Numéro Mai 2012

Helmut Newton au Grand Palais

L’exposition Helmut Newton au Grand Palais, du 24 mars au 17 juin 2012, a relancé le débat : créateur ou charlatan, artiste ou imposteur ? Le débat est d’ailleurs souvent inscrit sur la même page des magazines, avec deux colonnes en regard, l’une pour, l’autre contre. La presse, les magazines consacrés à la photographie ont globalement adopté la première position, et font d’Helmut Newton (1920-2004) un photographe majeur de la deuxième partie du XXème siècle. Très peu ont repris sinon pour mémoire les questions que la critique féministe ou la critique sociale ont pu poser à son sujet, lui qui réifiait les corps de femmes et qui photographiait les gens riches et puissants, lui qui résidait à Monaco, ce mouroir pour millionnaires. A voir les œuvres rassemblées au Grand Palais, il est impossible de contester le grand talent du photographe, et même le caractère impressionnant de ce talent, ce qui ne règle pas la question de la moralité de ces images. Avec très peu, Helmut Newton obtient un effet visuel et une densité de significations très au dessus de la...

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La Grande illusion : image d’un autre temps

Il est aujourd’hui difficile de voir sans perplexité La Grande Illusion, film qui vient de ressortir au début du printemps. Le film de Jean Renoir est divertissant, les acteurs sont en général convaincants, et le scénario conduit au dénouement – l’arrivée en Suisse – sans aucun ennui. Il reste que les images semblent venir d’un autre temps, non parce que le film est en noir et blanc mais du fait que la narration, consciemment (admettons-le pour l’instant), est faite de stéréotypes sociaux et culturels qui au lieu d’éclairer les personnages, encombrent notre vision et auxquels on ne peut vraiment croire. La culture antifasciste A l’occasion de la nouvelle sortie du film, en février 2012, la critique s’est limitée à louer les qualités du film, dûment restauré, et à le présenter comme un élément du patrimoine national. Certains ajoutaient, il y a encore peu : du patrimoine « progressiste ». « Un classique, un grand classique, le film où s’exprime le mieux la philosophie pacifiste et humaniste de Jean Renoir » écrivait ainsi un journaliste de l’Observateur en mars 2012. Pacifisme, humanisme … Il...

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Sarkozy et son bilan, Hollande et son projet

Il sera difficile de faire le bilan des cinq années de pouvoir sarkozyste. Le pire y côtoie le meilleur, de la chasse aux immigrés à la question prioritaire de constitutionnalité ou au Grenelle de l’environnement. Ceux qui s’y risquent sont pris soit par l’esprit de parti, qui fait tout approuver ou tout dénoncer, soit par l’absence de recul qui fait distribuer torts et mérites au mépris du principe de causalité. Il reste que le sarkozysme aura donné à voir ce que le groupe social dont relève sont héraut peut et ne peut pas faire, ce qu’il a mobilisé comme principes d’action et comme objectifs, et ce qu’il a laissé de coté. Par comparaison, que peut-on attendre d’un pouvoir socialiste ?

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La perplexité d’une francophone francophile ou Une journée aux services culturels

C’était la fine fleur de la francophonie scolaire de l’Amérique : le « sénateur à vie » de la grande fac de New York qui a fait triompher le nouveau roman à travers les Etats-Unis et qui tient le record mondial d'organisateur de colloques ; le grand esprit de l’histoire littéraire en France, qui professe à Paris et à New York, celui qui a théorisé nos vies entre deux pays; le président de l’Association Américaine des Professeurs de Français, un gentleman du Tennessee, statistiques à l’appui ;

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Sans fard: une mort qui évite de vilains débats

Personne n’est obligé d’être d’accord Pas plus mal au fond que l’assassin de Toulouse et de Montauban ait été abattu par la Police. Non parce qu’il faut punir de mort les assassins d’enfants ; ni même par ce qu’il est ainsi fait l’économie d’un procès qui lui aurait donné l’occasion de proclamer en tribune sa haine de la démocratie et de l’Occident ; ni non plus parce que les débats auraient montré les lacunes de la police dans la gestion de celui qui était probablement un indicateur ; mais parce que la société française étant ce qu’elle est, il ne serait pas heureux de lui donner un débat dont elle n’a aujourd’hui ni les concepts ni les solutions, celui de l’intégration de la jeunesse prolétaire d’origine immigrée, qu’il est si pratique de reléguer et d’oublier, et un spectacle qui nourrirait le problème plutôt qu’il n’aiderait à le résoudre :  une droite sécuritaire sans réflexion et qui se fiche bien de la vie des pauvres pourvu qu’elle conserve le pouvoir, une gauche incapable de comprendre la dimension culturelle et ethnique de la...

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La Turquie et le Printemps arabe

Tunisie, Egypte, Libye, Bahreïn, Yemen… la liste des pays touchés à différents niveaux par le « Printemps arabe » est longue. Bien que recoupant des réalités très différentes, ce Printemps qui fait référence à celui « des peuples » de 1848, s’est traduit par des mouvements sans précédent par leur ampleur et leurs conséquences dans une partie des pays arabes. Une volonté commune de liberté, de développement économique et de lutte contre la corruption s’est exprimée dans les sociétés civiles. Ces dernières ont dû s’interroger et s’interrogent encore sur un modèle vers lequel tendre, s’intéressant notamment au « modèle turc ». Pourtant, jusqu’à récemment, la référence au modèle turc par des sociétés conservatrices où le fait religieux est prononcé était inenvisageable. Depuis la fondation de la République turque en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, la prise de distance avec le « monde oriental » était marquée. Mustafa Kemal souhaitait inscrire son pays dans l’Occident, en mettant sous contrôle le fait religieux comme cela était le cas, dans une certaine mesure, dans l’empire Ottoman. Atatürk, qui considérait que « l’homme politique qui a besoin du secours de la religion pour...

