Numéro Janvier-Février 2015

L’été 14 vu par les écrivains

L’été 14 vu par les écrivains

  Marc Bloch, l’été 14, «Souvenirs de guerre» Irène Némirovsky, l’été 14, « Les feux de l’automne » Sebastian Haffner, l’été 14, «Histoire d’un Allemand, Souvenirs (1914-1933)» Roger Martin du Gard, l’été 14, « Les Thibault, III » Jean Paulhan, l’été 14, «Le Guerrier appliqué» Colette, l’été 14, « Les heures longues » Gabriel Chevallier, l’été 14, « La Peur » Stefan Zweig, l’été 14, « Le Monde d’hier, Souvenirs d’un européen » Jules Romains, l’été 14, «La victoire en chantant» 1914, suite et fin : Albert Camus, «Le premier homme»     Télécharger au format PDF

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Ukraine : « Ce n’est pas à Paris que nous mourrons » Natalka Bilotserkivets

Ukraine : « Ce n’est pas à Paris que nous mourrons » Natalka Bilotserkivets

J’ai écrit « Ce n’est pas à Paris que nous mourrons » il y a une trentaine d’années sans aucune intention politique, c’était alors un poème sans titre, un poème sur l’amour et la poésie. Il n’a pourtant été publié qu’au bout de cinq ans, en 1989, à la faveur de ce que l’on a appelé en Union soviétique la « perestroïka ». Presque aussitôt, ces vers, qui n’étaient connus jusque-là que d’un cercle restreint d’amis poètes et de jeunes admirateurs de la nouvelle poésie lyrique ukrainienne, ont été mis en musique par un jeune groupe de rock tout aussi inconnu, « Mertvy Piven », « Le Coq mort ».  Devenu une chanson, le poème a reçu le titre qu’il porte à présent, et il a été récompensé par le Grand Prix du Festival national de musique populaire en 1991, à la veille de l’indépendance de l’Ukraine. Depuis, cette chanson, dans un nouvel arrangement et interprétée par une nouvelle chanteuse, est devenue non seulement la carte de visite, si l’on peut dire, de ce groupe de rock, mais aussi l’un des textes poétiques les plus emblématiques pour...

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Israël, Etats-Unis : la torture comme impasse

Israël, Etats-Unis : la torture comme impasse

Dans l’affaire Public Committee Against Torture in Israel c. State of Israel (1999), la Cour Suprême israélienne considérait qu’une « contrainte physique modérée » constituait une violation de la dignité humaine et décidait de proscrire la torture et les traitements inhumains ou dégradants. Ce jugement a eu une immense influence partout dans le monde. Pour ne citer qu’un exemple, Richard Goldstone, ancien juge à la Cour Suprême d’Afrique du Sud, expliquait : « Peu de pays ont davantage souffert d’attaques terroristes qu’Israël. La réponse de la Cour Suprême à la torture est toutefois restée intransigeante. » Voici quatre ans, Omer Shatz et moi avons publié un article abordant les questions de droit sous-tendant cette importante décision. Nous y développions deux arguments…

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David Oehlhoffen, Albert Camus et Loin des hommes

David Oehlhoffen, Albert Camus et Loin des hommes

Loin des hommes, le film de David Oelhoffen qui sort  à Paris ce 15 janvier 2015, est remarquable.  Son point de départ est l’une des plus belles nouvelles d’Albert Camus,  L’Hôte, mais il ne s’agit pas pour autant d’une adaptation. Ce serait plutôt une nouvelle ébauche d’une histoire pour laquelle le romancier avait d’ailleurs imaginé plusieurs dénouements -  soit pour le cinéaste, comme une invitation à transformer la substance du récit pour l’écran.1. Si l’on veut comprendre l’alchimie de Loin des hommes, il faut d’abord rappeler l’histoire qui l’a inspiré.  L’Hôte est certes moins connu que L’Etranger, mais c’est un texte essentiel pour qui veut aborder l’histoire de la décolonisation, et reste l’unique fiction publiée du vivant de Camus qui met en scène le conflit algérien2.  L’Hôte  représente surtout dans toute l’œuvre de l’écrivain une nouvelle parfaitement maîtrisée, tendue et sobre, qui se prête à des interprétations multiples. Une carte de solidarité Pour Camus, tout commence par un souvenir.  En 1934 ou 1935, un syndicaliste musulman jugé  coupable  d’on ne sait plus quelle activité, est traîné au bout d’une corde, de...

