Numéro Mars-Avril 2013

Emmanuel Todd et le complexe de Sénécal

Il est toujours pénible d’avoir à écrire un billet ad hominem. C’est déplaisant, peu convenable, et oblige à s’occuper d’une  personne, avec ses particularités et ses petits et grands démons, qui n’ont à l’échelle des choses que peu d’importance. Les propos d’Emmanuel Todd sur l’Allemagne, le 10 mai lors d’une émission télévisée où il semble avoir table ouverte, sont si indignes qu’ils obligent pourtant à le désigner au mépris public – pour reprendre une vieille expression, désuète mais pertinente. C’est une infamie et une lâcheté de dire, dans un débat à la télévision française, à une politologue berlinoise et à l’ancien conseiller politique de Helmut Kohl (au demeurant, ancien de l’ENA, Promotion Guernica) que le but de l’Allemagne est “d’exterminer” l’économie européenne, et de tenir d’autres propos tous plus rapides et plus  malsains les uns que les autres. Une idée juste, trois idées fausses, c’était le ratio hier soir dans le discours d’Emmanuel Todd, et toujours, sans la moindre modération du ton ou du propos. C’est aussi une ânerie sur le plan économique, compte tenu que l’Allemagne exporte près de la moitié de sa production industrielle en Europe,...

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Gouverner, c’est (mal) nommer

Le pouvoir entend procéder, après le “choc de simplification” annoncé pour les formalités administratives, à un “choc de moralisation” rapide afin de cautériser la  plaie que représente l’affaire Cahuzac. Qui n’approuverait ? Encore faut-il que le “choc” débouche sur des textes précis, judicieux, applicables rapidement, sans succession de décrets d’application ou embarras pratiques qui en réduiraient la portée.  Ce sera difficile, mais sait-on jamais ! Il reste que la pratique du pouvoir socialiste depuis onze mois a péché sur un autre plan qui pourrait appeler un “choc de moralisation”, celui des nominations, prérogative dont l’exercice importe autant que de surveiller le patrimoine des élus et leurs liens avec les intérêts économiques. François Hollande a aussi été élu pour que la “République des copains et des coquins”, selon la vieille formule des années 70 qui concernait l’UDR et s’appliquait bien au pouvoir sarkozyste, cède la place à une République des procédures et des valeurs, y compris en ce qui concerne les processus de nomination. Il est difficile de mesurer si les choses ont changé. Des exemples emblématiques sont néanmoins inquiétants : la...

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Sciences-Po : test de reproduction

On aurait tort de voir dans les péripéties qui marquent la désignation du prochain directeur de Sciences-Po une petite affaire à la française, typique d’un monde un peu archaïque, assez déplaisant, mais somme toute sans grande importance.  Sciences-Po est la matrice de tout un pan de la classe dirigeante française, notamment parce qu’il s’agit de la voie classique d’accès à l’ENA. Au delà du poste de prestige et d’influence pour celui qui l’occupe, la direction de l’Institut donne un pouvoir d’orientation sur ce que sera au moins une fraction de cette classe dirigeante. Par 15 voix contre 14, la désignation d’un normalien, énarque et membre du Conseil d’Etat, dans les conditions qu’on connait, n’est pas difficile à décrypter : c’est le signe que la noblesse d’Etat, les termes de Bourdieu sont parfaits ici, veut garder le contrôle culturel et institutionnel de sa propre reproduction – et que la procédure de nomination se soit probablement affranchie des principes de transparence, de régularité et d’impartialité n’a pas effrayé les quelques personnes, les réseaux qui ont été à la manoeuvre. De la même...

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