Cahier critique

Les Adieux à la Reine, L’Enfant d’en haut

 Les Adieux à la Reine, Benoit Jacquot C’est un film pour une fois très abouti que livre Benoit Jacquot, et il semble que le succès critique et le succès public soient tous deux au rendez vous. Adolphe, le précédent film de Benoit Jacquot (2002) dont cet Adieux à la Reine peut être rapproché, tout élégant et bien joué qu’il était, restait froid et empesé – inintéressant. Les Adieux à la reine témoigne d’une tension, de vibrations qui touchent le spectateur. Le cadre historique, soit les quelques jours qui suivent le 14 juillet 1789 tels qu’ils sont vécus à Versailles, y est pour beaucoup évidemment : au delà du bénéfice qui vient de l’unité de lieu et de temps, le film se leste d’un poids d’histoire et de fureurs qui n’est pas habituels dans les “films d’époque”, genre que revendique le réalisateur dans son interview de Positif (mars 2012).  Un autre aspect  doit être signalé : Benoit Jacquot filme ses talentueuses actrices comme Patrice Chéreau dirige ses acteurs, avec la même intensité, et la pudeur de la critique cinématographique a fait...

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Berenice Abbott au Jeu de Paume

Belle exposition au Jeu de Paume (21 février-29 avril 2012) qui montre la diversité de l’oeuvre de Berenice Abbott (1898-1991) depuis le portrait dans les milieux littéraire et artistique des années 20 (James Joyce, Djuna Barnes, Jean Cocteau, André Gide, Foujita, Marie Laurencin …), jusqu’aux photos de New York dix ans plus tard, qui seront suivies par des expériences de photographie scientifique, après-guerre, pour le MIT. On lui doit de nombreux clichés du Paris homosexuel des années 20, dont elle était une figure, et notamment  la célèbre photographie de la princesse Eugène Murat, fort virile, que le catalogue met en regard de la très féminine Djuna Barnes – aspect que le catalogue n’aborde pas, peut-être de peur de tomber dans l’anecdotique. L’exposition permet de mesurer à quel point Berenice Abbott, née à Springfield dans l’Ohio, petite expatriée sans diplôme dans le Paris de 1920,  a joué un rôle dans la photographie du premier vingtième siècle et oeuvré à sa reconnaissance comme art véritable, autonome de la peinture. Assistante de Man Ray, elle connait Kertész et collectionne Eugène Atget qu’elle essayera de faire...

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Matisse à Beaubourg

L’exposition “Matisse. Paires et séries” au Centre Pompidou de Paris, du 7 mars au 18 juin 2012, s’annonce comme une exposition majeure de l’année 2012. Elle est effectivement remarquable en tous points, même si l’on ne peut la conseiller à des adolescents qui ne connaitraient pas déjà le peintre et son œuvre. Il s’agit d’une exposition de peinture « pure », avec des œuvres qui montrent que pour la complexité et le foisonnement, Henri Matisse (1869-1954) ne craignait personne dans sa génération, et surtout pas Picasso, son ami et de fait, son grand rival. L’idée d’étudier les appariements a quelque chose d’artificiel, et du reste très peu des œuvres présentées sont de vraies paires. Quel que soit le sérieux du slogan qui justifie l’exposition, la cinquantaine d’œuvres font voir les étapes du travail graphique auquel s’astreignait Matisse, et qui est resté sa méthode de prédilection aux différentes périodes de sa peinture. Les photographies qui par exemple accompagnent la maturation du motif qui sera la « Blouse Roumaine » montre que ce tableau si naturel, si spontané vient d’une lente et complexe décoction de...

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Ridley Scott, Exodus Gods and Kings

Malgré le bien qu’on peut penser des péplums réalisés par Ridley Scott (Gladiateur ou Le Royaume des cieux, en particulier), il faut reconnaitre qu’il n’y a pas grand chose à sauver de son dernier opus, Exodus Gods and Kings. Certes, ce remake du célèbre film de Cecil B. de Mille, Les dix commandements, dépasse son modèle par la qualité des effets spéciaux, et les dix plaies de l’Egypte, la vague finale qui engloutit l’armée du pharaon sont spectaculaires.  Mais le film est vide. Et pourquoi faire de Ramsès une sorte de boss de la Mafia qui machonne du chewing-gum ? Pourquoi tous les “méchants” du films sont-ils associés à une virilité trouble, amollie1 ? Les acteurs paraissent souvent sortis de la dernière superproduction dans laquelle ils jouaient, films policiers ou films de science-fiction. Rien dans leur jeu ne donne la mesure de la solennité de cette histoire dans l’histoire culturelle de l’Occident ! Le film oblige à se demander si les conventions hollywoodiennes en matière de jeu d’acteur, de gestuelle et de filmage (ces gros plans, ces plans de coupe...

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