Essais et fictions

Tunisie révolutionnaire : un riche arrière-plan

Il serait partial et parcellaire de présenter le rôle crucial qui a été joué par la société civile tunisienne dans le déclenchement de la première révolution populaire du vingt-et-unième siècle, et son rôle décisif actuel dans la lutte contre l’intégrisme « religieux » et ses ramifications internationales, sans rappeler la place particulière de la Tunisie au cœur de la Méditerranée et dans l’histoire des religions monothéistes, place qui a fait de la Tunisie un lieu propice à travers l’histoire à  la diversité, à la tolérance, à l’échange et à l’éclosion de pensées nouvelles révolutionnant les paradigmes et les régimes en place. La République de Carthage La Tunisie est héritière de l’une des premières républiques de l’histoire de l’humanité, la République de Carthage.  Cette puissante et brillante civilisation de l’Antiquité dominait la Méditerranée où commerçaient ses flottes et  au bord de laquelle furent fondés d’innombrables comptoirs et cités.  On citera, comme emblème de sa puissance, le célèbre périple de l’armée d’Hannibal Barca qui traversa avec des éléphants les Pyrénées et les Alpes pour s’attaquer à la puissance romaine en 218 av. J-C.   La...

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Un concept problématique: le “racisme anti-blanc”

Attisant les passions et alimentant les polémiques, le concept de « racisme anti-blanc », désignant une intolérance visant les « Blancs » ou les « Français de souche »1, est l’objet de nombreuses controverses. Pour certains, cette expression ne recouvre aucune réalité. Elle procèderait d’une stratégie de retournement que pratiqueraient les mouvements d’extrême droite afin de dissimuler leur racisme bien réel2. L’extrême-droite n’est pourtant pas la seule à avoir utilisé cette expression. En effet, en 2005 suite aux violences observées lors des manifestations lycéennes, des personnalités d’un tout autre bord avaient lancé un « appel contre les ratonnades anti-Blancs ». Cette initiative, notamment soutenue par Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Bernard Kouchner, Pierre-André Taguieff,  Ghaleb Bencheikh et Elie Chouraqui, avait à l’époque été critiquée par de nombreuses personnalités et diverses associations antiracistes. La dernière controverse impliquant le MRAP Dernièrement, le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), dans son texte de projet d’orientation 20123, a évoqué le racisme anti-blanc comme l’une des composantes du racisme. Alors que pendant longtemps, et pour certaines encore jusqu’à aujourd’hui, les associations antiracistes ont fermement refusé d’évoquer...

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L’Étranger, 1942-2012, avec des dessins de José Muñoz

L’Étranger, 1942-2012, avec des dessins de José Muñoz

Il est toujours risqué d’illustrer un roman célèbre, plus risqué encore que de l’adapter pour le cinéma,  car dans le livre illustré l’image et le texte doivent cohabiter—impossible de faire oublier l’original pour mieux imposer les images. En ce qui concerne L’Étranger de Camus, une chose est claire : c’est le soleil qu’ il faut rendre avant tout ; un soleil de plomb le jour de l’enterrement de la mère de Meursault à Marengo;  le soleil de la plage où Meursault est heureux avec Marie;  et encore, ce soleil qui aveugle Meursault sur la plage où il va tirer, tuant l’Arabe par les “quatre coups brefs … sur la porte du malheur.” On vient de fêter chez Gallimard la parution d’un Étranger de Camus illustré par le grand dessinateur argentin José Muñoz pour la collection Futuropolis.  Tout ceux qui ne connaissaient pas encore ce maître de l’encre pouvaient se demander comment il allait ensoleiller le récit.  Il le fait en noir et blanc.  Ses illustrations rappellent ces anciennes gravures sur bois comme on en faisait entre-deux-guerres, du temps du “Livre moderne...

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Refonder l’entreprise, Blanche Segrestin et Armand Hatchuel

Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, Refonder l’entreprise Editions Seuil, coll. La République des idées, 2012 Encore une étude sur les origines de et les remèdes à la crise, direz-vous (v. not., M. Aglietta et A. Rebérioux, Les dérives du capitalisme financier, Albin Michel, 2004) ! Détrompez-vous : la réflexion que proposent ces deux professeurs des Mines ParisTech, Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, dans leur essai « Refonder l’entreprise », est, sans jeu de mots, une mine d’informations et de pistes de recherches. Comment lire un ouvrage d’économistes quand on ne l’est pas soi-même ? Les partisans de l’analyse économique du droit sont coutumiers de l’exercice, mais ils le font avec un biais idéologique néo-libéral peu conscient de lui-même. Il convient de tirer les leçons de la pensée de Stanley Fish, le célèbre professeur américain et de son célèbre ouvrage « Quand lire, c’est faire » ( S. Fish, Is there a text in this class ?, trad. Par E. Dobenesque, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives, Les Prairies Ordinaires, coll. Penser/Croiser, 2007). qui se situe dans la...

