Numéro Janvier-Février 2013

Artificieux, scandaleux LIBOR

« London Interbank Offered Rate » ou Libor. Taux d’intérêt auquel les banques se consentent des avances (crédits) pour une durée inférieure à un an sur la place de Londres. Telle est la définition technique de l’acronyme auquel il faudrait ajouter qu’il porte sur différentes périodes de temps, différentes devises, et qu’il est déterminé à 11 :00 AM, heure de Londres sur la base de consultations entre les principales banques de la place.  Comment ce taux d’intérêt en est venu à constituer la référence la plus importante du marché financier mondial, défie l’imagination, mais la description de ce processus permet de comprendre l’ampleur de la perversion intellectuelle généralisée qu’il faut corriger pour que les fonctions économiques et financières les plus élémentaires, puissent reprendre leur cours et retrouver leur utilité.  Le choix de la détermination du Libor pour « ouvrir le feu » en matière d’interpellation du secteur des services financiers par la puissance publique, doit être apprécié à la lumière du caractère technique de ce sujet – qui tiendra écartée la presse « à sensation » ; il est aussi suffisamment concret pour aborder les failles du système...

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Duflo à Washington

Il est flatteur pour l’Ecole normale supérieure, qui lui a donné sa première formation, et pour le Collège de France où elle enseigne que la célèbre Esther Duflo ait été appelée à rejoindre un conseil d’économistes de haut niveau par Barack Obama, au tout début de son nouveau mandat. Ce conseil de neuf membres s’occupera de questions de développement. Esther Duflo était devenue citoyenne américaine. La voila dans la technostructure de ce grand pays.  Bel exemple de “brain drain” ; l’exil n’est pas seulement fiscal, semble-t-il.  “Cette baroudeuse de la science économique, intellectuelle de centre gauche et spécialiste de la pauvreté, a émergé ces dernières années comme l’une des plus brillantes de sa génération et l’une des plus célébrées dans le monde, notamment aux Etats-Unis”, indique les Echos du 7 janvier. Par comparaison, la Russie du Président Poutine n’a attiré qu’un acteur amoindri, en mal de provocations. Puisque François Hollande et Depardieu, dit-on, se seraient longuement entretenus avant que ce dernier s’envole pour Moscou, on veut croire qu’Esther Duflo a eu droit à un coup de fil de même...

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Shareholders et Stakeholders, mots et valeurs

« Surely, corporate managers themselves, who must operate within the broader law of business, are aware of the legally imposed duties to protect workers, consumers, and larger communities. Perhaps it is time corporate lawyers caught up to this reality »1. Ces propos du professeur Winkler illustrent une certaine perception du droit des sociétés – et, plus globalement, de la construction juridique touchant à la sphère économico-financière – qui voit (encore aujourd’hui) dans la structure sociétaire une machine à cash flow destiné à servir un objectif purement économique détaché de toute préoccupation sociétale. Force est de constater que cette vision d’origine anglo-américaine a « contaminé »2 les pays industrialisés. Il suffit de comparer les développements juridiques des vingt dernières années en Amérique du Nord, en Europe ou encore, en Australie, pour se rendre compte de l’importance accordée à la satisfaction de l’intérêt des actionnaires3. N’est-il pas symptomatique que le Livre vert de la Commission européenne publié le 5 avril 2011 destiné à améliorer la gouvernance des entreprises se soit focalisé uniquement sur le conseil d’administration et les actionnaires ? Tout est-il pour autant écrit en ce domaine alors que...

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