Quand les blessures de la mémoire refont surface – Hans-Ulrich Treichel

Quand les blessures de la mémoire refont surface – Hans-Ulrich Treichel

Tout le monde garde à l’esprit la décision d’Angela Merkel, le 31 août 2015, d’accueillir en Allemagne un grand nombre de réfugiés, afin de prévenir la crise humanitaire qui s’annonçait en Hongrie en raison de l’afflux de migrants et de la fermeture de la frontière avec l’Autriche.  Le geste fut largement commenté dans les médias, mais il ne se trouva guère que la presse germanophone pour évoquer à son propos le souvenir encore brûlant qu’ont laissé dans la mémoire collective, outre-Rhin, les déplacements de quelques douze millions d’Allemands d’Europe de l’Est vers les deux Allemagne (RFA et RDA), ainsi que vers l’Autriche, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Allemands, ou tout au moins ceux parmi eux qui s’étaient installés ou étaient descendants de colons installés à l’Est de la ligne formée par les fleuves Oder-Neisse, devinrent eux-mêmes des réfugiés. Fuite spontanée des populations effrayées par l’avancée de l’Armée rouge fin 1944-début 45 ou expulsions systématiques, en particulier de Pologne ou de Tchécoslovaquie, l’exode massif des populations germanophones, bien qu’il ait été le plus souvent dramatique...

Lire la suite »

Inattendu/Méconnu : Norbert Elias sur Nietzsche

Inattendu/Méconnu : Norbert Elias sur Nietzsche

Nous inaugurons une nouvelle rubrique qui consiste à proposer certains passages, parfois certaines pages d’ouvrages récents dont la teneur ne correspond pas à la pensée commune, aux idées qui circulent et qui repoussent d’autres points de vue dans les marges. Chaque époque a ses idées dominantes, autorisées, mais que l’expression “idéologie dominante” ne reflète pas vraiment, car elles varient, à un même moment, selon les lieux et les milieux. Elles ont l’effet d’occuper tout l’espace là où elles sont en vigueur, de fait, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne. Notre vocation étant de tracasser le lecteur, nous commencerons par deux pages de Norbert Elias sur un aspect de Nietzsche guère souligné en France, par pudeur probablement : la culture du duel et cette atmosphère si typique de l’époque wilhelminienne, qui est plus qu’on ne le dit, selon Elias, la matrice de sa pensée, entre beaucoup d’autres…. ___________   Norbert Elias sur Nietzsche  : Les Allemands, Luttes de pouvoir et développement de l’habitus aux XIXe et XXe siècles, Le Seuil 2017 « Lorsque l’on cherche une claire expression des principes sur lesquels...

Lire la suite »

Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le 6 juin 1928, lors de ce qui allait être l’avant-dernière saison des Ballets russes, Serge Diaghilev présentait, au Théâtre Sarah-Bernhardt, un nouveau ballet de Massine, Ode, dans des décors semi-abstraits de Pawel Tchelitchew et des éclairages bleutés d’une grande beauté de Pierre Charbonnier. Dirigée par Roger Désormière, la musique, cantate pour deux solistes et chœur, sur un poème de Lomonosov, était l’œuvre d’un débutant de 25 ans, Nicolas Nabokov. Lubcza, Paris Né à Lubcza, sur les bords sur Niémen, dans ce qui est à présent la Biélorussie, en 1903, Nabokov était de quatre ans plus jeune que son cousin germain Vladimir, futur auteur de Lolita. Sa mère, née Falz-Fein, descendait d’une riche famille d’origine allemande établie en Ukraine. Dans son autobiographie, Bagázh (parue en français en 1976 sous le titre Cosmopolite), il évoque son enfance privilégiée dans la Russie d’avant-guerre comme une sorte de paradis d’avant la chute. Comme tous les Russes des classes supérieures, il avait reçu une éducation polyglotte et parlait allemand, anglais et français. La révolution de février 1917 était survenue alors qu’il poursuivait ses études...

Lire la suite »