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L’Inventaire du communisme, François Furet

François Furet, L’Inventaire du communisme, Editions EHESS Le petit livre (92 pages) réalisé par l’historien Christophe Prochasson à partir de discussions qu’eurent ensemble François Furet et Paul Ricoeur en 1997 n’est pas une introduction au maitre livre de Furet, Le passé d’une illusion (1995). Ce serait plutôt une piqure de rappel, heureuse et bienvenue. Les thèmes du Passé d’une illusion, repris dans cet Inventaire sur le mode de la conversation, s’éloignent de nous, de la même façon que la Guerre de 14-18 s’est éloignée. On ne se représente plus ce qu’a été l’illusion communiste, comme on ne comprend plus ce qu’ont pu être les grandes hérésies populaires, le catharisme, les vaudois, ou l’élan qui a poussé aux Croisades. Qui hors les historiens s’intéressera encore aux articles de la Partisan Review ou aux errements des Compagnons de route, dont parle Furet ?  L’histoire a rendu son jugement ; même le vocabulaire a vieilli.  Mais ce petit livre comporte, sur la période pré-soviétique, nombre de notations pertinentes, d’aperçus qui correspondent au monde qui après la parenthèse 1914-1989, se reforme peu à peu...

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Revues : Commentaire et Le Débat, Printemps 2012, Books mai 2012

Commentaire, Printemps 2012 Bon numéro de printemps, avec une série d’articles de grands dirigeants d’entreprise (Bertrand Collomb et surtout Patrick Pélata), d’Olivier Coste et de Pascal Lamy sur la situation concurrentielle de l’économie française. Comme le montre probablement aussi l’ouvrage de l’ancien PDG de Saint-Gobain, La France doit choisir, il est probablement en train de se reformer un parti transversal, le Parti Industriel, celui des lointains héritiers de Saint-Simon et de Pierre Massé : renforcement industriel sans protectionnisme, cohésion sociale, progrès collectifs. A noter aussi, l’article d’Alain Besançon : Plaisir à lire Proust, intéressant parce qu’il traite Proust en auteur que l’on peut juger, oeuvre et personne, sans en faire un monument au delà de tout jugement de goût.  Le Débat, mars-avril 2012 Excellente livraison mars-avril 2012. On relèvera tout d’abord le débat autour du livre important de Gilles Kepel, Quatre-vingt-treize, sur la présence immigrée, musulmane en Seine-Saint-Denis et ses évolutions paradoxales, avec les articles de Hugues Lagrange, qui souligne justement que certains aspects du Printemps arabe (l’aspiration à la liberté et  l’autonomie) entre en contradiction avec les évolutions de nombreux...

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Mon tour du Monde, d’Eric Fottorino

L’ouvrage de l’ancien directeur du Monde est surprenant. Il est d’abord mieux écrit et moins complaisant que la plupart des autobiographies, genre dont il relève sans en avoir l”air. Il est aussi riche de toutes sortes d’aperçus sur la difficulté à diriger un grand quotidien : rédaction  immature, infrastructure coûteuse et inadaptée, pression politique franche et directe, banquier sans pudeur ni scrupule, coordination de la rédaction “papier” et de la rédaction numérique rendue difficile par la différence dans les actionnariats sous-jacents, … Le récit des rencontre avec N. Sarkozy serait presque difficile à croire si tout dans le livre ne témoignait pas d’un fonds d’honnêteté incontestable, jusque dans l’aveu d’erreurs et de maladresses ( le dernier éditorial, de type testamentaire, est un exemple de ce qu’il ne fallait pas faire). La fin de la période Plenel mérite aussi d’être lue. Les portaits des patrons de presse italiens, espagnols ou français, avec lesquel Le Monde essayera en vain de sauver son indépendance, sont réussis, et donnent bien le style des tractations qui ces dernières années, ont eu lieu dans les milieux de...

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