Culture

Abel Quentin, Le voyant d’Etampes

Abel Quentin, Le voyant d’Etampes

Est-ce bien un roman anti-woke que livre Abel Quentin, comme le dit la critique embarrassée de Libération, ou plutôt une satire qui s’attache à bon escient aux plus sinistres plaisanteries du moment, l’« appropriation culturelle » et la « cancel culture », et pour autant, sans verser dans le ressentiment réactionnaire ? Critique embarrassée parce que ce roman est bon et souvent drôle, alors qu’on ne connait aucune œuvre woke qui ne soit triste  et pleurnicharde – à preuve les mauvais opus d’Edouard Louis, devenu une icône woke après un premier livre réussi. Certes, ce roman s’inscrit bien dans la lignée des derniers Houellebecq (et La carte et le Territoire plus que Soumission), mais sans la charge réactionnaire ni les obsessions sexuelles fastidieuses de ce dernier ; et surtout  Abel Quentin et son personnage ressentent de la sympathie, une certaine sympathie,  pour le mouvement contestataire qui a saisi une bonne partie de la jeunesse universitaire, là où les personnages de Houellebecq en restent à la détestation brute, de cela comme du reste. Satire acide, composée de tout ce qui fait époque, Le voyant d’Etampes ne tombe...

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1785, Mozart et Leif Ove Andsnes

1785, Mozart et Leif Ove Andsnes

Voilà un projet qui sort de l’ordinaire. Plutôt que d’élaborer un disque autour d’un thème ou d’une œuvre, le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes a choisi de mettre en lumière une année particulière dans la vie de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : l’année 1785. Et quelle année ! Quatre ans se sont écoulés depuis que le compositeur a été congédié par le prince-archevêque Hieronymus von Colloredo-Mansfeld. Désormais installé à Vienne et travaillant à son propre compte, Mozart rencontre un certain succès auprès du public de la capitale, lui permettant ainsi d’écrire moins mais de travailler plus sa musique. Le contraste est net entre les concertos pour piano n°19 et n°20. L’écriture devient plus dramatique, le dialogue entre le soliste et l’orchestre est plus élaboré et l’orchestration, plus complexe. Pour ce projet, le pianiste s’est associé avec le Mahler Chamber Orchestra. Cet ensemble, fondé en 1997 par le chef d’orchestre Claudio Abbado, constitue la base du Lucern Festival Orchestra. A leur côté, Leif Ove Andsnes, né en 1970 à Kamøy en Norvège. Lauréat du Prix Peer Gynt en 2007, il est reconnu...

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Du clavecin (chronique musicale)

Du clavecin (chronique musicale)

Contreligne inaugure aujourd’hui sa chronique musicale, qui mettra en parallèle un point de l’actualité musicale, ici un très bel enregistrement du claveciniste Jean Rondeau, et un fait, un événement plus anciens qui se répondent malgré les années. ______________ Jean Rondeau n’arrête pas de nous surprendre. Né en 1991, ancien élève de Blandine Verlet et Premier Prix du Concours International de Clavecin de Bruges en 2012 à 21 ans seulement, il incarne aujourd’hui la nouvelle génération de musiciens français qui donne un nouveau souffle à la musique classique. En mai dernier, le prodige du clavecin enrichissait sa discographie d’un nouvel album, publié sur le label Erato. Intitulé « Melancholy Grace », ce disque présente un recueil de pièces diverses, écrites entre la fin de la Renaissance et le milieu du XVIIème siècle par des compositeurs italiens, allemands, anglais ou hollandais. On y retrouve donc Luigi Rossi, John Bull, Orlando Gibbons, Giovanni Picchi, Girolamo Frescobaldi ou encore John Dowland1. Dans son dernier opus, Jean Rondeau nous fait ainsi traverser un siècle et demi de musique au cours d’un voyage empreint de mélancolie. Après...

