libre opinion

Attentats : le piège

L’attentat de Nice, dit-on, a fait éclater l’unité républicaine qui avait suivi les attentats de janvier 2015 et peut-être encore ceux de novembre dernier. La droite républicaine, sincèrement ou pour ne pas être doublée par le Front national, critique violemment le gouvernement pour ce qu’il a fait ou omis de faire depuis dix-huit mois contre le terrorisme. La concurrence entre les candidats de droite joue aussi son rôle. Qui sera le plus martial ? Même François Juppé est obligé de virer à droite, au risque d’alimenter la panique. Cela posé, quelque chose appelle certainement débat. De bons experts tels François Heisbourg ou Michel Goya, d’autres encore… pointent depuis plusieurs mois les dysfonctionnements administratifs et les erreurs d’approche. Le gouvernement parait maintenant mal inspiré d’avoir refusé la commission d’enquête sur les attentats de novembre que les meilleurs experts appelaient de leurs vœux, à la fin de l’année dernière. Le consensus, cela se construit. La commission d’enquête parlementaire sur l’action de l’Etat face aux attentats de janvier et de novembre 2015, qui a rendu son rapport le 5 juillet, a servi de succédané, et personne ne pourra...

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Brexit (bis)

Brexit (bis)

Le vote britannique, en fait anglo-gallois, pour la sortie de l’Union européenne, le 23 juin dernier, vient de loin. Nous avions attiré, en février, l’attention sur les trois colères dont il risquait de procéder : le souci tory de la souveraineté parlementaire et judiciaire, le ressentiment des classes populaires contre l’ouverture des frontières et, aspect rarement noté en France mais bien présent, le rejet d’une Europe sous influence allemande. La deuxième colère est celle qui apparemment a le plus mobilisé. La campagne a donné aux thèmes de l’immigration et du contrôle des frontières un rôle-clef. C’est par ce biais que la thèse du Brexit a convaincu une majorité des électeurs. Les deux autres colères ont joué un rôle certain mais moindre : l’esprit tory concerne la fraction historique de la classe dirigeante ; le rejet de la German dominance est un sentiment général mais diffus qui, à lui seul, n’aurait pas justifié un vote pour la sortie de l’Union européenne. Le rejet des étrangers en revanche, européens ou non, la xénophobie ont mobilisé de vraies masses, à la sociologie très...

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Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un président désavoué, un peu ridicule avec sa manie de parler de tout à tout le monde ; un propos souvent trivial ; un bilan économique qui n’est pas bon et un chômage qui excède celui de 2012 ; une réforme de l’Etat qui ne s’est pas faite ; des réformes scolaires mal conçues (mais défendues de façon véhémente par un ministre de l’Education qui n’a pas, il l’insinue, l’envergure des questions posées – l’a-t-il lui, l’envergure ?)… Triste fin du hollandisme, et le discrédit s’étend à tous ceux qui ont plus ou moins bien gouverné durant cinq ans. C’est pour échapper à ce piège que Macron s’est mis en avant au mépris des loyautés anciennes, mais non sans logique, ni sens de l’a-propos. Dans le scénario qui s’annonce, il n’ a aucune chance de peser sur la stratégie socialiste à venir, il le sait ; le PS ne l’aime pas. Macron ne veut donc pas participer à la primaire de Gauche, et peut-être a-t-il tort d’ailleurs car dans une primaire élargie, il pourrait dépasser Hollande ou Valls, concurrencer Montebourg, et...

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Gauche radicale et G O P

Gauche radicale et G O P

Le spectacle que donne aujourd’hui la gauche fait bizarrement penser à celui que donne le Parti Républicain aux Etats-Unis, le Grand Old Party. La gauche française, hors le petit groupe qui entoure encore François Hollande, est une alliance de mouvements1 qui refusent tout en bloc, au nom de la lutte contre l’ultra-libéralisme et contre ce qui est, à leurs yeux, le démantèlement du modèle social. Ce refus en bloc témoigne que les cadres et la base de cette gauche n’admettent ni la nécessité ni les principes, et moins encore les modalités des réformes proposées, aujourd’hui sur le Code du travail, hier sur les retraites. La réforme est vue comme le premier temps d’une régression sociale qui n’aura ni fin ni limite. Nulle place ici pour l’analyse économique.  Au nom de l’antilibéralisme, de la lutte contre l’horreur économique, il est tout bonnement impossible pour cette gauche d’admettre un lien entre le niveau de salaire et le niveau de l’emploi,  ou entre le fonctionnement du marché du travail et la création d’emploi. Au sens strict, ce serait péché, une cause de mort de l’âme,...

