Numéro Eté 2016

Paris dans les Carnets d’Albert Camus

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Le mythe est tenace : l’écrivain inconnu, au seuil de la renommée internationale, ignore encore que les feuillets éparpillés sur sa table de travail vont se muer en un petit miracle —un premier roman publié, un passeport pour la gloire. Cet homme, c’est Albert Camus, qui entre mars et mai de 1940 achève le premier brouillon d’un roman qui s’intitule déjà L’Étranger. À quelques semaines de la débâcle, un calme étrange règne sur la capitale inquiète. Si Paris a beaucoup changé depuis 1940, il est encore possible de retrouver certains lieux fréquentés par l’écrivain et signalés par quelques spécialistes, de mettre ses pas dans ceux de Camus et de s’approcher au plus près d’un grand moment de création artistique. C’est dans la solitude d’une chambre d’hôtel, à Montmartre, que Camus termine le premier brouillon de son roman. L’ancien hôtel du Poirier borde la rue Ravignan, dans les hauteurs de la butte — l’air y est plus respirable, ce qui convient sans doute au jeune écrivain affecté par une tuberculose chronique. Aujourd’hui, l’endroit n’a rien perdu de son charme si pittoresque :...

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France, Etats-Unis, Grande-Bretagne… La crise des partis progressistes

France, Etats-Unis, Grande-Bretagne… La crise des partis progressistes

La défaite d'Hillary Clinton est un exemple « idéal-typique » de la crise que traversent, depuis près de quatre décennies, les partis progressistes. On y retrouve, condensées en un seul moment, toutes les séquences qui expliquent aujourd'hui le déclin de ce qu'il est convenu d'appeler le progressisme aux Etats-Unis comme en Europe. Face à une crise sociale et politique sans précédent, Hillary Clinton a pensé que le recours aux bonnes vieilles ficelles du progressisme sociétal lui assurerait la victoire. Elle s'est lourdement trompée. En communautarisant à outrance sa campagne, en caricaturant l'Amérique « périphérique », Hillary Clinton n'a fait que conforter les critiques adressées à son parti : celles d'être un parti élitiste coupé des réalités et ne comptant que sur le vote communautaire pour gagner les élections. Car à la vérité, aujourd'hui, les partis progressistes partagent un certain nombre de points communs qui les isolent toujours plus des évolutions sociologiques constatées dans tous les pays développés.

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La violence raciale en noir et blanc

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Une fois de plus, des vidéos amateurs montrant des Afro-Américains en train de mourir sous les balles de policiers blancs sont actuellement au cœur du débat public et relancent la polémique sur l’accumulation, dans la culture contemporaine américaine, d’images représentant la mort de Noirs. Même parmi les activistes, les réactions sont partagées : certains appellent à faire circuler les vidéos, d’autres à les enterrer. Ainsi, à la question posée par une page Facebook « Pourquoi faire circuler des photos et vidéos de cadavres de Noirs? », une autre répond-elle, en invoquant le hashtag #hemmetttill:  « Nous avons besoin de voir ». Depuis son explosion sur la scène internationale, le mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») a un rapport ambivalent avec l’image. Peut-être plus encore que n’importe quel autre mouvement social, Black Lives Matter repose sur un défilé d’images, une suite sans fin d’hommes et de femmes noirs, entravés, battus, blessés ou tués par des policiers blancs. Sur les pages Facebook de groupes tels que The New Jim Crow et sur celles des nombreux groupements se réclamant de Black Lives Matter, des vidéos...

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Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le très cosmopolite Nicolas Nabokov : oeuvre musicale et Guerre Froide

Le 6 juin 1928, lors de ce qui allait être l’avant-dernière saison des Ballets russes, Serge Diaghilev présentait, au Théâtre Sarah-Bernhardt, un nouveau ballet de Massine, Ode, dans des décors semi-abstraits de Pawel Tchelitchew et des éclairages bleutés d’une grande beauté de Pierre Charbonnier. Dirigée par Roger Désormière, la musique, cantate pour deux solistes et chœur, sur un poème de Lomonosov, était l’œuvre d’un débutant de 25 ans, Nicolas Nabokov. Lubcza, Paris Né à Lubcza, sur les bords sur Niémen, dans ce qui est à présent la Biélorussie, en 1903, Nabokov était de quatre ans plus jeune que son cousin germain Vladimir, futur auteur de Lolita. Sa mère, née Falz-Fein, descendait d’une riche famille d’origine allemande établie en Ukraine. Dans son autobiographie, Bagázh (parue en français en 1976 sous le titre Cosmopolite), il évoque son enfance privilégiée dans la Russie d’avant-guerre comme une sorte de paradis d’avant la chute. Comme tous les Russes des classes supérieures, il avait reçu une éducation polyglotte et parlait allemand, anglais et français. La révolution de février 1917 était survenue alors qu’il poursuivait ses études...

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Valls : que va-t-il faire dans cette galère ?

Valls : que va-t-il faire dans cette galère ?

La prévision en politique est un art difficile. Le ridicule n’est jamais loin. C’est pourtant à ce jeu qu’on voudrait se livrer au sujet des présidentielles et précisément de la primaire du PS. Ce jeu concernera deux candidats qui ont intéressé cette revue, deux candidats au dessus du lot dans cette masse  instable qu’est devenue la Gauche : Valls et Macron. Valls sous les feux croisés Valls a contre lui, sans nuance, le bloc historique du PS qui ne lui pardonne pas son modernisme et son goût pour ce que ce bloc a toujours détesté : la troisième voie et le blairisme, auxquels elle n’a jamais rien compris. Ce bloc votera Hamon sauf si Aubry sait présenter un autre apparatchik tout aussi creux mais qui n’aura pas encore laissé paraître son insignifiance. Ajoutant à la confusion, Peillon vient de prêter son élégante silhouette à la stratégie anti-Valls. Ce n’est pas un crétin, mais sa seule légitimité est de jouer les utilités dans ce combat de sabotage. ‎Comptons sur cette Gauche pour nous reparler, pendant cinq mois, du care, de la réduction du...

