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Les trois colères du Brexit

Les trois colères du Brexit

La plupart des commentateurs jugent incompréhensible, irrationnelle l’hostilité à l’Union européenne d’une partie significative, et peut-être est-elle majoritaire, de l’opinion publique britannique. Nombreux sont les articles qui chiffrent avec une précision un peu louche les pertes de PNB qui suivraient une rupture avec le cadre juridique de l’Union européenne. Le fait que le Brexit soit aujourd’hui possible vient pourtant de loin, et il faut le relier aux trois colères dont David Cameron, à son corps défendant, s’est fait le porte-parole et qui aujourd’hui conduisent au référendum du 23 juin. Saint-Georges terrassant le dragon, Paolo Uccello (1439-1440) C’est d’abord la colère de la partie historique de l’establishment conservateur, tory, hostile à une construction européenne qui dépossède le Parlement de sa souveraineté, qui donne un pouvoir perçu comme sans contrôle à la bureaucratie bruxelloise et qui impose des mesures dont seule la Grande-Bretagne devrait être juge, qu’il s’agisse du droit de vote des prisonniers ou d’un droit social moins individualiste. Ce serait apparemment le point de vue de la reine. C’est aussi la colère d’une partie des classes populaires mécontente de sa relégation sociale au profit d’immigrés venant d’Europe de l’est en masse depuis dix ans, plus qualifiés, plus travailleurs et qui occupent nombre...

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Kamel Daoud, un indigène réduit au silence

Kamel Daoud, un indigène réduit au silence

Le romancier algérien Kamel Daoud, on le sait, a publié dans le journal Le Monde, le 31 janvier 2016, un article intitulé “Cologne, lieu de fantasmes” au sujet des différences culturelles concernant la place des femmes et la sexualité entre l’Occident et ce qu’il appelle “le Monde musulman”. Le 12 février 2016, un groupe d’anthropologues, historiens et sociologues le clouent au pilori en co-signant un article virulent qu’ils intitulent “Les fantasmes de Kamel Daoud“, qualifiant ses mots de “lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans” et d’islamophobes.  Soraya (pseudonyme) a souhaité leur répondre par cette lettre.  Ndlr.   Mesdames et Messieurs les anthropologues, historiens et sociologues bien-pensants, Permettez-moi tout d’abord de vous dire que vous avez tort. En tant que femme, musulmane, française de naissance, algérienne ayant vécu une décennie en Algérie, permettez-moi de vous dire que vous avez tort. L’islamophobie que vous devriez combattre n’est pas celle de Kamel Daoud mais la votre. En effet dans son premier texte, comme dans le second, publié par le New York Times, “The sexual misery of the Arab World”, M....

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Kravtchenko, Daoud, même combat, mêmes ennemis

Kravtchenko, Daoud, même combat, mêmes ennemis

  Il est probable que lorsqu’on fera l’histoire de la première partie du siècle, à la suite de Sartre et de son “communisme, horizon indépassable de notre temps”, à la suite des zélotes européens de Mao-Tse-Toung, il y aura tous ces intellectuels qui aujourd’hui, au nom de la dignité des opprimés et de l’antiracisme, soit trouvent des raisons aux revendications islamistes, soit relativisent certains traits archaïques de la culture arabo-musulmane, en particulier les attitudes envers les femmes. C’est dans le monde arabe qu’on se rappellera d’eux avec le plus de colère car c’est là qu’ils auront été les plus nuisibles. Les tribunes qui mettent en perspective l’indignation qui a saisi l’opinion devant les agressions sexuelles de Cologne, de Stockholm ou d’Helsinki seront alors rangées au côtés de celles qui défendaient les procès de Moscou en 1936 ou la Révolution culturelle chinoise. Même aveuglement, même mauvaise foi. On entend même aujourd’hui que les agressions sexuelles de la Place Tahrir ont finalement été montées en épingle1, c’était marginal, secondaire, exceptionnel… Les braves gens. Bientôt ils relativiseront les exécutions publiques d’homosexuels décidées par...