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Hunger Games

Cinéma : Hunger Games, de Gary Ross On a longtemps vu Hunger Games comme le petit frère de Twilight et le successeur de Harry Potter. Les fans de “Hunger Games” seront contents d’entendre dire que ceci est faux, et qu’il ne faut surtout pas les assimiler aux fans de Stéphanie Mayer et de J.K Rowling. “Hunger Games” a un univers bien à lui, sans rapport avec celui de Twilight ou de Harry Potter. Dans un futur proche, vingt-quatre enfants de douze districts sont sélectionnés pour participer à un jeu cruel : “les Hunger Games”. Ils sont déposés dans une arène. Le but qu’on leur donne: s’entretuer. Le survivant est le vainqueur. Dans cet univers, Katniss est l’un des 24 enfants choisis. Va-telle s’en sortir ? Elle est certaine que non. Le film provoque l’émotion et on se surprend à éprouver de l’empathie pour ces jeunes destinés à mourir. On se surprend nous aussi à attendre que les adolescents s’entretuent. L’écart qu’il y a entre le Capitole, la capitale des États-Unis du futur qu’on nomme “Panem”, et les  douze districts...

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Les Adieux à la Reine, L’Enfant d’en haut

 Les Adieux à la Reine, Benoit Jacquot C’est un film pour une fois très abouti que livre Benoit Jacquot, et il semble que le succès critique et le succès public soient tous deux au rendez vous. Adolphe, le précédent film de Benoit Jacquot (2002) dont cet Adieux à la Reine peut être rapproché, tout élégant et bien joué qu’il était, restait froid et empesé – inintéressant. Les Adieux à la reine témoigne d’une tension, de vibrations qui touchent le spectateur. Le cadre historique, soit les quelques jours qui suivent le 14 juillet 1789 tels qu’ils sont vécus à Versailles, y est pour beaucoup évidemment : au delà du bénéfice qui vient de l’unité de lieu et de temps, le film se leste d’un poids d’histoire et de fureurs qui n’est pas habituels dans les “films d’époque”, genre que revendique le réalisateur dans son interview de Positif (mars 2012).  Un autre aspect  doit être signalé : Benoit Jacquot filme ses talentueuses actrices comme Patrice Chéreau dirige ses acteurs, avec la même intensité, et la pudeur de la critique cinématographique a fait...

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Berenice Abbott au Jeu de Paume

Belle exposition au Jeu de Paume (21 février-29 avril 2012) qui montre la diversité de l’oeuvre de Berenice Abbott (1898-1991) depuis le portrait dans les milieux littéraire et artistique des années 20 (James Joyce, Djuna Barnes, Jean Cocteau, André Gide, Foujita, Marie Laurencin …), jusqu’aux photos de New York dix ans plus tard, qui seront suivies par des expériences de photographie scientifique, après-guerre, pour le MIT. On lui doit de nombreux clichés du Paris homosexuel des années 20, dont elle était une figure, et notamment  la célèbre photographie de la princesse Eugène Murat, fort virile, que le catalogue met en regard de la très féminine Djuna Barnes – aspect que le catalogue n’aborde pas, peut-être de peur de tomber dans l’anecdotique. L’exposition permet de mesurer à quel point Berenice Abbott, née à Springfield dans l’Ohio, petite expatriée sans diplôme dans le Paris de 1920,  a joué un rôle dans la photographie du premier vingtième siècle et oeuvré à sa reconnaissance comme art véritable, autonome de la peinture. Assistante de Man Ray, elle connait Kertész et collectionne Eugène Atget qu’elle essayera de faire...

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Matisse à Beaubourg

L’exposition “Matisse. Paires et séries” au Centre Pompidou de Paris, du 7 mars au 18 juin 2012, s’annonce comme une exposition majeure de l’année 2012. Elle est effectivement remarquable en tous points, même si l’on ne peut la conseiller à des adolescents qui ne connaitraient pas déjà le peintre et son œuvre. Il s’agit d’une exposition de peinture « pure », avec des œuvres qui montrent que pour la complexité et le foisonnement, Henri Matisse (1869-1954) ne craignait personne dans sa génération, et surtout pas Picasso, son ami et de fait, son grand rival. L’idée d’étudier les appariements a quelque chose d’artificiel, et du reste très peu des œuvres présentées sont de vraies paires. Quel que soit le sérieux du slogan qui justifie l’exposition, la cinquantaine d’œuvres font voir les étapes du travail graphique auquel s’astreignait Matisse, et qui est resté sa méthode de prédilection aux différentes périodes de sa peinture. Les photographies qui par exemple accompagnent la maturation du motif qui sera la « Blouse Roumaine » montre que ce tableau si naturel, si spontané vient d’une lente et complexe décoction de...

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