Numéro Mars-Avril 2014

Comment et pourquoi réussissent les immigrés, le débat américain

Les débats sur l'immigration et sur le sort des minorités ethniques sont souvent aux États‑Unis plus vifs et plus intéressants que ceux que nous avons en France. Les situations sont, malgré des différences évidentes qui viennent de l'histoire et de la géographie, beaucoup plus proches qu'on ne le pense, et l'on s'épargnerait des échanges stériles et oiseux, dont le dernier numéro du Débat illustre bien les rhétoriques obligées (avec ces échanges si prévisibles autour du livre d'Alain Finkielkraut, notre Thilo Sarrazin, « L'identité malheureuse », et autour des thèses de la démographe Michèle Tribalat), si l'on prenait tout à la fois, comme aux États‑Unis sur ces questions, le parti de la vérification empirique, de l'analyse historique et de la liberté de propos. Et précisément aux États‑Unis, la question de la destinée sociale des minorités ethniques est l'objet d'un débat intéressant. Un professeur de Yale et son collègue de mari à la faculté de droit, célèbres pour l'éducation hyper-exigeante qu'ils donnent à leur enfants au nom de valeurs d'inspiration chinoise, viennent de défendre la thèse que réussissent les...

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Comment se créent les nations ? Dilemmes israéliens

Comment se créent les nations ? Dilemmes israéliens

Le jeune philosophe israélien Omri Boehm nous avait donné un article sur le sacrifice d'Abraham et sa dimension politique, paru dans le numéro précédent de Contreligne. Il commente pour nous l'ouvrage récemment paru aux États‑Unis « My Promised Land : The Triumph and Tragedy of Israel » de l'israélien Ari Shavit. L'ouvrage donne bien la mesure et l'intensité des dilemmes que connaissent nombre d'israéliens quand ils examinent le passé encore proche de leur pays et l'avenir trouble du Proche-Orient. On ne crée pas une nation impunément, disent certains. Constat trop commode, disent d'autres. Peu de nations ont cette exigence de lucidité intellectuelle, noterons-nous.

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Syndicats français et développement durable : mariage d’amour ou mariage de raison ?

Développement durable et syndicalisme entretiennent des relations ambiguës, parfois même conflictuelles. D’un côté de la ligne se trouvent les syndicats, corps intermédiaires issus du XIXe siècle et renforcés par le compromis fordiste et productiviste du XXe siècle. De l’autre côté du curseur, se place le développement durable, idée récente forgée en 1992, qui tente de sauvegarder la planète et le futur des nouvelles générations en rompant avec l’idéologie de l’infinitude des ressources. Dans ce contexte, les syndicats ont opéré un véritable aggiornamento, plus ou moins rapide selon les organisations, par rapport au développement durable permettant de faire naitre trois grandes familles de syndicalisme face à cet enjeu global : « les premiers croyants », « les nouveaux convertis », et les « réfractaires ».

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L’Iran, l’Occident et les droits de l’homme : du souci à l’oubli

L’Iran, l’Occident et les droits de l’homme : du souci à l’oubli

Reyhaneh Jabbari, une iranienne de 26 ans, est en prison depuis sept ans. Condamnée à mort, elle attend l’exécution de la peine capitale. Quel était son crime ? Avoir tué un homme qui a essayé de la violer. En octobre 2013, un mineur accusé de meurtre a été exécuté dans le sud du pays dans la ville de Kazeroon. On estime que plus de cents mineurs délinquants seraient actuellement dans l'antichambre de la mort en Iran.

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L’apostat et la mode Jaurès

La mode Jaurès, à gauche, laisse transparaître qu’il se produit, sur un mode comique, un phénomène de type quasi-religieux. Et cette quasi-religion, ces rites accomplis avec plus ou moins de sincérité sont autant de signe de l’ébranlement moral qui touche la mouvance socialiste. Qu’on en juge : en cette année du centenaire de sa mort, comme on pouvait s’y attendre mais pas dans ces proportions, Jaurès est l’objet d’un nombre étonnamment élevé de biographies, d’études, de monographies, comme s’il n’y avait rien de plus urgent, à gauche, que de revenir à cette période de la IIIème République :  Jean Jaurès de Vincent Duclert et Gilles Candar (février 2014), La victoire de Jaurès de Charles Silvestre, Ernest Pignon-Ernest et Marc Ferro (septembre 2013), Jaurès : une vie pour l’humanité de Gilles Candar, Romain Ducoulombier et Magali Lacousse (mars 2014), … 1.   La société des études jauressienne est sur twitter et ses membres font circuler l’actualité du grand homme 2. Le centenaire n’explique pas tout.  Sous-jacent à ceci, ce mot d’ordre : il faut un retour à Jaurès, la gauche a trop oublié...

