Essais et fictions

La photographie de guerre comme œuvre d’art ?

La photographie de guerre comme œuvre d’art ?

Comment reconnaître dans la photographie de guerre une œuvre d’art ? Cette reconnaissance est récente. C’est seulement dans les vingt dernières années qu’elle a conquis le nouveau territoire de la Galerie. Elle a gagné ainsi de la surface au mur, mais en a perdue sur le  papier. L’effondrement du news magazine explique en partie cet exil d’un univers à l’autre. Cette migration d’une économie du multiple vers celle de l’unique transforme en profondeur l’écosystème du photoreportage. D’abord en sacralisant les photographes devenus artistes et dont le travail est assimilé à une œuvre. Ensuite en détournant le regard du consommateur qui ne cherche plus l’information, mais la nourriture d’une délectation esthétique. Enfin en modifiant le statut des photographies elles-mêmes qui bascule dans un registre étranger à leur nature documentaire, entretenant d’autres relations à la réalité. C’est cette relation au réel qui est constitutif de la photo de guerre. Lui retirer, c’est affecter les deux fonctions bien identifiées du photoreportage : informative – permettant, par le regard avancé du photo reporter, de présenter les différents théâtres d’opération à tous ceux qui en...

Lire la suite »

“Out of focus”, la diagonale du flou Halim Al Karim à la Galerie Imane Farès

“Out of focus”, la diagonale du flou  Halim Al Karim à la Galerie Imane Farès

Au début, ” On n’y voit rien “, comme disait l’autre. Flânant entre quartier des facs et bacs des bouquinistes, au coeur du Disneyland, cadenas pour amoureux niais du Pont des Arts et “panini” au Nutella mal cuits, qu’est devenu en partie le quartier Latin, on distingue dans une vitrine de grands aplats blancs ou noirs, où semblent se mouvoir quelques formes.  Nouvelle variation sur le thème fatigué du monochrome, dont il faut rappeler qu’il fut inventé par Alphonse Allais, en réaction narquoise à certaines tendances du néo-impressionnisme.  Intrigué, on pousse la porte de la galerie.  Pas à pas, selon l’accroche de la lumière, des formes humaines apparaissent, s’irisent, évoluent : nous sommes au royaume des Illusions (c’est le titre de l’exposition) d’Halim Al Karim, univers étrange et fantomatique, de même que Gorki, découvrant à la toute fin du XIXe siècle le Cinématographe, put se croire propulsé au “Royaume des Ombres”. Des visages et des corps de femmes, de face, mélancoliques, sur une surface, noire ou blanche, qui semble bizarrement gaufrée, comme une affiche ayant pris l’eau qu’on aurait déroulée. Toiles peintes ? Hologrammes ? Projections virtuelles ? Il s’agit en fait de photographies, selon l’antique procédé du...

Lire la suite »

In memoriam Christian-Marc Bosséno

Nous venons d’apprendre avec une grande tristesse le décès, ce week-end, de Christian-Marc Bosséno, membre de notre comité de rédaction et auteur de plusieurs articles dans Contreligne. Christian-Marc, normalien, historien reconnu, enseignait à Paris 1. Il était l’auteur, avec d’autres, d’un excellent dictionnaire du cinéma populaire français. Il avait aussi collaboré à des revues de cinéma dans les années 90. ll venait de nous donner un intéressant compte-rendu d’exposition au sujet des oeuvres d’un plasticien irakien. Christian-Marc avait beaucoup apporté à notre revue. Il était l’auteur d’un style d’articles très original : le compte-rendu en profondeur des grandes expositions parisiennes, qu’il éclairait de sa riche culture historique et artistique. Ses articles étaient toujours très lus. Nous le regretterons. Toutes  nos pensées vont vers sa famille.   Stéphan Alamowitch     A lire sous la plume de Christian-Marc Bosséno Exposition : Masculin/Masculin, L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours Exposition : Roy Lichtenstein à Paris Le monde enchanté de Jacques Demy Exposition : L’Ange du bizarre. Le Romantisme noir de Goya à Max Ernst   Télécharger au format PDF

Lire la suite »