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Pourquoi Valls doit démissionner (et annoncer sa candidature)

Le lancement de la campagne de France par le petit colonel Macron est, à gauche, le vrai événement de ce premier semestre. Elle signifie qu’une partie des élites gouvernementales s’est convaincue que François Hollande, malgré ses efforts désespérés pour paraître crédible, ne se représentera pas, et qu’il faut prendre position pour le moment où la vraie compétition sera ouverte1. It’s the economy stupid, disait Clinton François Hollande s’agite comme il peut pour se donner la gravitas d’un candidat à la présidentielle de 2017. Les ministres loyalistes sont rassemblés en séminaire. Des plumes amies, tel Dominique Villemot, font savoir que la situation économique s’est assainie, avec de bons résultats budgétaires, une meilleure compétitivité des entreprises et un train de réformes de modernisation. Moscovici fait un communiqué… Las, le chômage reste à un niveau qui témoigne de l’affaiblissement de l’économie nationale et du fait que la très petite croissance, qui vient d’ailleurs en partie de facteurs exogènes, ne créera pas d’emplois en nombre suffisant. Les réformes sont vidées de leur potentiel par une majorité parlementaire et des grèves qui les contestent...

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“Nuit debout”, la gauche radicale et le peuple

“Nuit debout”, la gauche radicale et le peuple

  Un nouvel enthousiasme a saisi la gauche radicale, ces derniers temps. Ce qui forme la gauche radicale actuelle, plus diversifiée que l’extrême-gauche des années 60-70 avec ses déclinaisons plus ou moins sérieuses de marxisme-léninisme, se rassemble sur des places à l’imitation de Podemos ou d’Occupy Wall Street. On débat du “renouveau citoyen”, de la démocratie “directe” et “participative”. On s’enthousiasme pour des pensées critiques, radicalement critiques. Des ouvrages mi-scientifiques (enfin, si l’on veut), mi-militants font la théorie de l’agitation, à la suite de Badiou, Rancière, Agamben… Plus teigneux, Lordon a remplacé Jorion dans le rôle de l’économiste théosophe. On parle des Zapatistes et de la Commune de Paris, ce qui est dépaysant dans l’Europe dominée par l’ordo-libéralisme allemand. On parle beaucoup de Bourdieu et de la lutte contre toutes les dominations. Sortis de leurs forêts, les zadistes donnent au mouvement une fantaisie, un coté roots qui manquaient, comme les maos-spontex1 enrichissaient la palette soixante-huitarde. Si l’on gratte… Si l’on gratte, il apparaît que l’éloge du débat, de la spontanéité, de la manifestation comme acte performatif, selon la belle...

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Les trois colères du Brexit

Les trois colères du Brexit

La plupart des commentateurs jugent incompréhensible, irrationnelle l’hostilité à l’Union européenne d’une partie significative, et peut-être est-elle majoritaire, de l’opinion publique britannique. Nombreux sont les articles qui chiffrent avec une précision un peu louche les pertes de PNB qui suivraient une rupture avec le cadre juridique de l’Union européenne. Le fait que le Brexit soit aujourd’hui possible vient pourtant de loin, et il faut le relier aux trois colères dont David Cameron, à son corps défendant, s’est fait le porte-parole et qui aujourd’hui conduisent au référendum du 23 juin. Saint-Georges terrassant le dragon, Paolo Uccello (1439-1440) C’est d’abord la colère de la partie historique de l’establishment conservateur, tory, hostile à une construction européenne qui dépossède le Parlement de sa souveraineté, qui donne un pouvoir perçu comme sans contrôle à la bureaucratie bruxelloise et qui impose des mesures dont seule la Grande-Bretagne devrait être juge, qu’il s’agisse du droit de vote des prisonniers ou d’un droit social moins individualiste. Ce serait apparemment le point de vue de la reine. C’est aussi la colère d’une partie des classes populaires mécontente de sa relégation sociale au profit d’immigrés venant d’Europe de l’est en masse depuis dix ans, plus qualifiés, plus travailleurs et qui occupent nombre...

