Numéro Janvier-Février 2014

Dieudonné, la dérision et le droit de chasse

L’affaire Dieudonné aura permis de comprendre qu’il existe désormais un antisémitisme plébéien, quand traditionnellement, au XXème siècle au moins, l’antisémitisme était, selon une formule de François Furet dans Le Passé d’une illusion, une passion bourgeoise, de Paul Morand à Céline pour prendre cette classe sous un angle littéraire et dans tous ses degrés1.  Les hackers qui ont fait sauter le site de Dieudonné et fait circuler les photos de « quenelles » devant des synagogues, à Berlin, devant la maison d’Anne Franck nous ont rendu service.  Les photos montrent monsieur tout-le-monde, l’étudiant, la coiffeuse, le militaire du rang, le technicien ou le pompier, souvent hilares, jeunes presque toujours. Toute une partie de la population qu’on classerait, en allant vite, parmi les classes populaires et les classes moyennes inférieures, plutôt jeune, paraît se reconnaître dans les provocations haineuses de l’humoriste, soit par un antisémitisme bien conscient de ce qu’il est, soit au nom d’un anticonformisme teinté d’esprit Canal+ : il s’agit de s’en prendre à une minorité si bien intégrée à la société qu’elle est désormais considérée comme un élément typique de l’establishment –...

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Eddy Bellegueule et la sociologie

C’est un livre remarquable, impressionnant même que vient de livrer un normalien de 21 ans. Il n’est pas dans les habitudes de cette revue de s’occuper de romans contemporains, mais pour ce texte, il faut écarter le principe de prudence et en souligner la dimension socio-politique. En finir avec Eddy Bellegueule est, vu de loin, l’équivalent de Guillaume et les garçons, à table, le film de Guillaume Gallienne, à cela qu’il ne concerne pas la bonne bourgeoisie mais le milieu des sous-prolétaires semi-ruraux de Picardie, et qu’il est dans l’ordre littéraire bien supérieur à ce qu’était ce film dans l’ordre cinématographique.  Sur l’ambivalence sexuelle, le roman est peut-être aussi plus honnête  que ne l’était le film.  Point qu’ils illustrent tous deux : les rôles masculins ne vont plus de soi, à supposer qu’ils aient jamais été univoques, et il est désormais autorisé de l’écrire et de le filmer -  fait vrai dans tous les milieux.  Le succès du roman et du film témoigne que le public mainstream est prêt à s’intéresser et peut-être à comprendre les expérience existentielles de ce genre d’auteurs (voir aussi...

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