Numéro Eté 2016

Le jour où la musique a perdu son innocence

Le jour où la musique a perdu son innocence

Les nationalistes ne se contentent pas de voler la vie des gens et leur argent. Ils leur volent histoire et culture, qu’ils détournent et détruisent. C’est bien ce qui est arrivé à ma chanson préférée de l’ex-Yougoslavie, Djurdjevdan. Les gens dans la vidéo YouTube ci-dessous ne font pas qu’apprécier une chanson populaire.  Ce sont 250.00 habitants de Belgrade qui acclament le groupe le plus célèbre de Sarajevo, Bijelo Dugme, qui se souviennent du dernier été de la Yougoslavie, et qui célèbrent un héritage culturel commun. C’est presque comme si cette chanson sur la fête du printemps, Djurdjevdan, leur faisait oublier le long hiver froid et sanglant qui a suivi ce dernier été yougoslave. Probablement la chanson la plus célèbre de Yougoslavie Cette chanson a été rendue célèbre par Bijelo Dugme et son leader et compositeur de l’époque, Goran Bregović, qui aurait écrit les paroles en serbo-croate de la chanson rom traditionnelle Ederlezi1. Cette version est apparue pour la première fois en 1988 dans le film « Dom za vešanje/ « Le temps des gitans » (le titre français n’a rien à voir avec l’original)...

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Les élections israéliennes du 17 mai 1977 … suite (2)

Les élections israéliennes du 17 mai 1977 … suite (2)

Yonathan Shapiro qui fut un des premiers politologues à s’intéresser à la Droite israélienne et en particulier au Herout1 dans une analyse très pertinente montre bien que la victoire de 1977 n’était pas due aux seules circonstances dont le Likoud aurait été le bénéficiaire. Si les électeurs orientaux ont supporté en masse à partir de1973 cette coalition électorale dont le Herout état de fait la colonne vertébrale, c’est qu’ils avaient le sentiment que ce parti avait subi la même exclusion, qu’il n’avait pas simplement été marginalisé politiquement mais délégitimé, raillé qu’il y avait là une injustice eu égard à l’implication des militants de cette Droite dans le combat pour l’indépendance. Les leaders comme les militants de la Droite étaient d’autant plus crédibles qu’individuellement, ils avaient aussi connu ces situations de blocage, cette marginalisation sociale. Ils n’avaient pas  comme leurs homologues de  Gauche, pu bénéficier de l’ascenseur social que constituaient alors les très nombreuses institutions mises en place avant et après la création de l’Etat d’Israel. Lors de son premier discours consécutif à la création du Herout en 1948, Begin...

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Revisiter l’orientalisme : la présentation de l’art chinois à la création du Musée Guimet

Revisiter l’orientalisme : la présentation de l’art chinois à la création du Musée Guimet

La France est l’un des pays européens qui a la plus longue et la plus riche histoire en matière d’échanges artistiques et culturels avec la Chine. Le XIXe siècle correspond en effet à une période particulière, marquée par la découverte, l’impérialisme et la multiplication des contacts culturels. Le Musée Guimet, le plus célèbre musée des arts asiatiques en France, fondé par Emile Guimet (1836-1918), est le fruit de ce contexte historique. Alors que les visiteurs se bornent à apprécier le contenu du musée, une certaine tradition universitaires s’attache aujourd’hui à replacer ce type de musées dans le contexte de l’impérialisme du XIXe siècle. De nombreuses monographies publiées au cours de ces trois décennies choisissent d’adopter la théorie bien connue d’Edward Said, l’orientalisme, et constatent que ces collections et ces musées reflètent et renforcent l’idée de supériorité politique, économique et culturelle de l’Occident sur l’Orient. Il ne s’agit nullement de nier la réalité de l’impérialisme. Cependant, le cas de Guimet invite à réexaminer une autre facette des interactions culturelles du XIXe siècle. Parce que Guimet s’est efforcé d’introduire une méthodologie...

