libre opinion

Etat d’urgence, fausse gauche, vraies questions

Etat d’urgence, fausse gauche, vraies questions

Il est invraisemblable que le débat sur la déchéance de nationalité occupe une si grande place dans les journaux de gauche. Le constat est fait par beaucoup. La mesure est mal conçue et, faisant de la nationalité une variable d’ajustement, elle peut créer un précédent dangereux. Elle est aussi sans portée pratique de l’aveu même de ceux qui la défendent – et puis quel Etat acceptera d’accueillir le terroriste binational déchu de la nationalité française et qui vient de passer de longues années en prison ? Il sera de fait inexpulsable. François Hollande avait certainement cru bien faire, dans un souci d’union nationale, en reprenant cette idée qui incontestablement vient de la droite. C’est probablement pour rassurer sa gauche et le centre, par souci d’équilibre, qu’il a dans le même temps proposé d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution - manière de donner un cadre strict, difficile à modifier à un régime qui paraît laisser trop de liberté au pouvoir administratif. On peut accuser le Pouvoir d’avoir tenté un coup politique ; on peut aussi lui reconnaître une sincérité républicaine que n’avait pas son prédécesseur. Mais...

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Attentats : deux débats à remettre à plus tard ?

Si les circonstances n’étaient pas si cruelles et n’appelaient pas une action policière et militaire déterminée, deux débats pourraient passionner en ce moment. D’abord, quel est le rôle de l’histoire dans la chaîne causale qui conduit aux attentats du 13 novembre, et précisément dans les mobiles de ceux qui les ont commis ? Faut-il mettre en cause le passé relativement lointain, tels la colonisation, les brutalités et les meurtres de la Guerre d’Algérie1 pour expliquer la colère homicide qui a pris un groupe de jeunes gens aux racines maghrébines, et les a fait rallier l’Etat islamique ? En se gardant de juger, on fera observer que les terroristes de novembre venaient aussi du Maroc, et non pas seulement d’Algérie, et que le Maroc à un rapport à la France sensiblement différent de celui de l’Algérie. Il semble aussi que plusieurs de ces terroristes aient grandi en Belgique, pays qui n’avait pas d’intérêt dans le monde arabe. Il ne va donc pas de soi de faire du passé colonial français la cause première ou même la cause seconde de la radicalisation qui...

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La Gauche Médiapart

Les événements du 13 novembre font bien apparaître qu’il existera deux gauches dans les prochains mois. Aux attentats, la première donne pour cause  la politique étrangère de la France, accusée de prolonger la période coloniale et d’agresser les peuples musulmans, et surtout les discriminations, bien réelles,  dont pâtissent en France les populations de tradition arabo-musulmane. Elle y ajoute l’”islamophobie” et une laïcité devenue rigide.  Cette gauche, qu’on nommera Gauche Médiapart, veut expliquer, mais elle laisse surtout la déplaisante impression de beaucoup comprendre. Si on la suit, il faudrait se retirer des actions militaires en cours en Afrique et au Proche-Orient. Comme si la protection du Mali, l’appui aux Kurdes, qui s’est traduit par des frappes aériennes si tardives, étaient des expéditions coloniales. Quant à l’opération en Libye, il est difficile de soutenir qu’il s’agissait d’une erreur sans prendre en compte ce qui serait arrivé si elle n’avait pas eu lieu. Le débat est permis bien sûr, mais pas au moment où, dans une forme pauvre des bombardements nazis de Varsovie ou de Londres, la population parisienne est transformée en cibles....