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L’introuvable modèle social européen

L’introuvable modèle social européen

Après des élections européennes marquées par l’abstention et la montée des extrémismes, la tâche de la nouvelle Commission Européenne dirigée par un chrétien démocrate, Jean-Claude Juncker s’annonce rude : stabilité de la zone euro, bataille pour le budget, austérité qui obère toute perspective de croissance, chômage de masse, mésentente franco-allemande… Les motifs d’inquiétude ne manquent pas pour une Union Européenne qui apparait plus que jamais éloignée de ses concitoyens. Le diagnostic est connu : afin de donner matière à l’UE et après avoir construit l’Europe des libertés économiques, il faut désormais s’attaquer à édifier « l’Europe sociale  déjà présente dans le Traité de Rome (1957 et dans la Charte des droits fondamentaux. En effet, l’Europe en tant qu’espace de civilisation serait porteuse d’un modèle social unique qui pourrait s’avérer un atout dans la mondialisation. Or, pour certains « l’Europe sociale n’aura pas lieu » et l’existence d’un modèle social européen « rempart » contre la globalisation ne serait que forfaiture. Retour sur quelques vérités, plusieurs idées reçues et un espoir souvent déçu. Le modèle social européen est le plus souvent un OPNI (objet politique non identifié), dans cette occurrence, plusieurs chercheurs, écrivains ou politiques se...

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Musulmans : débats intimes, devoirs civiques ?

Comment ne pas comprendre l'irritation ou la colère des français de confession musulmane quand ils leur est demandé, plus ou moins clairement, de se désolidariser des terroristes de Charlie Hebdo et de Vincennes ? Pourquoi devraient-ils se désolidariser de terroristes en lesquels ils ne se reconnaissent évidemment pas, dont, comme tout le monde, ils condamnent les actes et les pensées ? N'est-ce pas les assigner à résidence, les emprisonner dans une identité collective au mépris de tous les principes libéraux ? N'est-ce pas au fond du racisme que de les sommer de se prononcer publiquement de quelque façon que ce soit ? La situation est certainement difficile à vivre (exemple ici ).C'est évident, incontestable, mais c'est en même temps insuffisant et superficiel que de se contenter de ce principe libéral, l'autonomie de la personne, pour écarter toute responsabilité collective.Le terrorisme est islamique, c'est un fait. Il procède d'un fonds culturel propre au monde musulman, comme le fascisant A. Breivik procédait de la culture propre à l'extrême-droite européenne : thèmes, vocabulaire, détestations, ... Il procède en particulier...

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La photographie de guerre comme œuvre d’art ?

La photographie de guerre comme œuvre d’art ?

Comment reconnaître dans la photographie de guerre une œuvre d’art ? Cette reconnaissance est récente. C’est seulement dans les vingt dernières années qu’elle a conquis le nouveau territoire de la Galerie. Elle a gagné ainsi de la surface au mur, mais en a perdue sur le  papier. L’effondrement du news magazine explique en partie cet exil d’un univers à l’autre. Cette migration d’une économie du multiple vers celle de l’unique transforme en profondeur l’écosystème du photoreportage. D’abord en sacralisant les photographes devenus artistes et dont le travail est assimilé à une œuvre. Ensuite en détournant le regard du consommateur qui ne cherche plus l’information, mais la nourriture d’une délectation esthétique. Enfin en modifiant le statut des photographies elles-mêmes qui bascule dans un registre étranger à leur nature documentaire, entretenant d’autres relations à la réalité. C’est cette relation au réel qui est constitutif de la photo de guerre. Lui retirer, c’est affecter les deux fonctions bien identifiées du photoreportage : informative – permettant, par le regard avancé du photo reporter, de présenter les différents théâtres d’opération à tous ceux qui en...

