Numéro Hiver 2015-2016

Kravtchenko, Daoud, même combat, mêmes ennemis

Kravtchenko, Daoud, même combat, mêmes ennemis

  Il est probable que lorsqu’on fera l’histoire de la première partie du siècle, à la suite de Sartre et de son “communisme, horizon indépassable de notre temps”, à la suite des zélotes européens de Mao-Tse-Toung, il y aura tous ces intellectuels qui aujourd’hui, au nom de la dignité des opprimés et de l’antiracisme, soit trouvent des raisons aux revendications islamistes, soit relativisent certains traits archaïques de la culture arabo-musulmane, en particulier les attitudes envers les femmes. C’est dans le monde arabe qu’on se rappellera d’eux avec le plus de colère car c’est là qu’ils auront été les plus nuisibles. Les tribunes qui mettent en perspective l’indignation qui a saisi l’opinion devant les agressions sexuelles de Cologne, de Stockholm ou d’Helsinki seront alors rangées au côtés de celles qui défendaient les procès de Moscou en 1936 ou la Révolution culturelle chinoise. Même aveuglement, même mauvaise foi. On entend même aujourd’hui que les agressions sexuelles de la Place Tahrir ont finalement été montées en épingle1, c’était marginal, secondaire, exceptionnel… Les braves gens. Bientôt ils relativiseront les exécutions publiques d’homosexuels décidées par...

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Emile Zola, 7 juillet 1893, sur Guy de Maupassant

Emile Zola, 7 juillet 1893, sur Guy de Maupassant

La parution en août 2015 d’un intéressant roman de Judith Perrignon sur l’enterrement de Victor Hugo, Victor Hugo vient de mourir (L’iconoclaste), nous a donné l’idée de rechercher les mots prononcés lors des funérailles de grands écrivains, et de préférence, les mots prononcés par leurs pairs. Ndlr ——————————— Emile Zola, 7 juillet 1893, sur Guy de Maupassant “MESSIEURS, C’est au nom de la Société des Gens de Lettres et de la Société des Auteurs dramatiques que je dois parler. Mais qu’il me soit permis de parler au nom de la littérature française, et que ce ne soit pas le confrère, mais le frère d’armes, l’aîné, l’ami qui vienne ici rendre un suprême hommage à Guy de Maupassant. J’ai connu Maupassant, il y a dix-huit à vingt ans déjà, chez Gustave Flaubert. Je le revois encore, tout jeune, avec ses yeux clairs et rieurs, se taisant, d’un air de modestie filiale, devant le maître. Il nous écoutait pendant l’après-midi entière, risquait à peine un mot de loin en loin ; mais de ce garçon solide, à la physionomie ouverte et...

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Émile Zola, 8 mai 1880, sur Gustave Flaubert

Émile Zola, 8 mai 1880, sur Gustave Flaubert

La parution en août 2015 d’un intéressant roman de Judith Perrignon sur l’enterrement de Victor Hugo, Victor Hugo vient de mourir (L’iconoclaste), nous a donné l’idée de rechercher les mots prononcés lors des funérailles de grands écrivains, et de préférence, les mots prononcés par leurs pairs. Ndlr. "La mort de Gustave Flaubert a été pour nous tous un coup de foudre. Six semaines auparavant, le dimanche de Pâques, nous avions réalisé un vieux projet ; Goncourt, Daudet, Charpentier et moi, nous étions allés…

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La refondation ? A coup de plan com et sans ouverture politique

La refondation ? A coup de plan com et sans ouverture politique

La façon dont le pouvoir socialiste essaye de redéfinir son offre politique, et précisément en matière de politique économique, est devenue déconcertante. Ce n’est pas que les mesures proposées (plan de formation, nouvel accent mis sur l’apprentissage, jusque-là sacrifié aux emplois d’avenir et autres TUC) soient stupides, loin de là. C’est qu’elles signent un aveu : ce qui a été fait depuis mai 20121 était malvenu et au mieux très léger, comme l’illustre la fin du débat sur le travail du dimanche.  Face aux objections du monde syndical, compréhensibles et légitimes dans leur ordre, mais inacceptables si le but est de lutter contre le chômage, le gouvernement a préféré ne pas arbitrer nettement en faveur de l’emploi. Il lui faut ménager cet électorat de gauche qui est sensible aux arguments syndicaux2. Timidité, donc. Ce qui déconcerte aussi par contraste, c’est le nombre de signaux imbéciles adressés par le pouvoir aux groupes dont il veut se gagner les faveurs, et surtout les milieux économiques. Valls avait commencé par un “j’aime l’entreprise” qui sentait le plan com et surtout la maladresse. Macron...