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Elections israéliennes de mai 1977 – Naissance d’un nouveau cycle politique en Israël… et ailleurs (1)

Elections israéliennes de mai 1977 – Naissance d’un nouveau cycle politique en Israël… et ailleurs (1)

Lorsque les médias israéliens commencèrent, le 17 mai 1977 au soir, à commenter les résultats, qui s’avéraient irréversibles, les qualificatifs étaient à la hauteur de l’évènement : révolution, séisme, le sentiment partagé était, dans tous les cas, qu’un cycle politique commencé en 1948 prenait fin. Le principal parti de Gauche, le Parti travailliste qui avait formé une coalition (l’Alignement) et qui avait tout tenté pour rester au pouvoir  était battu.  Divisé depuis le milieu des années soixante, miné par des querelles internes, celui qui avait été le parti dominant pendant près de 30 ans semblait s’effondrer et était battu par une coalition électorale (le Likoud) menée par un parti de Droite, le Herout1, qui avait été, jusque-là, sa meilleure assurance pour rester au pouvoir ! Le slogan de la Gauche était explicite : confieriez-vous le volant à un homme qui a raté son 6 fois son permis ? Le conducteur en question était bien évidemment le leader du Herout, Menahem Begin qui depuis 1949 avait accumulé défaite sur défaite.  En Europe la stupéfaction fut toute aussi grande car à vrai dire la...

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Revenu minimum d’existence, l’impasse politique ?

Revenu minimum d’existence, l’impasse politique ?

On le dit peu mais le revenu minimum d’existence est, dans sa forme moderne, une proposition du néo-libéralisme des années 601. C’est Milton Friedman qui a en a popularisé le concept (s’il ne l’a inventé), dans un livre de 1962, sous le nom d’« impôt négatif », soit une somme d’argent donnée à chaque salarié qui ne pourrait obtenir sur le marché un revenu lui permettant d’arriver au niveau de vie jugé minimum par la société. Les gens fortunés payeraient l’impôt au sens classique, et les nécessiteux auraient un chèque d’« impôt négatif ». L’idée figure toujours au programme des think tanks libéraux. Elle a connu des applications nationales, et en France notamment avec la prime pour l’emploi, mais ce mécanisme n’est nulle part, et de loin, la clef de voûte de la redistribution des ressources, comme l’aurait souhaité Milton Friedman ou comme le souhaite aujourd’hui Benoît Hamon. L’idée sous-jacente, dans une perspective néo-libérale, c’est que la réglementation des salaires et le salaire minimum en particulier, grâce à l’impôt négatif, puissent être marginalisés sinon éliminés sans crainte de troubles sociaux. La rémunération du...

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6 janvier 2021 – Davy Crockett dénaturés ou vrais fascistes ?

6 janvier 2021 – Davy Crockett dénaturés ou vrais fascistes ?

Quand un historien aussi respecté que Robert Paxton, dans les derniers jours de 2020, considère que le pouvoir de Donald Trump est proche du fascisme, il est évidemment permis de s’interroger sur la nature des événements du 6 janvier et de comparer les manifestants avec les foules fascistes des années 30. Les parallèles sont possibles, mais il reste que les images de la tentative de prise du Capitole ne correspondent pas au spectacle que donnaient, avant-guerre, les bataillons de fascistes, de nazis, de phalangistes…, et l’on songe par exemple à la Marche sur Rome d’octobre 1922. Le 6 janvier 2021, les manifestants étaient en tenue de ville, celle qu’ils ont quand ils vont chercher un hamburger, ou alors ils étaient hirsutes, dépenaillés, ou encore affublés de costumes bizarres, venus de l’imagerie du Far West ou de l’Heroic Fantasy.  Une bonne partie des comportements ont paru relever de la bouffonnerie. La fantaisie individuelle, teintée de joie mauvaise, l’emportait  sur le souci d’efficacité tactique. Il y avait bien certains petits groupes à l’accoutrement paramilitaire, mais finalement assez peu pour un projet...

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Ondine de Christian Petzold, la nymphe du Berlin moderne

