Économie

Les banques et le souci de l’environnement

Les banques et le souci de l’environnement

Le souci de l’environnement, dans le monde de la finance, est de plus en plus partagé, quoi qu’on en dise. L’évolution s’est faite lentement depuis le début des années 70, souvent par suite de grandes catastrophes qui ont choqué les opinions publiques, et notamment les marées noires aux Etats-Unis et en France, mais elle est aujourd’hui indéniable et irréversible. Ce souci est notable dans tous les domaines de la finance, qu’il s’agisse des opérations de crédit ou des activités de gestion pour compte de tiers. Dans le domaine du crédit, il faut le reconnaitre, ce souci est paradoxal. Par nature, le prêteur refuse de s’ingérer dans les affaires de son client, et il sait que toute ingérence pourrait engager sa responsabilité envers son emprunteur et surtout envers les tiers. Le principe dit de « non immixtion » et sa sanction, le risque de recherche de responsabilité, sont reconnus de façon explicite par la réglementation bancaire de très nombreux pays et par la jurisprudence. Le prêteur ne souhaite pas être responsable de l’emploi des fonds qu’il prête. Les conventions de crédit comportent...

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Réformer sans mandat et gouverner sans troupes

Réformer sans mandat et gouverner sans troupes

La récente tribune d’un conseiller démissionnaire du ministre du travail, Myriam El-Khomri, contre la réforme du Code du travail a au moins un mérite. Elle prouve de nouveau qu’on ne peut gouverner sans majorité sincère ni réformer sans partisans déterminés des réformes. La tribune de Pierre Jacquemain, publiée le 1er mars dans Le Monde, reprend ou plutôt annonce tous les contre-arguments que soulèvent aujourd’hui les députés frondeurs, les membres du corps central du Parti socialiste ou la gauche radicale. Comme toujours quand il est question de Manuel Valls et de François Hollande, ces arguments sont chantés sur l’air de la morale outragée : trahison des valeurs historiques du socialisme, complaisance pour les revendications patronales, déshonneur de la gauche, etc. Bref, un procès en apostasie. Le ferme propos de ce conseiller est tout à fait classique dans ce segment de la gauche française, et on s’en voudrait de ne pas le citer au moins une fois : “je veux croire qu’une autre voie est possible. Elle est possible, souhaitable, et nécessaire. Dehors à présent. Pour construire l’alternative à gauche. La politique...

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2005-2015 : des larmes de crocodile

2005-2015 : des larmes de crocodile

Pour les dix ans des émeutes de 2005, les journaux publient de longs articles, à la teneur conforme à leurs orientations politiques, sur ce qui a changé et ce qui est resté en l’état dix ans après. Le Figaro veut montrer que la délinquance et l’islamisme se sont aggravés dans les banlieues de grandes villes. Libération, Le Monde 1 nous rappellent que la police se comporte avec beaucoup de brutalité avec les jeunes garçons d’origine africaine et que les discriminations les cantonnent aux lisières de la société. Culturalisme malveillant d’un coté, sociologisme de confort de l’autre. Les experts interrogés déplorent que les “politiques de la ville” se concentrent sur les questions d’habitat, et très peu sur les facteurs économiques et sociaux qui nuisent au progrès de ce groupe dans la société globale. Certains souhaitent que les moyens de l’Etat leur profitent davantage. Tous ces constats ont beau être vrais à leur façon, ils dissimulent une dimension que les sociologues de gauche et les éditorialistes de droite laissent de côté. Si la relégation de jeunes gens à racines non européennes...

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Les Balkans au carrefour des crises

Les Balkans au carrefour des crises

La crise ukrainienne consacre un changement de cycle historique majeur dont on peut mesurer dès à présent l’impact stratégique, impact qui pourrait bouleverser profondément l’agenda géopolitique et économique de ces prochaines années. Mais avant de revenir sur les implications de ce bouleversement géostratégique inaugurant cette période inédite de l’histoire européenne, il convient de prendre toute la mesure du  changement de donne politique intervenue en Grèce. En effet, la venue au pouvoir de Syriza  est susceptible de peser sur l’avenir de la zone euro et plus largement, d’ouvrir un questionnement sur les objectifs et les instruments des politiques macroéconomiques de l’Union européenne, dans une conjoncture économique encore incertaine. Nul doute que ce changement d’équation politique dans un pays voisin de l’Europe balkanique, pourrait entraîner des recompositions politiques au sein des états voisins mais aussi sur un plus vaste plan régional, et international, d’autant qu’il faut tenir compte du poids croissant de la Turquie, notamment en tant qu’incontournable pays de transit gazier, mais aussi d’une forte implication de la Chine et de la Russie, tant sur le plan économique que géostratégique....

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L’introuvable modèle social européen

L’introuvable modèle social européen

Après des élections européennes marquées par l’abstention et la montée des extrémismes, la tâche de la nouvelle Commission Européenne dirigée par un chrétien démocrate, Jean-Claude Juncker s’annonce rude : stabilité de la zone euro, bataille pour le budget, austérité qui obère toute perspective de croissance, chômage de masse, mésentente franco-allemande… Les motifs d’inquiétude ne manquent pas pour une Union Européenne qui apparait plus que jamais éloignée de ses concitoyens. Le diagnostic est connu : afin de donner matière à l’UE et après avoir construit l’Europe des libertés économiques, il faut désormais s’attaquer à édifier « l’Europe sociale  déjà présente dans le Traité de Rome (1957 et dans la Charte des droits fondamentaux. En effet, l’Europe en tant qu’espace de civilisation serait porteuse d’un modèle social unique qui pourrait s’avérer un atout dans la mondialisation. Or, pour certains « l’Europe sociale n’aura pas lieu » et l’existence d’un modèle social européen « rempart » contre la globalisation ne serait que forfaiture. Retour sur quelques vérités, plusieurs idées reçues et un espoir souvent déçu. Le modèle social européen est le plus souvent un OPNI (objet politique non identifié), dans cette occurrence, plusieurs chercheurs, écrivains ou politiques se...

