libre opinion

Valls : heureuses différences

Valls : heureuses différences

La nomination de Valls au poste de Premier ministre est l’une des rares décisions heureuses et courageuses que l’on puisse mettre au crédit du Président Hollande depuis son élection de mai 2012. Ce n’est pas que Valls soit un homme providentiel, à même de sortir seul le pays de la crise économique qui le touche depuis 2007 et de la dépression collective qui le frappe depuis plus longtemps encore.  C’est seulement qu’il incarne une gauche qui dépasse et probablement écarte les différentes traditions qui ont fait un siècle et demi de socialisme français, avec ses poncifs, ses références obligées et, on le voit depuis deux ans, son peu d’aptitude à la réforme1. Clemenceau, Rocard et la nation Pour donner un lest historique à sa différence, Valls invoque depuis longtemps Clemenceau, qui n’a jamais eu bonne presse dans la mouvance socialiste : Clemenceau a durement réprimé le mouvement ouvrier, et il a incarné le patriotisme intransigeant de la Grande Guerre.  Il incarne l’autorité, valeur qui n’est pas la plus typique de la gauche française. Cette différence vient aussi du rocardisme...

Lire la suite »

Régulation financière : les palinodies du PS

Nos lecteurs qui s’intéressent aux questions de régulation financière liront avec profit  Mon amie c’est la Finance, l’ouvrage bien documenté que donnent trois journalistes du Monde, de l’Expansion et de la Tribune, aux éditions Bayard, la grande maison d’édition catholique (les catholiques et la Finance, grand sujet de thèse). Ils comprendront mieux pourquoi l’une de nos récentes chroniques qualifiait la loi promulguée le 26 juillet 2013 de pitrerie. Les trois journalistes retracent le débat qui s’ouvre avant les présidentielles de mai 2012, quand les dirigeants des principales banques françaises comprennent que Nicolas Sarkozy ne sera peut-être pas réélu, et que les socialistes risquent d’arriver au pouvoir. Or, François Hollande se fait alors remarquer par des velléités réformatrices dont il fera l’annonce publique lors de son discours du Bourget, le 22 janvier 2012. Ce souci de réforme, certes habillé de verbalisme et d’emphase (les socialistes français ont leur tradition), ne témoigne pas d’un coup de sang anticapitaliste. Aux Etats-Unis (Volcker rule), en Grande-Bretagne (rapport Vickers) ou au niveau des institutions communautaires (rapport Liikanen), il est aussi question de réformer la...

Lire la suite »

Le “genre” à l’école ? Eviter Lyssenko, faire du droit

Il est étonnant que personne n’ait de nouveau prononcé le nom de Troffym Lyssenko, ces dernières semaines, quand la polémique sur l’enseignement du “genre” a commencé – on devrait dire la lutte officielle, plus ou moins coordonnée, plus ou moins conceptualisée contre les stéréotypes. Lutte utile et dont le but ne peut qu’être approuvé, disons-le tout de suite. C’est pourtant un nom qui est souvent associé à la “théorie du genre”. La polémique, on le sait, est venue des milieux traditionnalistes, catholiques mais aussi désormais musulmans. La droite parlementaire a saisi l’occasion de mettre le gouvernement en difficulté. Copé s’est illustré avec des propos bien dans sa manière, tranchante et vulgaire. Il oubliait que la “théorie du genre” avait été discutée une première fois du temps où l’UMP Luc Chatel était ministre de l’Education nationale, ce qui lui avait valu d’ailleurs en 2012 le prix Lyssenko, prix parodique décerné par le très réactionnaire Club de l’Horloge. Confusionnisme Cette polémique a néanmoins eu le mérite de mettre en évidence deux faits qui ne doivent pas être dissimulés. D’abord l’Education nationale agit...

