Covid et corps intermédiaires : comme un air de désertion

Covid et corps intermédiaires : comme un air de désertion

On l’a beaucoup remarqué : hors les extrêmes, les partis d’opposition font profil bas dans cette crise sanitaire, soucieux de ne pas sembler approuver Emmanuel Macron et le gouvernement, de peur de se couper des électeurs anti-vaxx ou anti-passe, soucieux aussi de ne pas alimenter ce qui est à maints égards une révolte anti-science. Il en est de même des autres corps intermédiaires, cet ensemble flou qui regroupe toutes les institutions privées ou publiques qui assurent, face à l’Etat, l’organisation, la régulation et la représentation d’une profession, d’un secteur ou d’une activité. Partis et CSA, bien mal inspirés Pour les partis, le Parti socialiste fait diversion en souhaitant une obligation vaccinale généralisée, avec des termes qui en font une déclinaison hypocrite du passe sanitaire, et la droite classique est dans l’ensemble tout aussi prudente. Les messages du PS comme ceux des LR sont balancés pour déplaire au moins de monde possible, sinon plaire à tout le monde. Le même constat peut être fait pour les centrales syndicales, discrètes elles aussi, et qui laissent trop souvent certains de leurs échelons...

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Sauver les médias, disent-ils

Sauver les médias, disent-ils

Julia Cagé, économiste, s’est adjoint un juriste, Benoît Huet, pour son nouvel ouvrage sur l’économie des médias, et  les thèses défendues, si elles sont dans le fil de celles qu’elle exposait dans Sauver les médias. Capitalisme, financement participatif et démocratie (2015), y gagnent en précision et en maturité. Pour autant, elles peinent toujours à convaincre. Le « bien public » du titre donne le registre et l’orientation de l’ouvrage. Le bien public, c’est en théorie économique standard,  celui qui peut être consommé par tous sans que personne y perde rien, celui qu’on ne peut s’approprier… C’est un bien qui doit logiquement être produit grâce aux financements non marchands, ceux de l’Etat ou de philanthropes, et soustrait à la logique de marché1. En langage courant, l’expression « bien public » est associée à une idée de haute valeur morale et de grande importance sociale. Les auteurs examinent les solutions institutionnelles et juridiques qui aujourd’hui permettent à la presse et aux autres médias, avec un succès tout relatif, de s’émanciper de la logique marchande et de la captation par les grands intérêts capitalistes, intérêts...

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Ivan Nabokov – La vie, les gens et autres effets secondaires

Ivan Nabokov – La vie, les gens et autres effets secondaires

Russe de père et de mère – mais, comme souvent chez les Russes de son milieu, avec une bonne part de sang allemand –, le héros de ce livre est issu de deux familles illustres. Fils du compositeur Nicolas Nabokov (1903-1978), cousin germain de l’auteur de Lolita, il appartient à la noblesse libérale riche et éclairée qui en des temps meilleurs aurait pu prendre en mains le destin de la Russie moderne si le putsch bolchevique n’avait pas contraint les siens à fuir, dès 1918, pour échapper à une extermination certaine. Du côté de sa mère, née Schakovskoy, il descend d’une famille princière naturellement plus conservatrice (son oncle a fini comme archevêque orthodoxe de San Francisco) et aux penchants antisémites accusés auxquels il est lui-même resté totalement imperméable. Il est né en 1932 à Kolbsheim, village au sud de Strasbourg, où Alexandre Grunelius, grand ami de son père, et sa femme Antoinette (née Schlumberger) possèdent un château. Son parrain, nous apprend-il au détour d’une phrase, est Felix Bethmann-Hollweg, fils du chancelier de l’Empire. Lancée en 1928 avec le ballet-cantate...

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