Numéro Janvier-Février 2014

S’enrichir, se damner : DiCaprio à Wall Street

Les premières minutes du dernier film de Martin Scorsese, Le loup de Wall Street pastichent un spot – et plongent, d’emblée, le film dans la culture visuelle de la rhétorique publicitaire des années 80. Jordan Belfort, le protagoniste, un broker, évolue, toutes dents dehors, dans un long plan séquence. Face à la caméra, - comme s’il s’adressait directement au spectateur - il y fait la promotion de sa propre réussite. Evoluant en monsieur loyal, vrp luxe de la vie matérielle, filmé sur son yacht, à la sortie de son hélicoptère, ou dans sa somptueuse demeure, il incarne une forme de ce rêve américain, qu’explore, film après film, le réalisateur italo-américain. Mais ce paradigme du « self made man », de cet homme qui a réussi sur « la terre des opportunités », est ici poussé à son paroxysme, et comme vidé de son sens, dévoré qu’il est par le souci exclusif et permanent de l’argent.

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Les e-books ont-ils une âme ?

Tous les livres ne se prêtent pas indifféremment à une lecture sur une liseuse numérique. Certains semblent tout à fait écrits à cet effet, d’autres nécessitent davantage d’espace et de temps à la lecture. Faut-il pour autant distinguer entre les livres qui ont une âme et ceux qui n’en ont pas ?
Vous vous souvenez tous du défi qui attend Harry Potter dans les deux derniers tomes de ses aventures : le vil Lord Voldemort, qui s’est emparé du pouvoir, est surtout devenu immortelgrâce à la magie maléfique qui, bien des années plus tôt, lui avait permis de s’incarner à tout jamais dans sept objets, les fameux horcruxes − comme les appelle J. K. Rowling −, dont chacun renferme une copie de l’âme du méchant. L’univers de Voldemort est numérique : rien ne peut se perdre. Rien ne sert de le tuer, son âme ne s’en trouverait pas atteinte.

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L’Europe et les Printemps arabes, dialogue de sourds

Le fait est marquant : malgré les importants et nombreux investissements, malgré tous les projets financés par l’Union européenne, les populations arabes semblent totalement ignorer ces efforts et ne les perçoivent tout simplement pas. Trois années se sont écoulées depuis les événements qui ont fait les Printemps arabes et cette méconnaissance est frappante. L’Europe, parmi d’autres, sut répondre rapidement…

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Le sacrifice d’Abraham : aspects politiques

Le sacrifice d’Abraham : aspects politiques

Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. » Genèse 22:2.
C’est par ces mots adressés par Dieu à Abraham que débute l’un des récits parmi les plus complexes sur le plan moral et les plus importants de la tradition biblique, récit qui renvoie encore à l’heure actuelle à des questions critiques sur la foi et l’obéissance, la religion et l’État. Abraham doit-il obéir à son Dieu ?

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Comment la Silicon Valley peut déstabiliser le Parti démocrate

Bien des choses ont été écrites au sujet de la division de plus en plus nette au sein du Parti républicain entre le monde des affaires, les "corporations" d'un coté, et de l'autre le Tea Party. Néanmoins, à cause de l’influence croissante des entreprises de haute technologie au sein de leur propre parti, les Démocrates vont à leur tour devoir se poser la question des oppositions d'intérêts majeures et complexes avec le monde des affaires.

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Yusuf Sevinçli

Yusuf Sevinçli est turc et stambouliote. Il y est arrivé jeune pour étudier et y vit déjà depuis une quinzaine d’années, entouré par une communauté d’artistes, photographes pour la plupart, avec qui il partage cette passion pour l’image. Chacun d’entre eux reflète à sa manière l’effervescence créative de cette scène émergente. Leurs préoccupations et leurs styles sont très divers mais ils mettent en commun leurs expériences, leurs voyages et s’enrichissent de leur échanges, qu’ils soient intellectuels ou fraternels. Une image rescapée La frappante singularité de l’image de Yusuf Sevinçli est qu’elle est pour ainsi dire « rescapée »1, tant il glane ses clichés au hasard de la vie et profite de ses offrandes les plus inattendues. D’un noir et blanc très contrasté, au grain épais et à la surface souvent griffée, ces images fugaces de la vie quotidienne s’imprègnent ainsi d’une atmosphère hors du temps. Incidemment, ces photographies ne semblent plus rendre compte de l’instant présent mais d’un monde rêvé et d’une époque incertaine, égarée dans l’échelle du temps. Manifestement, son désir n’est pas de donner à voir la réalité...