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Kamel Daoud, un indigène réduit au silence

Kamel Daoud, un indigène réduit au silence

Le romancier algérien Kamel Daoud, on le sait, a publié dans le journal Le Monde, le 31 janvier 2016, un article intitulé “Cologne, lieu de fantasmes” au sujet des différences culturelles concernant la place des femmes et la sexualité entre l’Occident et ce qu’il appelle “le Monde musulman”. Le 12 février 2016, un groupe d’anthropologues, historiens et sociologues le clouent au pilori en co-signant un article virulent qu’ils intitulent “Les fantasmes de Kamel Daoud“, qualifiant ses mots de “lieux communs navrants sur les réfugiés originaires de pays musulmans” et d’islamophobes.  Soraya (pseudonyme) a souhaité leur répondre par cette lettre.  Ndlr.   Mesdames et Messieurs les anthropologues, historiens et sociologues bien-pensants, Permettez-moi tout d’abord de vous dire que vous avez tort. En tant que femme, musulmane, française de naissance, algérienne ayant vécu une décennie en Algérie, permettez-moi de vous dire que vous avez tort. L’islamophobie que vous devriez combattre n’est pas celle de Kamel Daoud mais la votre. En effet dans son premier texte, comme dans le second, publié par le New York Times, “The sexual misery of the Arab World”, M....

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Kravtchenko, Daoud, même combat, mêmes ennemis

Kravtchenko, Daoud, même combat, mêmes ennemis

  Il est probable que lorsqu’on fera l’histoire de la première partie du siècle, à la suite de Sartre et de son “communisme, horizon indépassable de notre temps”, à la suite des zélotes européens de Mao-Tse-Toung, il y aura tous ces intellectuels qui aujourd’hui, au nom de la dignité des opprimés et de l’antiracisme, soit trouvent des raisons aux revendications islamistes, soit relativisent certains traits archaïques de la culture arabo-musulmane, en particulier les attitudes envers les femmes. C’est dans le monde arabe qu’on se rappellera d’eux avec le plus de colère car c’est là qu’ils auront été les plus nuisibles. Les tribunes qui mettent en perspective l’indignation qui a saisi l’opinion devant les agressions sexuelles de Cologne, de Stockholm ou d’Helsinki seront alors rangées au côtés de celles qui défendaient les procès de Moscou en 1936 ou la Révolution culturelle chinoise. Même aveuglement, même mauvaise foi. On entend même aujourd’hui que les agressions sexuelles de la Place Tahrir ont finalement été montées en épingle1, c’était marginal, secondaire, exceptionnel… Les braves gens. Bientôt ils relativiseront les exécutions publiques d’homosexuels décidées par...

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La refondation ? A coup de plan com et sans ouverture politique

La refondation ? A coup de plan com et sans ouverture politique

La façon dont le pouvoir socialiste essaye de redéfinir son offre politique, et précisément en matière de politique économique, est devenue déconcertante. Ce n’est pas que les mesures proposées (plan de formation, nouvel accent mis sur l’apprentissage, jusque-là sacrifié aux emplois d’avenir et autres TUC) soient stupides, loin de là. C’est qu’elles signent un aveu : ce qui a été fait depuis mai 20121 était malvenu et au mieux très léger, comme l’illustre la fin du débat sur le travail du dimanche.  Face aux objections du monde syndical, compréhensibles et légitimes dans leur ordre, mais inacceptables si le but est de lutter contre le chômage, le gouvernement a préféré ne pas arbitrer nettement en faveur de l’emploi. Il lui faut ménager cet électorat de gauche qui est sensible aux arguments syndicaux2. Timidité, donc. Ce qui déconcerte aussi par contraste, c’est le nombre de signaux imbéciles adressés par le pouvoir aux groupes dont il veut se gagner les faveurs, et surtout les milieux économiques. Valls avait commencé par un “j’aime l’entreprise” qui sentait le plan com et surtout la maladresse. Macron...

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