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Le jour où la musique a perdu son innocence

Le jour où la musique a perdu son innocence

Les nationalistes ne se contentent pas de voler la vie des gens et leur argent. Ils leur volent histoire et culture, qu’ils détournent et détruisent. C’est bien ce qui est arrivé à ma chanson préférée de l’ex-Yougoslavie, Djurdjevdan. Les gens dans la vidéo YouTube ci-dessous ne font pas qu’apprécier une chanson populaire.  Ce sont 250.00 habitants de Belgrade qui acclament le groupe le plus célèbre de Sarajevo, Bijelo Dugme, qui se souviennent du dernier été de la Yougoslavie, et qui célèbrent un héritage culturel commun. C’est presque comme si cette chanson sur la fête du printemps, Djurdjevdan, leur faisait oublier le long hiver froid et sanglant qui a suivi ce dernier été yougoslave. Probablement la chanson la plus célèbre de Yougoslavie Cette chanson a été rendue célèbre par Bijelo Dugme et son leader et compositeur de l’époque, Goran Bregović, qui aurait écrit les paroles en serbo-croate de la chanson rom traditionnelle Ederlezi1. Cette version est apparue pour la première fois en 1988 dans le film « Dom za vešanje/ « Le temps des gitans » (le titre français n’a rien à voir avec l’original)...

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François Furet sur les Etats-Unis, 1992 et 1997

François Furet sur les Etats-Unis, 1992 et 1997

Dans plusieurs articles du Débat1 parus dans les années 1990, François Furet (1927-1997) avait analysé la situation des Etats-Unis, notamment à la suite de l’élection de Jimmy Carter puis de celle de Bill Clinton. Son analyse de ce que l’on n’appelait pas encore les “identity politics” garde une justesse étonnante, même si l’on peut parfois penser que le paradigme tocquevillien qui l’inspire (la passion de l’égalité) n’épuise pas, à l’orée des années 2020, la question des revendications communautaires, qui dissimulent probablement un bon vieux holisme, prêt à reparaître à la faveur de toutes les crises sociales.  La situation actuelle des Etats-Unis le pousserait probablement à juger les évolutions dont il notait les prémices, disons… moins pittoresques, et contrairement à ce qu’il escomptait en 1997, le Parti Républicain n’a pas résisté aux prédicateurs réactionnaires. Nous avons ici retenu, presque au hasard, deux extraits d’articles parus dans Le Débat en 1992 et 1997. Il en existe d’autres, tout aussi pertinents qu’on trouvera dans les collections de cette revue, et de façon plus pratique dans le remarquable recueil d’articles et de textes de François...

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Paris dans les Carnets d’Albert Camus

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Le mythe est tenace : l’écrivain inconnu, au seuil de la renommée internationale, ignore encore que les feuillets éparpillés sur sa table de travail vont se muer en un petit miracle —un premier roman publié, un passeport pour la gloire. Cet homme, c’est Albert Camus, qui entre mars et mai de 1940 achève le premier brouillon d’un roman qui s’intitule déjà L’Étranger. À quelques semaines de la débâcle, un calme étrange règne sur la capitale inquiète. Si Paris a beaucoup changé depuis 1940, il est encore possible de retrouver certains lieux fréquentés par l’écrivain et signalés par quelques spécialistes, de mettre ses pas dans ceux de Camus et de s’approcher au plus près d’un grand moment de création artistique. C’est dans la solitude d’une chambre d’hôtel, à Montmartre, que Camus termine le premier brouillon de son roman. L’ancien hôtel du Poirier borde la rue Ravignan, dans les hauteurs de la butte — l’air y est plus respirable, ce qui convient sans doute au jeune écrivain affecté par une tuberculose chronique. Aujourd’hui, l’endroit n’a rien perdu de son charme si pittoresque :...

