Numéro Eté 2016

François Mauriac, 2 décembre 1922, Sur la tombe de Marcel Proust

François Mauriac, 2 décembre 1922, Sur la tombe de Marcel Proust

Dans cette chambre “garnie”, devant l’admirable visage endormi de Marcel Proust, nous songions au destin extraordinaire d’un créateur que sa création a dévoré. Marcel Proust a donné sa vie pour que son œuvre vive, et cela est sans exemple : car un Balzac, des soucis d’argent, ses créanciers l’attachaient à sa table. Proust ne s’est séparé du monde que pour construire un monde. La maladie aida sans doute à ce renoncement, mais elle eût aussi bien pu l’incliner à rechercher le luxe, les compagnies faciles, une mollesse qui l’aurait diverti de son mal.

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Alexandre Cabanel, portraits de femme

Alexandre Cabanel, portraits de femme

Alexandre Cabanel (Montpellier 1823 – Paris 1889) était à la fois un peintre d’histoire et de genre, mais aussi un talentueux portraitiste du 19ème siècle. Pourtant il demeure encore méconnu, lui qui avait tout pour réussir. Jeune dessinateur précoce, il se distingua de ses pairs dès 1845 en remportant le prestigieux prix de Rome qui lui ouvrit les portes de la Villa Médicis qui reste comme la consécration d’un artiste. A Rome, ville de tous les messies de l’art, il y dévoilera son génie en peignant une jeune juive du Trastevere qu’il a finalement intitulé Albaydé, et l’effet sera immédiat : un nouveau peintre de genre est né. Ses plus gros clients et mécènes étaient avant tout issus de la bourgeoisie ou de l’aristocratie parisiennes mais aussi américaines. Des portraits mondains, il en fera à la pelle ce qui lui vaudra ce qualificatif d’académique en raison de ses relations bien placées. Mais Cabanel était avant tout un fin dessinateur et un très grand portraitiste. Grand érudit et amateur de théâtre, tout comme l’avait été Delacroix, il avait un faible pour Shakespeare...

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Sarah Bernhardt, icône de la Belle Epoque

Sarah Bernhardt, icône de la Belle Epoque

Étonnante exposition que l’exposition Sarah Bernhardt à Dinard, en cet été 2016.  Les jolies salles de la villa les Roches Brunes présentent de nombreuses photos, des portraits de l’actrice, les très jolies robes qu’elle aurait pu porter, et qui justifieraient de longs développements sur l’érotisme 1900, mais se gardent bien de toute pensée sérieuse, profonde. C’est une exposition pour estivants en promenade, à qui l’on dit que Sarah Bernhardt fut un monstre sacré, une excentrique, qu’elle eut une grande influence sur les arts de son époque, l’une des premières aussi à monnayer sa réputation à une époque où la condition des actrices de théâtre est précaire, difficile.  Comme les esprits sont plus libres qu’autrefois, une salle rappelle qu’elle eut une vie sexuelle intense, avec des hommes et des femmes, en “femme libre”, et l’on montre les portraits des nombreux amants qu’on lui connaît : des acteurs, son médecin, sa confidente, différents auteurs dramatiques, des hommes politiques… Une vitrine expose sa légion d’honneur et des photos la représentant à la fin de sa vie recevant des hommages quasi-officiels. Belle illustration...

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Clara Chichin

Clara Chichin

Clara Chichin est née en 1985, elle vit et travaille en région parisienne. Après un DEUG de philosophie à Paris 1 et un Master 1 en « Arts, Littérature et Pensée contemporaine » à l’Université Paris 7,  elle rentre aux Beaux-Arts de Paris dont elle sort diplômée en 2012. Clara Chichin a une pratique constante de la vidéo, l’écriture, la photographie sous forme de livres d’artistes, de vidéo ou d’accrochage. Elle donne à voir des œuvres intimistes, introspectives, parfois poétiques. Son travail a déjà été montré à Marseille, Paris, Toulouse, récemment au centre d’art contemporain photographique (Villa Pérochon) de Niort et à Athènes. Elle est l’un des photographe exposés à la Galerie Les filles du calvaire, à Paris du 2 au 30 juillet 2016, à l’invitation de Mme Anna-Alix Koffi, rédactrice en chef de la revue OFF the Wall, revue qui a eu l’occasion de présenter son travail. SOUS LES YEUX QUE QUELQUES MINUTES EPUISENT ” Clara Chichin réalise des photographies noir et blanc et en couleur, denses et contrastées, auxquelles elle associe des fragments de textes renvoyant à des instants...