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La refondation ? A coup de plan com et sans ouverture politique

La refondation ? A coup de plan com et sans ouverture politique

La façon dont le pouvoir socialiste essaye de redéfinir son offre politique, et précisément en matière de politique économique, est devenue déconcertante. Ce n’est pas que les mesures proposées (plan de formation, nouvel accent mis sur l’apprentissage, jusque-là sacrifié aux emplois d’avenir et autres TUC) soient stupides, loin de là. C’est qu’elles signent un aveu : ce qui a été fait depuis mai 20121 était malvenu et au mieux très léger, comme l’illustre la fin du débat sur le travail du dimanche.  Face aux objections du monde syndical, compréhensibles et légitimes dans leur ordre, mais inacceptables si le but est de lutter contre le chômage, le gouvernement a préféré ne pas arbitrer nettement en faveur de l’emploi. Il lui faut ménager cet électorat de gauche qui est sensible aux arguments syndicaux2. Timidité, donc. Ce qui déconcerte aussi par contraste, c’est le nombre de signaux imbéciles adressés par le pouvoir aux groupes dont il veut se gagner les faveurs, et surtout les milieux économiques. Valls avait commencé par un “j’aime l’entreprise” qui sentait le plan com et surtout la maladresse. Macron...

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Etat d’urgence, fausse gauche, vraies questions

Etat d’urgence, fausse gauche, vraies questions

Il est invraisemblable que le débat sur la déchéance de nationalité occupe une si grande place dans les journaux de gauche. Le constat est fait par beaucoup. La mesure est mal conçue et, faisant de la nationalité une variable d’ajustement, elle peut créer un précédent dangereux. Elle est aussi sans portée pratique de l’aveu même de ceux qui la défendent – et puis quel Etat acceptera d’accueillir le terroriste binational déchu de la nationalité française et qui vient de passer de longues années en prison ? Il sera de fait inexpulsable. François Hollande avait certainement cru bien faire, dans un souci d’union nationale, en reprenant cette idée qui incontestablement vient de la droite. C’est probablement pour rassurer sa gauche et le centre, par souci d’équilibre, qu’il a dans le même temps proposé d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution - manière de donner un cadre strict, difficile à modifier à un régime qui paraît laisser trop de liberté au pouvoir administratif. On peut accuser le Pouvoir d’avoir tenté un coup politique ; on peut aussi lui reconnaître une sincérité républicaine que n’avait pas son prédécesseur. Mais...

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Attentats : deux débats à remettre à plus tard ?

Si les circonstances n’étaient pas si cruelles et n’appelaient pas une action policière et militaire déterminée, deux débats pourraient passionner en ce moment. D’abord, quel est le rôle de l’histoire dans la chaîne causale qui conduit aux attentats du 13 novembre, et précisément dans les mobiles de ceux qui les ont commis ? Faut-il mettre en cause le passé relativement lointain, tels la colonisation, les brutalités et les meurtres de la Guerre d’Algérie1 pour expliquer la colère homicide qui a pris un groupe de jeunes gens aux racines maghrébines, et les a fait rallier l’Etat islamique ? En se gardant de juger, on fera observer que les terroristes de novembre venaient aussi du Maroc, et non pas seulement d’Algérie, et que le Maroc à un rapport à la France sensiblement différent de celui de l’Algérie. Il semble aussi que plusieurs de ces terroristes aient grandi en Belgique, pays qui n’avait pas d’intérêt dans le monde arabe. Il ne va donc pas de soi de faire du passé colonial français la cause première ou même la cause seconde de la radicalisation qui...

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La Gauche Médiapart

Les événements du 13 novembre font bien apparaître qu’il existera deux gauches dans les prochains mois. Aux attentats, la première donne pour cause  la politique étrangère de la France, accusée de prolonger la période coloniale et d’agresser les peuples musulmans, et surtout les discriminations, bien réelles,  dont pâtissent en France les populations de tradition arabo-musulmane. Elle y ajoute l’”islamophobie” et une laïcité devenue rigide.  Cette gauche, qu’on nommera Gauche Médiapart, veut expliquer, mais elle laisse surtout la déplaisante impression de beaucoup comprendre. Si on la suit, il faudrait se retirer des actions militaires en cours en Afrique et au Proche-Orient. Comme si la protection du Mali, l’appui aux Kurdes, qui s’est traduit par des frappes aériennes si tardives, étaient des expéditions coloniales. Quant à l’opération en Libye, il est difficile de soutenir qu’il s’agissait d’une erreur sans prendre en compte ce qui serait arrivé si elle n’avait pas eu lieu. Le débat est permis bien sûr, mais pas au moment où, dans une forme pauvre des bombardements nazis de Varsovie ou de Londres, la population parisienne est transformée en cibles....