La Russie et l’Ukraine sur Contreligne 2012-2015

La Russie et l’Ukraine sur Contreligne   2012-2015

  Ukraine : « Ce n’est pas à Paris que nous mourrons » Natalka Bilotserkivets Back in the USSR ou retour à l’Empire russe ? Erreurs et préjugés : la crise ukrainienne Andreï Zviaguintsev, Léviathan Traduire La fin de l’homme rouge Staline et Stalingrad, un mythe revisité Marina Tsvetaeva Russie 1892 – URSS 1941 Le nationalisme russe, statue aux pieds d’argile  Back in the USSR   Natacha Bilotserkivets, Bruno Bisson, Véronique Jobert, Marina Tsvetaeva, Véronique Lossky, Sophie Benech, Svetlana Alexievitch, Andreï Zviaguintsev, ….. Télécharger au format PDF

Lire la suite »

Souvenir après Retour à Ithaque

Le beau film de Laurent Cantet, Retour à Ithaque, qui montre une petits groupe d’intellectuel cubains entre Tchekhov et Sakarov, fait revenir toutes sortes de souvenirs chez ceux qui ont connu Cuba, ces vingt dernières années – période durant laquelle la fausse monnaie castriste a cessé d’avoir cours, période de stagnation pour Cuba.   Tout y est  :   le charme de Cuba,  sa douceur, sa liberté sexuelle, sa mixité des races, sa culture, et l’horreur du stalinisme, mais aussi (et surtout) la nostalgie de la jeunesse enfuie, les regrets. Renée Fregosi, à qui nous devons notre dernier article sur la fin des dictatures en Amérique latine et qui a beaucoup apprécié Retour à Ithaque, nous livre le poème que lui avait inspiré son seul voyage sur l’île, en 1989, alors que beaucoup espéraient alors que les “gorbatchéviens” allaient l’emporter. La Rédaction. Retour de La Havane Et la voix nous disait « il n’y a plus lieu d’attendre » La ville coloniale sereine et dégradée Aux façades oubliées fières et désespérées Comme au temps d’Hemingway n’espérait que se vendre.   Contre le parapet du...

Lire la suite »

Reconnaissance faciale : “pas vu, pas pris” disait le dicton

La reconnaissance faciale ou reconnaissance de visage est “un domaine de la vision par ordinateur consistant à reconnaitre automatiquement une personne à partir d’une image de son visage. C’est un sujet particulièrement étudié en vision par ordinateur, avec de très nombreuses publications, brevets, et de conférences spécialisées. La reconnaissance de visage a de nombreuses applications en vidéo-surveillance, biométrie, robotique, indexation d’images et de vidéos, recherche d’images par le contenu, etc… La reconnaissance de visage fait partie du domaine du traitement du signal.” (Wikipedia) Le marché mondial de la biométrie faciale augmentera de 1.92 milliards  de dollars en 2013 à 6.5 milliards de dollars en 2018,  avec un taux de croissance annuel de 27,7% de 2013 à 2018. Quelles sont les raisons d’un tel dynamisme quand la biométrie faciale n’a jamais était autant décriée comme une menace a priori qu’elle ferait porter sur les droits et les libertés des citoyens du monde entier. Une application en biométrie faciale, c’est un peu comme une imprimante 3D. Selon l’homme qui l’a programmée, l’application peut concevoir une prothèse ou bien une arme. Définir la...

Lire la suite »

« Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud

« Meursault, contre-enquête » de Kamel Daoud

Septembre 2016  -  Contreligne est heureuse d’annoncer que Mme Alice Kaplan vient de publier chez Gallimard son ouvrage paru quasi simultanément aux Etats-Unis au sujet de L’Etranger de Camus,  En quête de « L’Etranger» (trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Hersant, Hors série Connaissance, Gallimard), ouvrage que les critiques du Monde et du New York Times ont jugé remarquable.     Ndlr ____________________________ Cinquante ans après l’indépendance, voilà qu’un écrivain algérien s’empare de la langue française pour affronter l’autorité du régime actuel et pour faire face à sa langue de bois.  Le français n’est plus, comme au temps de Kateb Yacine, « un butin de guerre», car le pouvoir en Algérie ne parle plus cette langue. Il est devenu ce que Kamel Daoud appelle, dans Meursault, contre-enquête,  roman qui fera date dans la littérature algérienne, « un bien vacant » :  une maison de fantômes, pourtant solidement construite, où l’on peut rêver d’une autre vie1. Né en 1970, Daoud a été scolarisé en langue arabe dans un pays qui classe le français parmi les langues étrangères.  Dans son école, m’explique t-il, c’était « une petite matière.»  Aujourd’hui, à l’école Mohamed Benzineb, autrefois  l’école communale où Camus a appris ses lettres, le français...