Ondine de Christian Petzold, la nymphe du Berlin moderne

Ondine a jailli des eaux au XVIIIe siècle, en pays germaniques. Comme ses cousines nymphes, naïades, Lorelei, qui peuplent fleuves, lacs, Rhin ou Danube, toutes descendantes des sirènes antiques et méditerranéennes, elle a obsédé l’esprit des poètes et écrivains allemands, du jeune Goethe au très berlinois et descendant de Huguenots Friedrich de la Motte Fouqué, en passant par Clemens Brentano et Heinrich Heine, sans oublier les frères Grimm et leur « Nymphe de l’étang ». Mise à l’honneur par la pensée romantique, elle symbolise le surgissement de l’élément féminin perturbateur qui déstabilise la toute puissante Raison des Lumières, menaçant l’ordre établi des choses en révélant des forces souterraines, insoupçonnées, inconscientes ou oubliées, trop longtemps refoulées. Ondine est le neuvième et dernier long métrage, après Barbara, Phoenix, Transit, du réalisateur allemand Christian Petzold. Doublement primé lors de la Berlinale 2020 par le Grand prix de la critique internationale, ainsi que par l’Ours d’argent remis à Paula Beer pour son interprétation du rôle-titre, le film actualise le mythe germanique. Dans le sillage de la réécriture qu’en fit Ingeborg Bachmann dans la nouvelle publiée...

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Actualité française : le retour de Badinguet

Actualité française : le retour de Badinguet

L’annonce d’une candidature du général de Villiers aux présidentielles serait un épisode inattendu dans la lutte des élites sociales pour conquérir les suffrages, et serait un épisode inédit dans les années récentes.  Laissons de côté Napoléon-le-Grand et Napoléon-le-Petit, Pétain et De Gaulle, sinon pour noter que les parallèles avec Louis-Napoléon Bonaparte, le Badinguet de Victor Hugo, seront plus éclairants que ceux qui, à coup sûr, seront faits par les partisans dudit général avec De Gaulle et par ses opposants, avec Pétain. Posons d’abord l’hypothèse : aux présidentielles et sans qu’il y ait de processus conscient, formel, chaque groupe social propose au pays l’un de ses représentants, non seulement pour porter ses valeurs collectives propres, mais surtout pour proposer, de bonne foi et avec toutes les illusions que permet la bonne foi, qu’elles deviennent celles du pays tout entier ; c’est bien sûr pour le plus grand bénéfice de tous (qui en douterait ?), et d’eux-mêmes à l’occasion. Que ce soit vrai ou non est un autre débat. Le candidat n’est pas un mandataire des groupes qui le soutiennent, mais plutôt...

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La gauche et 2022 dans une France très à droite

La gauche et 2022 dans une France très à droite

Les derniers sondages sont assez clairs : la France est très largement à droite1. La gauche, entendue comme cet arc qui va du Parti Radical de Gauche aux partis trotskystes en passant par les écologistes, atteindrait à peine un total de 30% des voix si les présidentielles avaient lieu aujourd’hui. Avec leurs candidats les plus probables, une candidature socialiste serait au mieux à 9%, celle de la France Insoumise à 12%, et les écologistes seraient à 7 ,5%. Par comparaison Emmanuel Macron serait à 25% et Marine Le Pen à 24% (et 30% si elle préempte les voix de N. Dupont-Aignan), Xavier Bertrand étant à 16%, soit pour la Droite au sens large plus de 65% des voix. L’air du temps n’est pas de gauche.  Après avoir testé de nombreuses hypothèses, l’IFOP conclut que « quel que soit le scénario et même si elle parvient à se mettre en tête sur une candidature unique en 2022, la gauche n’apparaît aujourd’hui pas en mesure d’éviter une nouvelle élimination au soir du premier tour ». La situation pourrait évidement évoluer d’ici...

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François Héran, l’âme en peine

François Héran, l’âme en peine

Dans son article paru dans La vie des idées, la revue du Collège de France, Francois Héran, démographe, veut expliquer aux professeurs d’histoire-géographie comment enseigner la liberté d’expression1. A son corps défendant, François Héran illustre tout ce qu’on voudrait cesser d’entendre, tant son propos est superficiel, hypocrite et faux. Il se livre à une entreprise de relativisation de la liberté d’expression, qui ne serait pas si ancienne dans la tradition française, pas si élevée dans l’ordre juridique, qui serait toujours assortie de restrictions légales et qui serait aujourd’hui nuancée par les juridictions internationales… Propos trivial ou faux. Il finit par condamner l’usage qui en est fait par Charlie-Hebdo – comme si la qualité, la pertinence des caricatures étaient la clef de la question, aujourd’hui posée dans le sang. Les attentats de ces derniers jours devraient lui commander le silence, ce qui lui éviterait de trahir les traditions libérales de sa chaire du Collège de France. Avant d’écrire, Francois Héran aurait dû songer à Renan, son prédécesseur, qui dut subir les attaques de groupes catholiques violents, déchaînés, qui considéraient que leur sensibilité...

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