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Brexit (bis)

Brexit (bis)

Le vote britannique, en fait anglo-gallois, pour la sortie de l’Union européenne, le 23 juin dernier, vient de loin. Nous avions attiré, en février, l’attention sur les trois colères dont il risquait de procéder : le souci tory de la souveraineté parlementaire et judiciaire, le ressentiment des classes populaires contre l’ouverture des frontières et, aspect rarement noté en France mais bien présent, le rejet d’une Europe sous influence allemande. La deuxième colère est celle qui apparemment a le plus mobilisé. La campagne a donné aux thèmes de l’immigration et du contrôle des frontières un rôle-clef. C’est par ce biais que la thèse du Brexit a convaincu une majorité des électeurs. Les deux autres colères ont joué un rôle certain mais moindre : l’esprit tory concerne la fraction historique de la classe dirigeante ; le rejet de la German dominance est un sentiment général mais diffus qui, à lui seul, n’aurait pas justifié un vote pour la sortie de l’Union européenne. Le rejet des étrangers en revanche, européens ou non, la xénophobie ont mobilisé de vraies masses, à la sociologie très...

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Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un président désavoué, un peu ridicule avec sa manie de parler de tout à tout le monde ; un propos souvent trivial ; un bilan économique qui n’est pas bon et un chômage qui excède celui de 2012 ; une réforme de l’Etat qui ne s’est pas faite ; des réformes scolaires mal conçues (mais défendues de façon véhémente par un ministre de l’Education qui n’a pas, il l’insinue, l’envergure des questions posées – l’a-t-il lui, l’envergure ?)… Triste fin du hollandisme, et le discrédit s’étend à tous ceux qui ont plus ou moins bien gouverné durant cinq ans. C’est pour échapper à ce piège que Macron s’est mis en avant au mépris des loyautés anciennes, mais non sans logique, ni sens de l’a-propos. Dans le scénario qui s’annonce, il n’ a aucune chance de peser sur la stratégie socialiste à venir, il le sait ; le PS ne l’aime pas. Macron ne veut donc pas participer à la primaire de Gauche, et peut-être a-t-il tort d’ailleurs car dans une primaire élargie, il pourrait dépasser Hollande ou Valls, concurrencer Montebourg, et...

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“Nuit debout”, la gauche radicale et le peuple

“Nuit debout”, la gauche radicale et le peuple

  Un nouvel enthousiasme a saisi la gauche radicale, ces derniers temps. Ce qui forme la gauche radicale actuelle, plus diversifiée que l’extrême-gauche des années 60-70 avec ses déclinaisons plus ou moins sérieuses de marxisme-léninisme, se rassemble sur des places à l’imitation de Podemos ou d’Occupy Wall Street. On débat du “renouveau citoyen”, de la démocratie “directe” et “participative”. On s’enthousiasme pour des pensées critiques, radicalement critiques. Des ouvrages mi-scientifiques (enfin, si l’on veut), mi-militants font la théorie de l’agitation, à la suite de Badiou, Rancière, Agamben… Plus teigneux, Lordon a remplacé Jorion dans le rôle de l’économiste théosophe. On parle des Zapatistes et de la Commune de Paris, ce qui est dépaysant dans l’Europe dominée par l’ordo-libéralisme allemand. On parle beaucoup de Bourdieu et de la lutte contre toutes les dominations. Sortis de leurs forêts, les zadistes donnent au mouvement une fantaisie, un coté roots qui manquaient, comme les maos-spontex1 enrichissaient la palette soixante-huitarde. Si l’on gratte… Si l’on gratte, il apparaît que l’éloge du débat, de la spontanéité, de la manifestation comme acte performatif, selon la belle...

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Réformer sans mandat et gouverner sans troupes

Réformer sans mandat et gouverner sans troupes

La récente tribune d’un conseiller démissionnaire du ministre du travail, Myriam El-Khomri, contre la réforme du Code du travail a au moins un mérite. Elle prouve de nouveau qu’on ne peut gouverner sans majorité sincère ni réformer sans partisans déterminés des réformes. La tribune de Pierre Jacquemain, publiée le 1er mars dans Le Monde, reprend ou plutôt annonce tous les contre-arguments que soulèvent aujourd’hui les députés frondeurs, les membres du corps central du Parti socialiste ou la gauche radicale. Comme toujours quand il est question de Manuel Valls et de François Hollande, ces arguments sont chantés sur l’air de la morale outragée : trahison des valeurs historiques du socialisme, complaisance pour les revendications patronales, déshonneur de la gauche, etc. Bref, un procès en apostasie. Le ferme propos de ce conseiller est tout à fait classique dans ce segment de la gauche française, et on s’en voudrait de ne pas le citer au moins une fois : “je veux croire qu’une autre voie est possible. Elle est possible, souhaitable, et nécessaire. Dehors à présent. Pour construire l’alternative à gauche. La politique...

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