Numéro Janvier-Février 2015

Régis Debray, L’erreur de calcul

Dans ses articles et ses ouvrages, Régis Debray a pour marque de fabrique le brio verbal et le jeu de mots1. Sur deux cents pages, c’est fatigant.  Dans son dernier petit livre au format d’article, c’est plaisant. Cela donne parfois d’excellentes formules, comme celle par laquelle Debray prolonge le mot bien connu de Péguy : «“Tout commence en mystique et finit en politique“. Avec sa célèbre formule, Péguy ne détenait encore que la moitié du programme s’il s’avère que la politique peut elle-même finir en statistiques », écrit-il. Abaissement Debray ouvre son livre par ce qui en a certainement été le prétexte : le  « j’aime l’entreprise » de Valls au dernier congrès du MEDEF, en quoi Debray voit l’abaissement ultime du politique et de la Gauche en particulier.  On lui accordera que le propos de Valls était pour le moins simplet. ll est certainement le signe d’un changement à Gauche, mais si maladroit qu’on se demande où le Premier ministre choisit ses conseillers politiques2. L’Economique devient la seule catégorie du Politique, nous dit Debray, et lui donne son...

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Palmarès des meilleurs films politiques de 2014

    Et voici notre palmarès, sans esprit de sérieux, des films à dimension politique sortis durant l’année 2014 :   1. Léviathan (A. Zviaguintsev, Russie) : misère du Russe sans Dieu   2. Ida (P. Pawlikowski, Pologne) : Pologne, terre de contrastes   3. Retour à Ithaque (L. Cantet, France) : Cubains entre Tchekhov et Sakharov   4. Deux jours, une nuit (Frères Dardenne, Belgique) : Marion contre les patrons   5. De l’autre coté du mur (Ch. Schwochow, Allemagne) : l’Est-allemande se rebiffe   6. Night Moves (K. Reichardt, USA) : l’écologiste vire au noir   Nos lecteurs sont invités à nous signaler nos erreurs ou nos oublis en matière de films à dimension politique.   La rédaction Télécharger au format PDF

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Marc Bloch, l’été 14, «Souvenirs de guerre»

1914-1915 Août 1914 ! Je me vois encore, debout dans le couloir du wagon qui nous ramenait, mon frère et moi, de Vevey où nous avions appris dans la journée du 31 juillet la déclaration par l’Allemagne de l’état de guerre. Je regardais le soleil se lever, dans un beau ciel nuageux, et je me répétais à mi-voix ces mots, en eux-mêmes parfaitement insignifiants et qui me paraissaient pourtant lourds d’un sens redoutable et caché : « Voici l’aube du mois d’août 1914. » En arrivant à Paris, à la gare de Lyon, nous connûmes par les journaux l’assassinat de Jaurès. A notre deuil, une poignante inquiétude se mêla. La guerre semblait inévitable. L’émeute en souillerait-elle les prémices ? Tout le monde sait aujourd’hui combien ces angoisses étaient injustes. Jaurès n’était plus. Mais l’influence de son noble esprit lui survivait : l’attitude du parti socialiste le prouva aux nations. Le tableau qu’offrit Paris pendant les premiers jours de la mobilisation demeure un des plus beaux souvenirs que m’ait laissé la guerre. La ville était paisible et un peu solennelle. La circulation très ralentie, l’absence des autobus, la rareté des auto-taxis rendaient les rues presque...

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Ridley Scott, Exodus Gods and Kings

Malgré le bien qu’on peut penser des péplums réalisés par Ridley Scott (Gladiateur ou Le Royaume des cieux, en particulier), il faut reconnaitre qu’il n’y a pas grand chose à sauver de son dernier opus, Exodus Gods and Kings. Certes, ce remake du célèbre film de Cecil B. de Mille, Les dix commandements, dépasse son modèle par la qualité des effets spéciaux, et les dix plaies de l’Egypte, la vague finale qui engloutit l’armée du pharaon sont spectaculaires.  Mais le film est vide. Et pourquoi faire de Ramsès une sorte de boss de la Mafia qui machonne du chewing-gum ? Pourquoi tous les “méchants” du films sont-ils associés à une virilité trouble, amollie1 ? Les acteurs paraissent souvent sortis de la dernière superproduction dans laquelle ils jouaient, films policiers ou films de science-fiction. Rien dans leur jeu ne donne la mesure de la solennité de cette histoire dans l’histoire culturelle de l’Occident ! Le film oblige à se demander si les conventions hollywoodiennes en matière de jeu d’acteur, de gestuelle et de filmage (ces gros plans, ces plans de coupe...

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