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Corvo contre Rolfe : le plus vénitien des romanciers anglais

Corvo contre Rolfe : le plus vénitien des romanciers anglais

À Venise, au cimetière de San Michele, le visiteur curieux, après s’être penché sur les tombes de ces étrangers illustres —Stravinsky, Diaghilev ou Ezra Pound, entre autres— dont le culte est entretenu dans la nécropole lagunaire, s’écartera des chemins battus et trouvera, éloignée de tout, parmi les plaques innombrables de Vénitiens anonymes que personne ne vient plus fleurir, une simple pierre gravée, scellée au sommet d’un colombarium sans charme ni pittoresque : « Frederick William Rolfe, 22 juillet 1860 – 25 octobre 1913. » Né dans le quartier londonien ô combien prosaïque de Cheapside , Frederick Rolfe, connu sous le nom de Baron Corvo, titre qu’il s’était généreusement octroyé et qui lui servira de pseudonyme pendant près de quinze ans, était un petit bourgeois anglican converti au catholicisme, un prêtre raté, un peintre qui n’intéressait personne, un pionnier méconnu de la photographie, un apprenti gondolier, un polémiste sans pitié, et une figure assez notable du monde homosexuel de la fin-de-siècle. Romancier, il ne le devint qu’à contre-cœur ; et pourtant c’est bien à la littérature, et à elle seule, qu’il doit d’être passé...

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Michel Corvo et le baron Houellebecq

Michel Corvo et le baron Houellebecq

Où classer Michel Houellebecq, cet auteur à succès, lauréat du Prix Goncourt, habitué des plateaux littéraires, provocateur débraillé en parka tenant souvent une cigarette allumée entre le deuxième et le troisième doigt ? Tantôt les critiques le font figurer parmi les classiques français : Zola, Baudelaire ou Balzac. Tantôt ils le situent en compagnie des enfants terribles, « trash », à l’image hyper-médiatisée, de notre époque : Frederic Beigbeder, Virginie Despentes ou Bret Easton Ellis. Personne n’avait songé jusqu’à présent à le comparer à Frederick Rolfe. Et pourtant, il y a tout lieu de croire que le baron Corvo a exercé une influence déterminante et durable sur l’auteur de La possibilité d’une île. Celui qui a joué le rôle de « passeur » c’est le poète, Michel Bulteau, éditeur de la Nouvelle revue de Paris, qui a été le premier à publier les poèmes de Houellebecq. Celui-ci, sous l’influence de Bulteau, découvre Le Désir et la poursuite du tout et tombe sous le charme de ce livre à la fois magique et rancunier. Houellebecq découvre un frère qui partage aussi bien sa misanthropie...

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“Out of focus”, la diagonale du flou Halim Al Karim à la Galerie Imane Farès

“Out of focus”, la diagonale du flou  Halim Al Karim à la Galerie Imane Farès

Au début, ” On n’y voit rien “, comme disait l’autre. Flânant entre quartier des facs et bacs des bouquinistes, au coeur du Disneyland, cadenas pour amoureux niais du Pont des Arts et “panini” au Nutella mal cuits, qu’est devenu en partie le quartier Latin, on distingue dans une vitrine de grands aplats blancs ou noirs, où semblent se mouvoir quelques formes.  Nouvelle variation sur le thème fatigué du monochrome, dont il faut rappeler qu’il fut inventé par Alphonse Allais, en réaction narquoise à certaines tendances du néo-impressionnisme.  Intrigué, on pousse la porte de la galerie.  Pas à pas, selon l’accroche de la lumière, des formes humaines apparaissent, s’irisent, évoluent : nous sommes au royaume des Illusions (c’est le titre de l’exposition) d’Halim Al Karim, univers étrange et fantomatique, de même que Gorki, découvrant à la toute fin du XIXe siècle le Cinématographe, put se croire propulsé au “Royaume des Ombres”. Des visages et des corps de femmes, de face, mélancoliques, sur une surface, noire ou blanche, qui semble bizarrement gaufrée, comme une affiche ayant pris l’eau qu’on aurait déroulée. Toiles peintes ? Hologrammes ? Projections virtuelles ? Il s’agit en fait de photographies, selon l’antique procédé du...

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