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Etat d’urgence, fausse gauche, vraies questions

Etat d’urgence, fausse gauche, vraies questions

Il est invraisemblable que le débat sur la déchéance de nationalité occupe une si grande place dans les journaux de gauche. Le constat est fait par beaucoup. La mesure est mal conçue et, faisant de la nationalité une variable d’ajustement, elle peut créer un précédent dangereux. Elle est aussi sans portée pratique de l’aveu même de ceux qui la défendent – et puis quel Etat acceptera d’accueillir le terroriste binational déchu de la nationalité française et qui vient de passer de longues années en prison ? Il sera de fait inexpulsable. François Hollande avait certainement cru bien faire, dans un souci d’union nationale, en reprenant cette idée qui incontestablement vient de la droite. C’est probablement pour rassurer sa gauche et le centre, par souci d’équilibre, qu’il a dans le même temps proposé d’inscrire l’état d’urgence dans la Constitution - manière de donner un cadre strict, difficile à modifier à un régime qui paraît laisser trop de liberté au pouvoir administratif. On peut accuser le Pouvoir d’avoir tenté un coup politique ; on peut aussi lui reconnaître une sincérité républicaine que n’avait pas son prédécesseur. Mais...

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Histoire de la peinture française : le cas Fragonard

L’exposition au Musée Jacquemart-André consacrée à la peinture française du XVIIIe siècle et à ses maîtres, “De Watteau à Fragonard, les Fêtes galantes” , nous a donné l’idée de republier cette page d’une histoire de la peinture française parue dans les années 30. Elle concerne Fragonard et l’oubli dans lequel il tombe au début du XIXème siècle – il meurt en 1806. Les Fêtes galantes ne sont plus à la mode. Les temps ont été trop difficiles, et puis le Romantisme a changé les sensibilités. Hors Watteau, qui est un cas à part, il n’est pas dit que cette peinture puisse encore toucher, surtout en ce moment.  Ndlr ___________________________________ Il est dans une collection privée un portrait représentant un vieillard vêtu de noir assis sur une chaise, son attitude affaissée exprime une lassitude infinie, il y a quelque chose de douloureux et de résigné dans sa physionomie aux traits amaigris, l’on se sent en présence d’un être qui a beaucoup souffert et que les orages de la vie ont abattu, et devant cette déchéance physique, l’on ne peut s’empêcher d’être...

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Géraldine Lay

Géraldine Lay est née en 1972. Diplômée de l’École Nationale Supérieure de la Photographie en 1997, lauréate 2015 du programme Hors les Murs de l’Institut français, elle vit et travaille à Arles.  Elle est représentée par la galerie Le Réverbère à Lyon depuis 2005. Géraldine Lay a fait l’objet d’une monographie, Failles ordinaires, texte de Jacques Damez, parue aux éditions Actes Sud en 2012. Elle expose à la galerie Le Réverbère du 29 janvier au 30 avril 2016. Jacques Damez, extrait du livre Failles ordinaires : “L’image photographique est parfaite pour jouer ce rôle intermédiaire, cette séparation entre chien et loup, entre apprivoisée et sauvage, ce moment où l’on n’est plus capable de discerner, où la perte de la distinction nous renvoie à la fragilité de nos perceptions et nous plonge dans la projection, l’imagination. On crée alors une fiction pour pallier notre défaut de vision, pour lutter contre l’inquiétude de l’illusion. Il y a quelque chose du drame intérieur, pas celui des consciences tourmentées et des sentiments incertains, mais celui des sensations muettes qui éprouvent l’action silencieuse de la mélancolie....

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Campagne d’Afghanistan et culture de guerre : le vocabulaire des soldats français

Campagne d’Afghanistan et culture de guerre : le vocabulaire des soldats français

L’Afghanistan est une terre de souffrances pour une fin aléatoire, mais aussi un banc d’essai pour de nouveaux matériels. Sur le plan humain, pour les unités engagées, la campagne d’Afghanistan constitue un formidable laboratoire où se forge la dernière génération du feu (très peu de troupes n’y ont pas été projetées). En effet, ces moments partagés ensemble dans un pays farouche soudent davantage la famille militaire ayant une culture de guerre spécifique. La guerre du Golfe en 1990-1991, les expériences exotiques ou dans les Balkans n’ont pu générer un tel phénomène qui n’a d’équivalent, toute proportion gardée en termes d’effectifs, que pour l’avant-dernière génération du feu, celle de la guerre d’Algérie.C’est en interrogeant sans relâche des témoins de tous grades et de toutes armes des unités des armées de l’Air et de Terre…

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