Numéro Septembre-Octobre 2013

Les pays émergents vus de près

 En 1978, la Chine se lance dans une série de réformes économiques destinées à sortir le pays des années noires. La première étape fut de décollectiviser l’agriculture, d’ouvrir le pays aux investissements étrangers et de donner aux entrepreneurs la permission de créer des sociétés. La Chine s’éveillait. La seconde étape vit la disparition des politiques protectionnistes, la levée du contrôle des prix et la privatisation d’une large majorité des entreprises publiques, en dehors de la banque et de l’énergie. Au milieu des années 90, le Brésil sortit de sa spirale inflationniste en accolant sa devise le Real au Dollar américain. Le “Plan real” élimina l’inflation avec succès. Les investisseurs ne s’y trompèrent pas et près de 25 millions de citoyens devinrent des consommateurs. En 2002, Luiz Inácio Lula da Silva, un ancien syndicaliste et activiste de gauche gagna les élections et mit en oeuvre une politique de redistribution. Le Brésil allait croître régulièrement entre 4 et 5 % sur les 10 années qui suivirent. Le scénario sera le même pour de nombreux pays du Sud.  Un mix de bonne...

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L’investissement international et l’ISR après le Bangladesh

Après la catastrophe du Bangladesh et l’effondrement d’une usine de textile qui a couté la vie à plus de 1130 travailleurs, les investisseurs institutionnels, les multinationales et les fonds d’investissement s’interrogent. C’est évidemment le cas des institutions publiques et parapubliques de développement, qui  sont des acteurs majeurs de l’investissement en pays émergents. L’Agence française de développement via Proparco, la Banque Mondiale via la Société Financière Internationale, la Banque européenne de reconstruction et de développement, la Banque africaine de développement, leurs homologues asiatiques et latino américains, toutes ces institutions injectent depuis longtemps des milliards dans les économies émergentes. Toutes insistent, sur leurs sites internet au moins, sur l’aspect durable et respectueux de l’environnement des projets qu’elles soutiennent. Ce sont ces fonds publics et parapublics qui sont les plus soucieux de développement durable, d’investissement socialement responsable et de bonne gouvernance. Les fonds privés, les entreprises industrielles leur ont emboîté le pas. L’ investissement socialement responsable (ISR) est bien entré dans les moeurs, ces quinze dernières années. C’est surtout pour les investisseurs institutionnels que les standards et les ratings se sont multipliés ces dernières années. Le...

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De la Phynance comme euphorisant

On sait qu’avec son orthographe fantaisiste, le Ubu d’Alfred Jarry ajoutait une emphase à la syllabe initiale du mot “finance”, ce “ph”qui s’écrirait en grec Φ, et qui se trouve aussi être le symbole d’une variable désignant la financial literacy. Dans une étude récente 1 consacrée au comportement financier des ménages, deux univeristaires, Nicola Fuchs-Schuendeln et Michael Haliassos, ont eu l’excellente idée de mettre à profit une situation historique privilégiée qui reproduit les conditions d’une authentique expérimentation – même si elle ne sera malheureusement pas reproductible. Il s’agissait d’évaluer  le facteur Φ, qui symbolise la « financial literacy ». Pour évaluer l’importance du facteur Φ dans le comportement financier des ménages, les circonstances de la réunification allemande offrent aux deux chercheurs deux ensembles humains possédant une langue commune et un niveau de culture générale comparable, à la différence près que les ménages de l’ancienne République Démocratique allemande (« Allemagne de l’Est ») se sont trouvés préservés, du fait du régime communiste, de toute « familiarité » avec les services financiers « modernes » de l’économie de marché.  Quelles différences était-il possible d’observer dans le comportement financier des ménages de l’Allemagne réunifiée, entre les...

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Carnets de combat : la question Gay au Cameroun (suite)

Carnet de Saskia Distisheim, avocate au Barreau de Genève – juillet 2013 Lundi 15 juillet 2013 En transit à Douala, j’apprends l’assassinat d’Eric Ohena Lembembe, journaliste, pour le site web 76crimes, défenseur des droits LGBT, directeur exécutif de Camfaids (Cameroun  Foundation for Aids, une association camerounaise pour la défense des droits LGBT et de lutte contre le VIH/Sida). Il avait notamment couvert le cambriolage des bureaux de Me Michel Togué, le 16 juin dernier. J’en informe immédiatement Me Alice Nkom et Michel, alors que dans l’avion de Brussels Airlines tous les passagers africains prennent la défense d’un passager, lui aussi africain, qui s’est vu refuser l’accès aux toilettes, l’avion venant de quitter la porte d’embarquement. Les passagers lancent des invectives contre le personnel en le traitant de raciste, en disant que l’ère de l’esclavage et de la supériorité de la race blanche est terminée… Nous revenons au terminal et la police arrive pour débarquer les passagers turbulents. Deux heures plus tard, nous décollons enfin pour Yaoundé. Michel et Alice sont sous le choc. Ils connaissaient bien Eric, un excellent journaliste,...

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