Lire la suite »

Dieudonné, la dérision et le droit de chasse

L’affaire Dieudonné aura permis de comprendre qu’il existe désormais un antisémitisme plébéien, quand traditionnellement, au XXème siècle au moins, l’antisémitisme était, selon une formule de François Furet dans Le Passé d’une illusion, une passion bourgeoise, de Paul Morand à Céline pour prendre cette classe sous un angle littéraire et dans tous ses degrés1.  Les hackers qui ont fait sauter le site de Dieudonné et fait circuler les photos de « quenelles » devant des synagogues, à Berlin, devant la maison d’Anne Franck nous ont rendu service.  Les photos montrent monsieur tout-le-monde, l’étudiant, la coiffeuse, le militaire du rang, le technicien ou le pompier, souvent hilares, jeunes presque toujours. Toute une partie de la population qu’on classerait, en allant vite, parmi les classes populaires et les classes moyennes inférieures, plutôt jeune, paraît se reconnaître dans les provocations haineuses de l’humoriste, soit par un antisémitisme bien conscient de ce qu’il est, soit au nom d’un anticonformisme teinté d’esprit Canal+ : il s’agit de s’en prendre à une minorité si bien intégrée à la société qu’elle est désormais considérée comme un élément typique de l’establishment –...

Lire la suite »

PS : Cherchez l’erreur

Souvent, c’est au début que l’on commet les erreurs qui finissent par vous emporter, de sa propre volonté et sans pression de l’extérieur. Ainsi le pouvoir socialiste après les élections de mai 2012. Le rejet du Centre François Hollande et le Parti socialiste n’ont pas voulu ouvrir, dès les législatives de juin 2012, leur majorité au Centre – Centre sans lequel pourtant, ils ne l’auraient pas emporté face à Nicolas Sarkozy et à l’UMP.  Sur le plan institutionnel, rien ne les y obligeait, mais rien ne le leur interdisait, sinon la culture, la tactique, la sensibilité, et plus qu’on ne le pense, le souci des places à distribuer1.  Aucun signe n’a été adressé au Centre.  François Bayrou à l’assemblée, Corinne Lepage au gouvernement, par exemple, c’était former une alliance électorale mais aussi sociale qui est précisément ce qui manque aujourd’hui au président et au gouvernement. Erreur suicidaire : depuis le début, le pouvoir socialiste sait qu’il ne conduira pas la politique que souhaite encore son aile gauche, et qu’il décevra une partie de sa base électorale. Erreur tactique en...

Lire la suite »

Assange et le courage peu ordinaire

Nous pouvons tous admirer les héros qui malgré la dictature, la violence cynique et parfois la torture ou la mort font entendre la voix de la conscience humaine : Jean Moulin, Victor Jara, ou aujourd’hui les rebelles syriens ou ces moines du Tibet qui s’immolent par le feu. Méritent aussi notre admiration ces personnes seules ou en tout petits groupes  qui, dans nos sociétés “libérales avancées”, selon la vieille expression giscardienne, se séparent de la masse pour défendre le principe de liberté contre les manoeuvres du Pouvoir, et surtout si ce Pouvoir se veut légitime et bienveillant. Chacun avec son style, on le sait, des personnages comme Julian Assange, Edward Snowden ou les Pussy Riot se sont séparés de leurs sociétés respectives au nom de principes qui sont la condition de l’autonomie individuelle : liberté de conscience, protection de la vie privée, secret des correspondances, une presse libre – tout ce par quoi Benjamin Constant définissait la liberté des  Modernes.  Chacun d’eux s’est attribué une mission, sans souci de recevoir mandat d’un groupe ou d’un parti. Le souci de principes supérieurs...

Lire la suite »

L’investissement international et l’ISR après le Bangladesh

Après la catastrophe du Bangladesh et l’effondrement d’une usine de textile qui a couté la vie à plus de 1130 travailleurs, les investisseurs institutionnels, les multinationales et les fonds d’investissement s’interrogent. C’est évidemment le cas des institutions publiques et parapubliques de développement, qui  sont des acteurs majeurs de l’investissement en pays émergents. L’Agence française de développement via Proparco, la Banque Mondiale via la Société Financière Internationale, la Banque européenne de reconstruction et de développement, la Banque africaine de développement, leurs homologues asiatiques et latino américains, toutes ces institutions injectent depuis longtemps des milliards dans les économies émergentes. Toutes insistent, sur leurs sites internet au moins, sur l’aspect durable et respectueux de l’environnement des projets qu’elles soutiennent. Ce sont ces fonds publics et parapublics qui sont les plus soucieux de développement durable, d’investissement socialement responsable et de bonne gouvernance. Les fonds privés, les entreprises industrielles leur ont emboîté le pas. L’ investissement socialement responsable (ISR) est bien entré dans les moeurs, ces quinze dernières années. C’est surtout pour les investisseurs institutionnels que les standards et les ratings se sont multipliés ces dernières années. Le...

