François Héran, l’âme en peine

François Héran, l’âme en peine

Dans son article paru dans La vie des idées, la revue du Collège de France, Francois Héran, démographe, veut expliquer aux professeurs d’histoire-géographie comment enseigner la liberté d’expression1. A son corps défendant, François Héran illustre tout ce qu’on voudrait cesser d’entendre, tant son propos est superficiel, hypocrite et faux. Il se livre à une entreprise de relativisation de la liberté d’expression, qui ne serait pas si ancienne dans la tradition française, pas si élevée dans l’ordre juridique, qui serait toujours assortie de restrictions légales et qui serait aujourd’hui nuancée par les juridictions internationales… Propos trivial ou faux. Il finit par condamner l’usage qui en est fait par Charlie-Hebdo – comme si la qualité, la pertinence des caricatures étaient la clef de la question, aujourd’hui posée dans le sang. Les attentats de ces derniers jours devraient lui commander le silence, ce qui lui éviterait de trahir les traditions libérales de sa chaire du Collège de France. Avant d’écrire, Francois Héran aurait dû songer à Renan, son prédécesseur, qui dut subir les attaques de groupes catholiques violents, déchaînés, qui considéraient que leur sensibilité...

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L’islam et la Vendée – digressions

L’islam et la Vendée – digressions

C’est peut-être par ce que l’on est en train de finir le livre d’Elisabeth de Fontenay, La Grâce et le progrès, sur la République et la Vendée, Jules Michelet et Victor Hugo, que l’on ressent une résonance entre la situation française après l’assassinat de ce professeur d’histoire par un islamiste et celle de la République face à la Vendée. Devant la révolte d’une masse paysanne attachée à ses prêtres, hostile à la conscription et respectueuse de ses nobles, la République décide l’intégration de gré ou de force, et au besoin par une violence qui a pu aller jusqu’aux crimes contre l’humanité : les colonnes infernales, les noyades de Carrier. Triste histoire, et que l’invasion étrangère ne saurait excuser1. Cet épisode de la Révolution permet un parallèle plus éclairant que le rappel de la lutte contre l’Eglise au début du XXème siècle et l’application parfois manu militari de la loi de 1905 – parallèle qui évidemment fera hurler. Ressemblances et différences A la différence de 1792, il ne s’agit pas aujourd’hui de détacher les fidèles de l’Ouest d’une institution centralisée, hostile comme...

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Siniavski, père et fils, et les services compétents

Siniavski, père et fils, et les services compétents

En russe, les services compétents s’appellent organes compétents (компетентные органы) et parfois aussi tout simplement « organes » органы. Peut-être pour rappeler que le qualificatif de « compétents » est parfois usurpé ? En tout état de cause, cette curiosité lexicale en dit long sur la nature de ces services. Ils passent donc pour faire partie intégrante du grand organisme que représente le pays. De toute façon « service », or le mot existe en russe, fut de tout temps un concept irréel hors de propos en URSS et n’acquit droit de cité en Russie qu’après la chute de « l’empire du mal ». La famille Siniavski Iegor Gran est le fils de Andreï Donatovitch Siniavski et de Maria Vassilievna Rozanova. Dans ce livre il raconte l’histoire de ses parents, et la sienne par conséquent, à ses débuts en tout cas, avec notamment l’arrestation de son père en 1965. Son père fut l’un des premiers et plus célèbres dissidents soviétiques des années 1960 et je l’ai bien connu, puisque, à son arrivée à Paris, il avait été invité et recruté par le département d’études slaves de la Sorbonne...

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