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2017 : un pouvoir socialiste sans base sociale

Il est incompréhensible que François Hollande veuille se représenter aux prochaines présidentielles. Le pouvoir socialiste a perdu de si nombreux appuis, de si nombreux relais dans le corps électoral et, plus profondément, dans la société française que cette hypothèse paraît tenir du suicide historique. Il se trouvera certainement des électeurs pour voter François Hollande, mais dans chaque segment de la société, ils seront une minorité. Pour s’en convaincre, selon une méthode qui a ses lettres de noblesse et qui est plus parlante que l’analyse cartographique à deux sous qui s’est répandue, il suffit de passer en revue les différents groupes sociaux, avec ce que l’on sait de leurs comportements électoraux par les sondages et les résultats d’élections. La bourgeoisie d’affaires, les “milieux économiques” grands et petits, cette classe qui contrôle les moyens de production, ne votent de toute façon pas à gauche.  Seuls Valls ou Macron pourraient recueillir quelques suffrages isolés, dissidents dans cette section de la société qui en 2007, moins en 2012, s’était reconnue dans le style et les valeurs de Nicolas Sarkozy, le candidat selon son coeur. L’autre...

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«J’ai vécu sous la Terreur» Vingt ans de French Theory dans les universités anglaises

Jeremy Stubbs, historien des idées britannique enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris, a des idéees fort nettes sur l’atmosphère culturelles des années 1980 à 2000 en Angleterre, trop nettes ont pensé certains membres de notre comité de rédaction.  Il est permis de ne pas les partager, et de voir dans ce qu’il conteste une réaction bienvenue à des années de bonne conscience. Les conceptions nouvelles, celles qu’il brocarde, ne naissent pas toujours dans la prudence et la pondération. Bien souvent, elles sont accompagnées d’emphase et d’exagérations !  Et puis les coteries, l’adulation ne sont pas propres à une tendance intellectuelle plutôt qu’à une autre !   Ndlr. J’espère que le lecteur pardonnera l’hyperbole de ce titre. Il est évident qu’aucun universitaire anglais n’a jamais été guillotiné, amené devant quelque tribunal révolutionnaire de salut public ou contraint de fuir déguisé en paysan à la nuit. En revanche, entre la fin des années 70 et le début des années 2000, surtout dans les facultés de lettres, mais aussi un peu plus largement dans celles des sciences humaines (histoire, philosophie, management…), on avait souvent l’impression...

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Todd à plein tube : Ubu cartographe

Todd à plein tube : Ubu cartographe

Il ne faut pas prendre Emmanuel Todd au sérieux quand il parle politique.  Son logiciel lui fait prononcer des énoncés loufoques au nom de la science, de la démographie et des cartes, qui illustrent surtout son goût pour l’argument d’autorité et la sensibilité scientiste qu’il veut imposer dans le débat politique. Triple aveuglement Faisons le compte de ses aveuglements. Ce que Todd ne voit pas, c’est que les manifestants de janvier défilaient pour défendre la liberté d’expression et contre l’antisémitisme mais aussi, dans le même temps, contre l’extrême-droite, pour lui signifier que le scénario qu’elle prédit avec délectation, celui d’une guerre fomentée en France par les descendants de l’immigration et les djihadistes étrangers, ne convaincrait jamais au delà de ses rangs de vrais fascistes et de paumés de la politique. Il ne voit pas non plus que  ‎les classes et couches moyennes, qui effectivement faisaient le gros des manifestations, ne réclamaient aucunement le droit d’insulter une religion minoritaire professée par une minorité socialement mal traitée. S’est-il même promené dans les cortèges à Paris ?  Les manifestants défendaient la sécularisation de la vie...

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Le PS après Charlie

Les suites politiques des attentats et des meurtres du début janvier restent encore à mesurer. La cote de popularité du pouvoir socialiste s’est améliorée, mais l’on sait à quel degré inhabituellement bas elle était tombée. L’opinion sait évidemment gré à François Hollande et à Manuel Valls d’avoir su trouver le ton juste, en bons républicains qu’ils sont – et l’on ne regrettera pas que l’épreuve n’ait pas échu à Nicolas Sarkozy, trop mal structuré sur plan intellectuel, trop léger1. Il reste que la période qui s’ouvre, marquée par un terrorisme islamiste dont les petits soldats sont nés en France et par les signes d’une sécession culturelle dans certains secteurs (minoritaires) de la population de culture musulmane, va ébranler le Parti socialiste au delà de ce qui est dit en ce moment. Il lui faut d’abord en terminer avec la sensibilité dite “multi-culturaliste” qui a acquis une réelle influence dans sa base et ses échelons intermédiaires (mais pas chez les dirigeants du noyau dur actuel). Manuel Valls, nous l’écrivions au moment de sa nomination, a aussi, et probablement surtout, été...