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2017 : un pouvoir socialiste sans base sociale

Il est incompréhensible que François Hollande veuille se représenter aux prochaines présidentielles. Le pouvoir socialiste a perdu de si nombreux appuis, de si nombreux relais dans le corps électoral et, plus profondément, dans la société française que cette hypothèse paraît tenir du suicide historique. Il se trouvera certainement des électeurs pour voter François Hollande, mais dans chaque segment de la société, ils seront une minorité. Pour s’en convaincre, selon une méthode qui a ses lettres de noblesse et qui est plus parlante que l’analyse cartographique à deux sous qui s’est répandue, il suffit de passer en revue les différents groupes sociaux, avec ce que l’on sait de leurs comportements électoraux par les sondages et les résultats d’élections. La bourgeoisie d’affaires, les “milieux économiques” grands et petits, cette classe qui contrôle les moyens de production, ne votent de toute façon pas à gauche.  Seuls Valls ou Macron pourraient recueillir quelques suffrages isolés, dissidents dans cette section de la société qui en 2007, moins en 2012, s’était reconnue dans le style et les valeurs de Nicolas Sarkozy, le candidat selon son coeur. L’autre...

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«J’ai vécu sous la Terreur» Vingt ans de French Theory dans les universités anglaises

Jeremy Stubbs, historien des idées britannique enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris, a des idéees fort nettes sur l’atmosphère culturelles des années 1980 à 2000 en Angleterre, trop nettes ont pensé certains membres de notre comité de rédaction.  Il est permis de ne pas les partager, et de voir dans ce qu’il conteste une réaction bienvenue à des années de bonne conscience. Les conceptions nouvelles, celles qu’il brocarde, ne naissent pas toujours dans la prudence et la pondération. Bien souvent, elles sont accompagnées d’emphase et d’exagérations !  Et puis les coteries, l’adulation ne sont pas propres à une tendance intellectuelle plutôt qu’à une autre !   Ndlr. J’espère que le lecteur pardonnera l’hyperbole de ce titre. Il est évident qu’aucun universitaire anglais n’a jamais été guillotiné, amené devant quelque tribunal révolutionnaire de salut public ou contraint de fuir déguisé en paysan à la nuit. En revanche, entre la fin des années 70 et le début des années 2000, surtout dans les facultés de lettres, mais aussi un peu plus largement dans celles des sciences humaines (histoire, philosophie, management…), on avait souvent l’impression...

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Todd à plein tube : Ubu cartographe

Todd à plein tube : Ubu cartographe

Il ne faut pas prendre Emmanuel Todd au sérieux quand il parle politique.  Son logiciel lui fait prononcer des énoncés loufoques au nom de la science, de la démographie et des cartes, qui illustrent surtout son goût pour l’argument d’autorité et la sensibilité scientiste qu’il veut imposer dans le débat politique. Triple aveuglement Faisons le compte de ses aveuglements. Ce que Todd ne voit pas, c’est que les manifestants de janvier défilaient pour défendre la liberté d’expression et contre l’antisémitisme mais aussi, dans le même temps, contre l’extrême-droite, pour lui signifier que le scénario qu’elle prédit avec délectation, celui d’une guerre fomentée en France par les descendants de l’immigration et les djihadistes étrangers, ne convaincrait jamais au delà de ses rangs de vrais fascistes et de paumés de la politique. Il ne voit pas non plus que  ‎les classes et couches moyennes, qui effectivement faisaient le gros des manifestations, ne réclamaient aucunement le droit d’insulter une religion minoritaire professée par une minorité socialement mal traitée. S’est-il même promené dans les cortèges à Paris ?  Les manifestants défendaient la sécularisation de la vie...

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