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Une fontaine endormie (1956)

Une fontaine endormie (1956)

Après la Libération, la vie musicale reprend son cours d’avant la guerre. Les musiciens, les chanteurs qui s’étaient exilés pour raisons raciales ou politiques reviennent en France. Ceux dont les chansons sont associées à l’Occupation, au pétainisme sont inquiétés, tels André Dassary, connu pour le retentissant Maréchal nous voilà de 1941, ou André Clavaud, animateur de Radio-Paris, station fermée en 1944 à la libération de Paris ; leur éclipse ne durera pas. Renée Lebas (19177-2009), alias Renée Leiba, juive roumaine dont la carrière avait commencé en 1938, revient de Suisse Romande, d’où elle avait gardé le contact avec son public en chantant sur Radio Genève. Comme elle, pour les mêmes raisons, Eddie Marnay et Emil Stern  sortent de la clandestinité. Eddie Marnay, alias Edmond Bacri, avait commencé sa carrière de chanteur et de parolier en 1937. Il mourra en 2003, célèbre pour ses chansons pour les chanteurs yé-yé et Claude François, Mireille Mathieu et Marcel Amont, 4.000 chansons au total. Emil Stern, alias Emile Stern (avec une lettre qui change tout), est un musicien doué, capable de donner une...

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François Mauriac, 2 décembre 1922, Sur la tombe de Marcel Proust

François Mauriac, 2 décembre 1922, Sur la tombe de Marcel Proust

Dans cette chambre “garnie”, devant l’admirable visage endormi de Marcel Proust, nous songions au destin extraordinaire d’un créateur que sa création a dévoré. Marcel Proust a donné sa vie pour que son œuvre vive, et cela est sans exemple : car un Balzac, des soucis d’argent, ses créanciers l’attachaient à sa table. Proust ne s’est séparé du monde que pour construire un monde. La maladie aida sans doute à ce renoncement, mais elle eût aussi bien pu l’incliner à rechercher le luxe, les compagnies faciles, une mollesse qui l’aurait diverti de son mal.

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Émile Zola, 8 mai 1880, sur Gustave Flaubert

Émile Zola, 8 mai 1880, sur Gustave Flaubert

La parution en août 2015 d’un intéressant roman de Judith Perrignon sur l’enterrement de Victor Hugo, Victor Hugo vient de mourir (L’iconoclaste), nous a donné l’idée de rechercher les mots prononcés lors des funérailles de grands écrivains, et de préférence, les mots prononcés par leurs pairs. Ndlr. "La mort de Gustave Flaubert a été pour nous tous un coup de foudre. Six semaines auparavant, le dimanche de Pâques, nous avions réalisé un vieux projet ; Goncourt, Daudet, Charpentier et moi, nous étions allés…

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Victor Hugo, 29 août 1850, sur Honoré de Balzac

Victor Hugo, 29 août 1850, sur Honoré de Balzac

La parution en août 2015 d’un intéressant roman de Judith Perrignon sur l’enterrement de Victor Hugo, Victor Hugo vient de mourir (L’iconoclaste), nous a donné l’idée de rechercher les mots prononcés lors des funérailles de grands écrivains, et de préférence, les mots prononcés par leurs pairs. Ndlr —————————-   Messieurs, L’homme qui vient de descendre dans cette tombe était de ceux auxquels la douleur publique fait cortège. Dans les temps où nous sommes, toutes les fictions sont évanouies. Les regards se fixent désormais non sur les têtes qui règnent, mais sur les têtes qui pensent, et le pays tout entier tressaille lorsqu’une de ces têtes disparaît. Aujourd’hui, le deuil populaire, c’est la mort de l’homme de talent; le deuil national, c’est la mort de l’homme de génie. Messieurs, le nom de Balzac se mêlera à la trace lumineuse que notre époque laissera à l’avenir. M. de Balzac faisait partie de cette puissante génération des écrivains du dix-neuvième siècle qui est venue après Napoléon, de même que l’illustre pléiade du dix-septième est venue après Richelieu – comme si, dans le...

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