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Politique de l’offre et politique de la demande, clarification

Le débat politique oppose de façon « politique de l’offre » et « politique de la demande ». Ces deux politiques ne sont pas nécessairement contradictoires et de nombreuses composantes d’une politique de l’offre n’impliquent pas pour autant « l’austérité ». D’abord, l’essentiel d’une politique de l’offre n’a pas d’impact sur la demande intérieure. Il s’agit notamment de toutes les mesures relatives à la flexibilité du travail, à l’allègement de contraintes réglementaires pesant sur les entreprises ou de la réforme des professions réglementées. Ensuite, pour améliorer la compétitivité il est certainement nécessaire de réduire la dépense publique. Ceci ne signifie pas pour autant une réduction des déficits. La baisse des dépenses publiques peut être entièrement redistribuée aux entreprises sous forme d’une diminution des prélèvements obligatoires. A déficit constant, l’impact de cette politique sur la demande globale ne devrait pas être défavorable. Là où le débat apparait, c’est lorsque la politique de l’offre vise à modifier le partage de la valeur ajoutée entre les entreprises et les salariés au profit de l’entreprise. Historiquement, dans un environnement inflationniste, la modération salariale...

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Le modèle économique et social français : un monde de stabilité ?

Les principaux fondements de notre modèle économique et social actuel remontent à l’après-guerre, on le sait, au contexte de croissance des Trente Glorieuses.  Ce modèle s’est construit sur des grands principes de stabilité macroéconomique, permis par une internationalisation des échanges encore limitée, une pression de la concurrence maîtrisée et une rareté de l’offre beaucoup plus que de la demande. Cette stabilité des marchés s’est retranscrite largement dans la gestion du marché du travail. Elle a permis l’émergence d’un « contrat social » entre les entreprises et les salariés autour de la promesse d’engagements réciproques : aux entreprises d’apporter protection de l’emploi, progression salariale, carrière planifiée et gravissement des échelons hiérarchiques (le Graal étant le passage au statut cadre pour les salariés entrés sans diplôme). Aux salariés d’apporter en contrepartie leur engagement et leur fidélité à l’entreprise. Dans ce contexte, la « grande entreprise » incarnait parfaitement les valeurs du « contrat social », en faisant bénéficier ses salariés  des avantages du type : progression de carrière, formation, avantages financiers et symboliques. Remise en cause et contexte de crise Ce modèle, qui...

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Ce que la crise financière nous dit de la magistrature

Les tribunaux français, somme toute, ont été peu saisis des conséquences de la grande crise financière qui a commencé en 2007, et dans le lot, peu de litiges ont porté sur les techniques qui en ont été le cœur : la titrisation, les swaps et autres produits dérivés, ces techniques qui ont pour point commun d’assurer la dissémination des risques. L’affaire Kerviel, celle qui a le plus intéressé les médias, n’est pas représentative de cette crise, pas plus que ne l’était l’affaire Madoff. Quand les comportements sanctionnés relèvent de la fraude, ils ne témoignent pas des déviances d’un système, seulement du peu de sérieux des contrôles. C’est quand les comportements ne sont pas illégaux, lorsqu’ils sont au contraire, sinon majoritaires, du moins considérés comme normaux dans une conjoncture donnée, qu’ils donnent la véritable nature de la situation. Bien peu, trop peu d’affaires de ce genre ont été portées devant les tribunaux français. Deux affaires, pour le coup typiques des causes et des manifestations de cette crise, ont néanmoins marqué la chronique judiciaire : l’affaire dite des fonds « monétaires...

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Comment la Silicon Valley peut déstabiliser le Parti démocrate

Bien des choses ont été écrites au sujet de la division de plus en plus nette au sein du Parti républicain entre le monde des affaires, les "corporations" d'un coté, et de l'autre le Tea Party. Néanmoins, à cause de l’influence croissante des entreprises de haute technologie au sein de leur propre parti, les Démocrates vont à leur tour devoir se poser la question des oppositions d'intérêts majeures et complexes avec le monde des affaires.

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Europe : un vif sentiment de dislocation

Selon l’expression utilisée par le papier d’un Think Tank anglais récemment, les européens ne sont pas sans ressentir depuis quelques mois un certain sentiment de dislocation. Ce sentiment naît évidemment de l’état dans lequel se trouvent l’Union Européenne et la zone euro, et des politiques menées avec un bonheur très relatif. L’austérité comme politique économique ne fait rêver personne, et en plus elle ne fonctionne pas ! Faire baisser les salaires dans les pays peu compétitifs, espérer ou même constater qu’ils exportent un peu plus, ce n’est pas à la mesure de la crise économique, et de toute façon, tout le monde ne peut pas exporter en même temps. Plus profondément, ce sentiment de dislocation vient d’une prise de conscience : depuis le début de cette crise en Europe, les intérêts économiques nationaux sont entrés en conflit, comme des plaques tectoniques lors d’un tremblement de terre, et la gravité du conflit frappe les esprits. Personne ne s’attend néanmoins à ce qu’il dégénère en guerres commerciales, fermeture des frontières, démembrement de l’Euro et peut-être de l’Europe. Ce scénario catastrophe n’est pas crédible, et...

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