Numéro Juin-Juillet 2012

Refonder l’entreprise, Blanche Segrestin et Armand Hatchuel

Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, Refonder l’entreprise Editions Seuil, coll. La République des idées, 2012 Encore une étude sur les origines de et les remèdes à la crise, direz-vous (v. not., M. Aglietta et A. Rebérioux, Les dérives du capitalisme financier, Albin Michel, 2004) ! Détrompez-vous : la réflexion que proposent ces deux professeurs des Mines ParisTech, Blanche Segrestin et Armand Hatchuel, dans leur essai « Refonder l’entreprise », est, sans jeu de mots, une mine d’informations et de pistes de recherches. Comment lire un ouvrage d’économistes quand on ne l’est pas soi-même ? Les partisans de l’analyse économique du droit sont coutumiers de l’exercice, mais ils le font avec un biais idéologique néo-libéral peu conscient de lui-même. Il convient de tirer les leçons de la pensée de Stanley Fish, le célèbre professeur américain et de son célèbre ouvrage « Quand lire, c’est faire » ( S. Fish, Is there a text in this class ?, trad. Par E. Dobenesque, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives, Les Prairies Ordinaires, coll. Penser/Croiser, 2007). qui se situe dans la...

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Service Public et nouvelle politique de gauche

Il suffit de prendre le métro à Paris pour constater rapidement que le niveau de service (personnel au contact de la clientèle, niveau de propreté des stations, etc.) est largement perfectible. Il suffit de prendre l’avion à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle pour noter que les horaires de la Police aux Frontières ne sont pas nécessairement calés avec ceux des arrivées des gros porteurs, générant d’importants et inutiles  temps d’attente pour les passagers, que la signalétique y est confuse, que les toilettes ne sont pas toujours d’une propreté exemplaire. Il suffit de se rendre dans un commissariat de police, dans un hôpital, dans une préfecture pour noter que la notion de service n’est pas première : l’on y vient pour déposer une plainte, se faire soigner, être traité administrativement, mais pas pour recevoir un service.  Joli paradoxe pour le Service Public qui semble avoir oublié le sens même de son nom ! De trop rares améliorations Des améliorations sont observables. Le bureau de Poste ne ressemble définitivement plus à la caricature que les humoristes aiment bien en faire. L’Administration des...

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L’Inventaire du communisme, François Furet

François Furet, L’Inventaire du communisme, Editions EHESS Le petit livre (92 pages) réalisé par l’historien Christophe Prochasson à partir de discussions qu’eurent ensemble François Furet et Paul Ricoeur en 1997 n’est pas une introduction au maitre livre de Furet, Le passé d’une illusion (1995). Ce serait plutôt une piqure de rappel, heureuse et bienvenue. Les thèmes du Passé d’une illusion, repris dans cet Inventaire sur le mode de la conversation, s’éloignent de nous, de la même façon que la Guerre de 14-18 s’est éloignée. On ne se représente plus ce qu’a été l’illusion communiste, comme on ne comprend plus ce qu’ont pu être les grandes hérésies populaires, le catharisme, les vaudois, ou l’élan qui a poussé aux Croisades. Qui hors les historiens s’intéressera encore aux articles de la Partisan Review ou aux errements des Compagnons de route, dont parle Furet ?  L’histoire a rendu son jugement ; même le vocabulaire a vieilli.  Mais ce petit livre comporte, sur la période pré-soviétique, nombre de notations pertinentes, d’aperçus qui correspondent au monde qui après la parenthèse 1914-1989, se reforme peu à peu...

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Margin Call

Film convaincant sur la crise financière, qui a le mérite de ne pas représenter le monde de la Finance comme une réunion de tempéraments hors norme aux comportements pathologiques (tels les personnages de Wall Street, tels encore dans la “vraie vie” Bernard Madoff ou Jérôme Kerviel). La crise n’est pas montrée comme la conséquence d’une escroquerie, qu’on pourrait attribuer et donc circonscrire à des individus déviants, mais comme un effet de système, comme la conséquence d’un système vicié, fondé sur un modèle mathématique inexact, dont le fonctionnement est d’autant plus dangereux que tous les mécanismes d’alerte ont été sciemment désactivés : le film commence par le licenciement “à l’américaine” du directeur des risques ; des mémos alarmistes ont été classés sans suite, apprend-t-on. Sur les conseils du directeur des risques qui leur passe en secret, avant de prendre l’ascenseur, la clef USB qui contient ses calculs, deux jeunes analystes vont découvrir les erreurs du modèle en une nuit frénétique, ce qui donne au film un rythme et un style de thriller. Margin Call est aussi le film de la...

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