci tory de la souveraineté parlementaire et judiciaire, le ressentiment des classes populaires contre l’ouverture des frontières et, aspect rarement noté en France mais bien présent, le rejet d’une Europe sous influence allemande. La deuxième colère est celle qui apparemment a le plus mobilisé. La campagne a donné aux thèmes de l’immigration et du contrôle des frontières un rôle-clef. C’est par ce biais que la thèse du Brexit a convaincu une majorité des électeurs. Les deux autres colères ont joué un rôle certain mais moindre : l’esprit tory concerne la fraction historique de la classe dirigeante ; le rejet de la German dominance est un sentiment général mais diffus qui, à lui seul, n’aurait pas justifié un vote pour la sortie de l’Union européenne. Le rejet des étrangers en revanche, européens ou non, la xénophobie ont mobilisé de vraies masses, à la sociologie très...

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“Nuit debout”, la gauche radicale et le peuple

“Nuit debout”, la gauche radicale et le peuple

  Un nouvel enthousiasme a saisi la gauche radicale, ces derniers temps. Ce qui forme la gauche radicale actuelle, plus diversifiée que l’extrême-gauche des années 60-70 avec ses déclinaisons plus ou moins sérieuses de marxisme-léninisme, se rassemble sur des places à l’imitation de Podemos ou d’Occupy Wall Street. On débat du “renouveau citoyen”, de la démocratie “directe” et “participative”. On s’enthousiasme pour des pensées critiques, radicalement critiques. Des ouvrages mi-scientifiques (enfin, si l’on veut), mi-militants font la théorie de l’agitation, à la suite de Badiou, Rancière, Agamben… Plus teigneux, Lordon a remplacé Jorion dans le rôle de l’économiste théosophe. On parle des Zapatistes et de la Commune de Paris, ce qui est dépaysant dans l’Europe dominée par l’ordo-libéralisme allemand. On parle beaucoup de Bourdieu et de la lutte contre toutes les dominations. Sortis de leurs forêts, les zadistes donnent au mouvement une fantaisie, un coté roots qui manquaient, comme les maos-spontex1 enrichissaient la palette soixante-huitarde. Si l’on gratte… Si l’on gratte, il apparaît que l’éloge du débat, de la spontanéité, de la manifestation comme acte performatif, selon la belle...

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Les trois colères du Brexit

Les trois colères du Brexit

La plupart des commentateurs jugent incompréhensible, irrationnelle l’hostilité à l’Union européenne d’une partie significative, et peut-être est-elle majoritaire, de l’opinion publique britannique. Nombreux sont les articles qui chiffrent avec une précision un peu louche les pertes de PNB qui suivraient une rupture avec le cadre juridique de l’Union européenne. Le fait que le Brexit soit aujourd’hui possible vient pourtant de loin, et il faut le relier aux trois colères dont David Cameron, à son corps défendant, s’est fait le porte-parole et qui aujourd’hui conduisent au référendum du 23 juin. Saint-Georges terrassant le dragon, Paolo Uccello (1439-1440) C’est d’abord la colère de la partie historique de l’establishment conservateur, tory, hostile à une construction européenne qui dépossède le Parlement de sa souveraineté, qui donne un pouvoir perçu comme sans contrôle à la bureaucratie bruxelloise et qui impose des mesures dont seule la Grande-Bretagne devrait être juge, qu’il s’agisse du droit de vote des prisonniers ou d’un droit social moins individualiste. Ce serait apparemment le point de vue de la reine. C’est aussi la colère d’une partie des classes populaires mécontente de sa relégation sociale au profit d’immigrés venant d’Europe de l’est en masse depuis dix ans, plus qualifiés, plus travailleurs et qui occupent nombre...

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Mademoiselle Khrouchtchev

Mademoiselle Khrouchtchev

L’arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev, aujourd’hui professeur à la New School de New-York, a choisi, à l’âge de 16 ans, dix ans après sa mort, de porter son nom par fidélité à sa mémoire. C’est à ce titre aussi qu’elle a écrit ce livre. L’auteur du « rapport secret » lu au XXème Congrès du PCUS de 1956 restera dans l’histoire du XXème siècle comme l’artisan de la déstalinisation. En dénonçant le Goulag, en libérant ou en réhabilitant à titre posthume des millions de victimes de la terreur stalinienne, il fut l’initiateur du « dégel » qui inspira tant d’espoir, notamment lorsque le corps de Staline fut retiré du mausolée de la Place rouge en 1961. Comme le note l’auteur, Gorbatchev peut à juste titre être considéré comme l’héritier spirituel de Khrouchtchev. La perestroïka qu’il initia dès 1986 ouvrit, elle aussi, une nouvelle page de l’histoire soviétique et redonna confiance à tous les Russes qui aspiraient à une libéralisation du régime. Le « Khrouchtchev disparu » du titre de l’ouvrage,  The Lost Khrouchtchev, n’est autre que le grand-père maternel de l’auteur. Fils aîné de Nikita Khrouchtchev...

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Musulmans : débats intimes, devoirs civiques ?

Comment ne pas comprendre l'irritation ou la colère des français de confession musulmane quand ils leur est demandé, plus ou moins clairement, de se désolidariser des terroristes de Charlie Hebdo et de Vincennes ? Pourquoi devraient-ils se désolidariser de terroristes en lesquels ils ne se reconnaissent évidemment pas, dont, comme tout le monde, ils condamnent les actes et les pensées ? N'est-ce pas les assigner à résidence, les emprisonner dans une identité collective au mépris de tous les principes libéraux ? N'est-ce pas au fond du racisme que de les sommer de se prononcer publiquement de quelque façon que ce soit ? La situation est certainement difficile à vivre (exemple ici ).C'est évident, incontestable, mais c'est en même temps insuffisant et superficiel que de se contenter de ce principe libéral, l'autonomie de la personne, pour écarter toute responsabilité collective.Le terrorisme est islamique, c'est un fait. Il procède d'un fonds culturel propre au monde musulman, comme le fascisant A. Breivik procédait de la culture propre à l'extrême-droite européenne : thèmes, vocabulaire, détestations, ... Il procède en particulier...

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Le bateau ivre ou les tribulations du Parti socialiste

La dernière semaine du mois d’août aura été riche en évènements politiques. Du limogeage des ministres frondeurs à la standing ovation faite par le Medef à Manuel Valls, on a assisté en mode accéléré à ce qui pourrait apparaître comme un dénouement d’une situation générée par les multiples contradictions de la politique socialiste. Les plus optimistes seront tentés de voir dans ces évènements un énième épisode de la guerre des deux gauches ou des deux roses. C’est l’explication la plus communément admise et dans tous les cas celle que la majorité des commentateurs de la vie politique française nous martèle dans tous les médias depuis des mois. Les plus réalistes y verront exactement le contraire : ces luttes pseudo-idéologiques masquent, en fait, l’absence de réflexion idéologique et donc économique de la part du Parti socialiste. Passer en un peu plus de deux ans de la dénonciation de la finance à l’exaltation des entrepreneurs, d’un anti-capitalisme de pacotille à un pro-capitalisme inutile révèle, qu’à la vérité, le Parti socialiste n’a pas beaucoup réfléchi aux questions économiques ni même aux questions politiques d’ailleurs....

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