Lire la suite »

D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (1)

D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (1)

« The hardboiled dicks » ou « les privés durs à cuire ». Le terme hardboiled, qu’on emploie pour parler d’une personne insensible, est apparu dans l’argot de la Première Guerre mondiale. Il a commencé par désigner les sergents responsables des parcours du combattant qui passaient les civils à la moulinette pour en faire des citoyens-soldats. L’argot créé en temps de guerre a tendance à suivre les soldats lorsqu’ils sont de retour chez eux et à survivre à la fin des combats. Le dur à cuire est devenu n’importe quelle personne qui ne montre pas de sympathie particulière pour vos problèmes. Le terme dick, dans ce contexte – et je ne saurais en considérer aucun autre ici –est légèrement plus ancien. Il nous vient du Canada et plus précisément des bas-fonds de ce pays, et ce n’est ni plus ni moins qu’une abréviation arbitraire du mot détective. Qu’il résulte de la déformation franco-canadienne d’un mot anglais est une explication possible quoique nullement certaine. Toujours est-il que le mot dick a franchi la frontière du Canada en compagnie de caisses de gnôle lorsque...

Lire la suite »

« Quand je servais dans l’U.S. Army » : l’expérience du combat de 1945 à l’Irak

Ramiro G. Hinojosa, analyste en sciences politiques à Austin, Texas, a servi en Irak en 2006 et 2007 au sein de la 82ème Division aéroportée. Ndlr _____ Le 6 juin 2014  marque le 70ème anniversaire du D-Day, le déclenchement du débarquement allié, une opération colossale, écrasante, presqu’inimaginable à l’époque actuelle, qui conduisit à la mort de près de 1 500 Américains lors de la plus importante invasion aérienne, terrestre et navale de l’histoire militaire. Il n’est pour ainsi dire personne aux Etats-Unis dont la vie n’ait été ébranlée par la seconde conflagration planétaire. Entre 1941 et 1945, 18 millions de soldats servirent sous les drapeaux et 400 000  y ont laissé la vie.  La population participait à l’effort de guerre en en souscrivant aux emprunt d’Etat, et des industries entières se reconvertirent dans la production des indispensables matériels de guerre. Par comparaison, seuls 2, 6 millions d’Américains ont servi en Irak et en Afghanistan, et dans ces deux derniers conflits, ce sont des sous-traitants privés qui, en comblant le vide laissé par la puissance publique, se sont chargés de tout,...

Lire la suite »

D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (2)

D’une guerre l’autre les privés dans le roman noir américain selon Donald E. Westlake (2)

L’une des scènes les plus étranges dans l’histoire du roman se déroule dans le dernier livre de Hammett, L’introuvable. Nick et Nora Charles se trouvent dans un speakeasy nommé le Pigiron Club, ils discutent avec le propriétaire, Studsy, un malfrat nommé Morelli et quelques autres personnes, quand le lecteur découvre la scène que voici : Un homme blond d’une grosseur colossale – si blond qu’il était presque albinos – qui avait été assis à la table de Miriam, s’approcha de nous et me déclara dans un filet de voix efféminé où je perçus des tremblements : « Alors, c’est toi qu’as dézingué le petit Art Nunheim… » . Morelli frappa le gros type dans le gras du ventre, aussi fort qu’il le put sans quitter sa chaise. Studsy se leva d’un bond et, ployant le torse au-dessus de Morelli, envoya son énorme poing dans le visage de l’obèse. Je me fis la remarque, stupidement, qu’il continuait d’attaquer avec sa droite. Pete le bossu arriva dans le dos du gros type et frappa de toutes ses forces sur sa tête avec un plateau...

Lire la suite »