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J’accuse Bill Viola

J’accuse Bill Viola

J'accuse Bill Viola de restaurer le culte des images, et de faire concurrence, dans les galeries du Grand Palais, à Notre Dame de Paris. La foule de visiteurs de la remarquable rétrospective qui lui est consacrée ne ressemble pas à celle des expositions d'art contemporain. D'ordinaire partagée entre l'amusement, l'étonnement, le consentement, elle est ici dans le recueillement. Pas un bruit, à peine quelques chuchotis face aux images. On ne visite pas. On célèbre. Enclenché au XVIIIème siècle, le transfert sur l'œuvre d'art des affects autrefois réservés au sacré paraît ici bien achevé. Malgré toutes les tentatives de désacralisation, l'art a tourné en religion. Religion cool : on n'est pas agenouillé. Mais sur le cul - qui est une manière d’être stupéfait -, genoux pliés et bras tendus en trapèze à l’arrière. Office new age. Les icônes de Viola promettent ainsi, dans cet entre-sort forain, plongé dans un jour de sacristie, une initiation aux mystères de la vie et de la mort. Entrez, entrez, et vous verrez. Des corps qui chutent...

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La réforme pénale : contre le discours simpliste ! A propos de l’ouvrage de Philippe Bilger «Contre la justice laxiste»

Dans le récent remaniement ministériel , Christine Taubira, Garde des Sceaux a conservé son ministère. Sage décision de la part de Manuel Valls qui a su faire prévaloir l’intérêt général des réformes sur ses désaccords passés. Les dossiers en cours auraient probablement été, sinon enterrés, du moins ralentis dans leur traitement. Et des réformes, il y en a eu : loi sur le harcèlement sexuel en juillet 2012, loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels en mai 2013, fin de l’expérimentation des jurés en correctionnelle en avril 2013, adaptation de la loi française aux engagements internationaux en matière pénale le 5 août 2013, loi relative à la géolocalisation du 28 mars 2014, etc. Bien d’autres encore sont à venir telles que la réforme du droit des obligations, celle relative à la modernisation de la justice, le projet de loi renforçant le secret des sources des journalistes, la transposition de la directive du 22 mai 2012 relative au droit à l’information dans le cadre des procédures pénales, le projet de loi sur la collégialité de l’instruction… Mais la réforme la plus...

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Ce que la crise financière nous dit de la magistrature

Les tribunaux français, somme toute, ont été peu saisis des conséquences de la grande crise financière qui a commencé en 2007, et dans le lot, peu de litiges ont porté sur les techniques qui en ont été le cœur : la titrisation, les swaps et autres produits dérivés, ces techniques qui ont pour point commun d’assurer la dissémination des risques. L’affaire Kerviel, celle qui a le plus intéressé les médias, n’est pas représentative de cette crise, pas plus que ne l’était l’affaire Madoff. Quand les comportements sanctionnés relèvent de la fraude, ils ne témoignent pas des déviances d’un système, seulement du peu de sérieux des contrôles. C’est quand les comportements ne sont pas illégaux, lorsqu’ils sont au contraire, sinon majoritaires, du moins considérés comme normaux dans une conjoncture donnée, qu’ils donnent la véritable nature de la situation. Bien peu, trop peu d’affaires de ce genre ont été portées devant les tribunaux français. Deux affaires, pour le coup typiques des causes et des manifestations de cette crise, ont néanmoins marqué la chronique judiciaire : l’affaire dite des fonds « monétaires...

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Anthony Giddens, l’Europe, “Turbulent and Mighty Continent”

Faut-il se méfier d’un Britannique pro-européen ? Faut-il se méfier d’Anthony Giddens, qui fut l’un des artisans de la « troisième voie » empruntée par Tony Blair et qui, à quelques semaines des élections européennes, se livre à un plaidoyer en faveur de l’Europe fédérale dans son dernier ouvrage Turbulent and mighty continent, What future for Europe  ? Ne nous arrêtons pas au choix de la photo de couverture de l’ouvrage qui emprunte un cliché nocturne du continent européen à la NASA plutôt qu’à l’Agence spatiale européenne et suivons son regard sur l’Europe – ou plus exactement sur les Europes : pour Anthony Giddens, l’Europe a plusieurs visages. Tout d’abord, il y a « l’EU1 », celle de Monnet, des traités et des institutions qui, depuis Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg, légifèrent à tout-va : la Commission et son monopole de l’initiative communautaire ; le Conseil de l’Union européenne et ses ministres aux légitimités nationales ; le Parlement européen élu au suffrage universel direct. Mais la crise économique de 2008 a fait tomber les masques et « l’EU2 » est sortie de l’ombre. L’EU2,...

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Où sont donc les poètes-soldats de 14-18 ?

Le voyageur qui, avant de revenir à Paris, s’arrête à la grande librairie de la Gare Saint-Pancras, à Londres, verra les piles de livres de poésie, bien mis évidence – comme la poésie ne l’est plus jamais en France. S’il s’approche, il s’apercevra qu’il s’agit de la poésie des années de guerre, celle de 14-18, et qu’elle est traitée par les libraires comme un produit grand public, dont on sait qu’il va plaire. Rien de tel en France pour la poésie de 14-18 : seuls existent, en grand nombre en ce moment, les romans, les carnets de poilus ou les livres d’histoire. Pourquoi cette différence ?

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