Lire la suite »

De la Phynance comme euphorisant

On sait qu’avec son orthographe fantaisiste, le Ubu d’Alfred Jarry ajoutait une emphase à la syllabe initiale du mot “finance”, ce “ph”qui s’écrirait en grec Φ, et qui se trouve aussi être le symbole d’une variable désignant la financial literacy. Dans une étude récente 1 consacrée au comportement financier des ménages, deux univeristaires, Nicola Fuchs-Schuendeln et Michael Haliassos, ont eu l’excellente idée de mettre à profit une situation historique privilégiée qui reproduit les conditions d’une authentique expérimentation – même si elle ne sera malheureusement pas reproductible. Il s’agissait d’évaluer  le facteur Φ, qui symbolise la « financial literacy ». Pour évaluer l’importance du facteur Φ dans le comportement financier des ménages, les circonstances de la réunification allemande offrent aux deux chercheurs deux ensembles humains possédant une langue commune et un niveau de culture générale comparable, à la différence près que les ménages de l’ancienne République Démocratique allemande (« Allemagne de l’Est ») se sont trouvés préservés, du fait du régime communiste, de toute « familiarité » avec les services financiers « modernes » de l’économie de marché.  Quelles différences était-il possible d’observer dans le comportement financier des ménages de l’Allemagne réunifiée, entre les...

Lire la suite »

Socialisme et immobilisme conceptuel

Il est étrange que le débat, à gauche, porte sur le fait de savoir si le pouvoir actuel doit annoncer urbi et orbi qu’il est devenu “social-démocrate”, et s’il reste ainsi fidèle à son histoire ou s’il la trahit, comme la gauche radicale le lui reproche. Le concept pur de social-démocratie n’a d’abord  pas grand chose à voir avec la nature profonde, en France, des relations sociales et du rapport Capital / Travail, faute que le Parti socialiste soit adossé à un grand syndicat réformiste, mais c’est quand même de “social-démocratie” qu’il est toujours question. Ce débat a ensuite quelque chose d’intemporel. Il remonte au moins à l’avant-guerre, celle de 14-18, à l’Allemagne de Kautsky et Bernstein, à Rosa Luxembourg :  réformons le capitalisme, disaient les uns ; laissons le approfondir son cours et aller à son dépasssement, disaient les autres, ….  Comme épithète, “social démocrate” servait autrefois à différencier le socialisme démocratique de la mouvance révolutionnaire et du léninisme. Dans le débat français actuel, il sert à faire admettre aux électeurs de gauche le souci de concilier Etat-Providence et économie de marché....

Lire la suite »

Victor Hugo et les socialismes

“Tous les problèmes que les socialistes se proposaient, les visions cosmogoniques, la rêverie et le mysticisme écartés, peuvent être ramenés à deux problèmes principaux : Premier problème : Produire la richesse. Deuxième problème : La répartir. Le premier problème contient la question du travail. Le deuxième contient la question du salaire. Dans le premier problème il s’agit de l’emploi des forces. Dans le second de la distribution des jouissances. Du bon emploi des forces résulte la puissance publique. De la bonne distribution des jouissances résulte le bonheur individuel. Par bonne distribution, il faut entendre non distribution égale, mais distribution équitable. La première égalité, c’est l’équité. De ces deux choses combinées, puissance publique au dehors, bonheur individuel au-dedans, résulte la prospérité sociale. Prospérité sociale, cela veut dire l’homme heureux, le citoyen libre, la nation grande. L’Angleterre résout le premier de ces deux problèmes. Elle crée admirablement la richesse ; elle la répartit mal. Cette solution qui n’est complète que d’un côté la mène fatalement à ces deux extrêmes : opulence monstrueuse, misère monstrueuse. Toutes les jouissances à quelques-uns, toutes les privations aux autres, c’est-à-dire au...

Lire la suite »