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Juifs français : halte

Nous venons de recevoir de la part de M. Samuel Bronstein, Fondation Rothschild, chambre 505, qui est le grand oncle de l’un de nos auteurs, la lettre suivante que nous publions in extenso malgré sa brutalité qui pourra choquer certains de nos lecteurs — La rédaction. Disons-le tout net : les juifs français qui quittent la France pour Israël, effrayés par la hargne antisémite de certains secteurs minoritaires de la société française, sont des lâches. Ils donnent aux nazis et aux Darquier de Pellepoix de toutes sortes une victoire posthume que l’histoire leur avait refusée. Ils insultent tous les juifs qui, à cette époque-là, ont rejoint la France Libre ou la Résistance. On leur recommandera sur ce point la lecture du Dictionnaire de la France Libre (éditions Robert Laffont, collection Bouquins). Pour les juifs pieds-noirs qui, dans les années 60, sont venus en France sous la contrainte, confrontés à l’alternative de la valise ou du cercueil, le départ pour Israël pourrait peut-être se comprendre (et encore !), pour ceux du moins dont l’enracinement national est l’effet d’un choix par défaut – comme il...

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Charlie Hebdo : tristes moments, triste réalité

Les tristes évènements du 7 janvier, la mort de journalistes, de policiers sous les coups de feu tirés par deux sous-prolétaires de culture musulmane devenus terroristes, met sous les yeux de la société française une réalité pénible : une frange de la population arabo-musulmane, en France, est sensible à l’appel au Djihad, et il ne s’agit pas seulement d’une poignée d’exaltés, sans signification sociale.  C’est une mouvance dont le degré d’adhésion à cet islamisme de combat est variable, mais qui en tout cas n’est pas nul. Pour mille jeunes gens, à ce jour, partis en Syrie, combien de personnes en France pour penser qu’ils ont bien raison de s’y rendre, et combien d’autres pour penser qu’ils n’ont pas tout à fait tort de prendre ce parti ? Combien encore pour penser que les dessinateurs de Charlie Hebdo ont abusé de la liberté d’expression, voire ont provoqué ce qui les a frappé ? S’il faut “éviter les amalgames”, antienne des pouvoirs publics en ce moment (ce qu’on peut comprendre), et ne pas diriger vers le monde musulman dans son ensemble...

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Kamel Daoud : Algérie, le drapeau contre le chapeau

Il y a quelque chose de triste, risible et malsain dans l’affaire de Geneviève de Fontenay, l’une des marraines de l’univers des miss, venue en Algérie. Son lapsus sur l’Algérie française a indigné. On peut dire : à juste titre, vu l’histoire du pays et sa colère qui dure depuis mille ans. Un ministre a quitté la salle, des officiels ont fui avec les chaussures dans les mains et des Algériens se sont déchainés sur cette vieille dame perdue hors de l’univers de ses dentelles et de son chapeau éternel. Sauf qu’il y avait quelque chose de lourd, de douteux et de trop insistant dans l’indignation. On ne comprend pas d’abord l’importance donnée à ce bafouillage d’une vieille dame hors de son territoire de courbes et de tissus. Ensuite, on décèle une sorte d’excès qui tend à prouver qu’il y a volonté de faire dans le zèle pour masquer quelques honteuses évidences. Et, en dernier, on retrouve dans cet épisode la fameuse schizophrénie nationale, bâtie sur le déni : certains ont vite fait de rappeler, à juste titre, que...

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