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Mia Duncan

Mia Duncan

  Mia Duncan est une jeune photographe basée à Paris et Boston. Née en 1995, elle a commencé la photographie à l’âge de 14 ans et étudie en ce moment dans un programme Media and Film à Northeastern University. Afin de conserver à ce qu’elle photographie ou filme leur nature brute, elle s’interdit de retoucher ses clichés. Elle prend son inspiration dans sa vie quotidienne, ses amis, les couleurs environnantes, et recherche l’intimité entre le photographe et son modèle. De haut en bas Geneva, 2015 Bois de Boulogne, 2015 Sophie, 2016 Nadia, 2016 Jess, 2016   Télécharger au format PDF

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Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un peu court M. Macron, un peu tard M. Valls ?

Un président désavoué, un peu ridicule avec sa manie de parler de tout à tout le monde ; un propos souvent trivial ; un bilan économique qui n’est pas bon et un chômage qui excède celui de 2012 ; une réforme de l’Etat qui ne s’est pas faite ; des réformes scolaires mal conçues (mais défendues de façon véhémente par un ministre de l’Education qui n’a pas, il l’insinue, l’envergure des questions posées – l’a-t-il lui, l’envergure ?)… Triste fin du hollandisme, et le discrédit s’étend à tous ceux qui ont plus ou moins bien gouverné durant cinq ans. C’est pour échapper à ce piège que Macron s’est mis en avant au mépris des loyautés anciennes, mais non sans logique, ni sens de l’a-propos. Dans le scénario qui s’annonce, il n’ a aucune chance de peser sur la stratégie socialiste à venir, il le sait ; le PS ne l’aime pas. Macron ne veut donc pas participer à la primaire de Gauche, et peut-être a-t-il tort d’ailleurs car dans une primaire élargie, il pourrait dépasser Hollande ou Valls, concurrencer Montebourg, et...

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Sur Ernest Renan, 7 octobre 1892

Sur Ernest Renan, 7 octobre 1892

  Discours de M. Gaston Paris, membre de l’Institut, au nom du Collège de France Messieurs, C’est ici qu’il a voulu finir, dans ce Collège de France qu’il avait tant aimé et dont la gloire séculaire lui devra un de ses plus éclatants rayons. Pendant ce cruel été, tandis que ses yeux déjà voilés disaient adieu à sa chère Bretagne et semblaient chercher sur le vieil Océan celtique la barque mystérieuse qui jadis transportait les âmes dans « la terre de l’éternelle jeunesse », il n’avait qu’un désir : revenir à Paris. On s’étonnait de cette volonté tenace, dont la satisfaction a été sa dernière joie : c’est qu’il voulait mettre sa mort en harmonie avec toute sa vie ; il voulait qu’au moment de la suprême défaillance ses mains errantes pussent encore toucher les murs du temple où il avait célébré avec tant de foi le culte d’esprit et de vérité. Le Collège de France a été le vrai centre de la vie d’Ernest Renan. Quand il venait, tout jeune encore, y compléter son instruction hébraïque ou y suivre les immortelles leçons d’Eugène...

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Une paillotte de plage (Golfe de Guinée)

Une paillotte de plage (Golfe de Guinée)

Il est midi. Je demande au chauffeur de me déposer au Blue Beach, un club à la sortie de la ville, après le port. Le Ministre de la santé m’a dit qu’il y avait une jolie paillotte-restaurant et une plage privée – le lieu où viennent le week-end les expatriés et la bonne société de la région. Le chauffeur viendra me rechercher à cinq heures. En principe, il devrait pleuvoir vers six heures du soir, ce qui laisse du temps après ce congrès ennuyeux sur les maladies tropicales et la prévention en milieu scolaire, et avant l’avion de 23 heures. L’endroit est presque vide, ce samedi, à l’heure où j’arrive. C’est la saison des pluies ; le ciel est gris de plomb et la mer est une grande étendue hostile, agitée. Sur un panneau écaillé planté au début de la plage, avec une concision de Code civil, il est indiqué : “Courants violents, mer dangereuse. Chacun se baigne sous sa propre responsabilité”. On dit qu’au loin, en mer, il y a des pirates. Je m’installe sous la paillote à une petite...

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Nice, une caméra pour 343 habitants

Nice, une caméra pour 343 habitants

Nice, c’est une caméra pour 343 habitants – pour une pour 1500 à Paris. Nice est la quatrième ville de France en nombre d’habitants et régulièrement la première de France en policiers municipaux. Nous parlons ici d’une ville jusqu’à peu gérée par Christian Estrosi. Un homme capable de vouloir interdire les SDF au centre-ville pour la tranquillité de ses habitants peut sans aucun doute être accusé de manquer d’humanité, mais certainement pas de laxisme en termes de sécurité. Et malgré ce contexte-là, plus de 80 personnes sont mortes en quelques minutes. Comment en sortir ? L’augmentation de la sécurité ne sera jamais suffisante. Quand Monsieur Guaino propose que les policiers soit équipés de lance-roquettes, il ne cherche pas une solution. Par ce propos, l’ancien commissaire au plan choisit un univers particulier, un « jeu » au sens scientifique du terme, celui de la rhétorique politique. Un jeu avec ses propres règles, règles très éloignées de la politique au sens noble du terme, celle qui vise à améliorer la « vie de la cité ». Daesh a repris les recettes...

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