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Régulation financière : les palinodies du PS

Nos lecteurs qui s’intéressent aux questions de régulation financière liront avec profit  Mon amie c’est la Finance, l’ouvrage bien documenté que donnent trois journalistes du Monde, de l’Expansion et de la Tribune, aux éditions Bayard, la grande maison d’édition catholique (les catholiques et la Finance, grand sujet de thèse). Ils comprendront mieux pourquoi l’une de nos récentes chroniques qualifiait la loi promulguée le 26 juillet 2013 de pitrerie. Les trois journalistes retracent le débat qui s’ouvre avant les présidentielles de mai 2012, quand les dirigeants des principales banques françaises comprennent que Nicolas Sarkozy ne sera peut-être pas réélu, et que les socialistes risquent d’arriver au pouvoir. Or, François Hollande se fait alors remarquer par des velléités réformatrices dont il fera l’annonce publique lors de son discours du Bourget, le 22 janvier 2012. Ce souci de réforme, certes habillé de verbalisme et d’emphase (les socialistes français ont leur tradition), ne témoigne pas d’un coup de sang anticapitaliste. Aux Etats-Unis (Volcker rule), en Grande-Bretagne (rapport Vickers) ou au niveau des institutions communautaires (rapport Liikanen), il est aussi question de réformer la...

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La Télévision est un existentialisme : réflexions sur Breaking Bad

Le 29 septembre 2013, la diffusion du dernier épisode de Breaking Bad par une chaîne de télévision américaine créa un événement médiatique considérable dont il fut question sur les ondes de radio à travers les États-Unis et auquel le New York Times consacra ses grands titres. La conclusion de cette série télévisée fut analysée avec la rigueur d’interprétation esthétique et l’attention aux personnages et à l’intrigue que l’on réserve d’ordinaire à l’étude des fictions littéraires les plus exigeantes. Il est indéniable qu’au cours de ses cinq années d’existence, Breaking Bad a outrepassé les attentes des téléspectateurs et inauguré un nouveau statut pour un média qui fut longtemps cantonné, dans le meilleur des cas, au rôle de parent pauvre du cinéma. La télévision est parvenue à maturité sous la forme d’une boîte encombrante, rangée dans un coin des salons américains. Longues d’une demi-heure d’abord, puis d’une heure, les émissions étaient interrompues par des publicités et entrecoupées par des rires enregistrés qui signalaient aux téléspectateurs ce qu’ils étaient censés trouver drôle. L’horizon d’attente de la télévision américaine, fixé dans les années...

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Le “genre” à l’école ? Eviter Lyssenko, faire du droit

Il est étonnant que personne n’ait de nouveau prononcé le nom de Troffym Lyssenko, ces dernières semaines, quand la polémique sur l’enseignement du “genre” a commencé – on devrait dire la lutte officielle, plus ou moins coordonnée, plus ou moins conceptualisée contre les stéréotypes. Lutte utile et dont le but ne peut qu’être approuvé, disons-le tout de suite. C’est pourtant un nom qui est souvent associé à la “théorie du genre”. La polémique, on le sait, est venue des milieux traditionnalistes, catholiques mais aussi désormais musulmans. La droite parlementaire a saisi l’occasion de mettre le gouvernement en difficulté. Copé s’est illustré avec des propos bien dans sa manière, tranchante et vulgaire. Il oubliait que la “théorie du genre” avait été discutée une première fois du temps où l’UMP Luc Chatel était ministre de l’Education nationale, ce qui lui avait valu d’ailleurs en 2012 le prix Lyssenko, prix parodique décerné par le très réactionnaire Club de l’Horloge. Confusionnisme Cette polémique a néanmoins eu le mérite de mettre en évidence deux faits qui ne doivent pas être dissimulés. D’abord l’Education nationale agit...

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Au coeur du cinéma iranien : Djafar Panahi

Djafar Panahi est un réalisateur, scénariste et producteur iranien. Né le 11 juillet 1960 en Iran, il débute sa carrière comme assistant réalisateur d’Abbas Kiarostami sur le film Au travers des oliviers. Cinéaste engagé, il est reconnu comme le réalisateur d’une nouvelle vague iranienne, caractérisé par l’expression de la réalité de la vie de tous les jours dans un cadre naturel et en employant des techniques simples. L’œuvre de Panahi aborde, avec un regard critique, les problèmes de la société iranienne.

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